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Interview exclusive de Inkinane, chef de l’unité antiterroriste du MNLA : « Vous ne serez pas en paix avec Gamou ! »

Photo : Inkinane Wan Azawad

Le 16 septembre, des combattants de la Plateforme attaquaient ceux de la CMA, à In Tachdaïte, à quelques kilomètres de la ville de Kidal. Cet affrontement meurtrier a relancé les interrogations sur la pacification de la zone et sur l’engagement des parties concernées pour la paix. Nous avons joint le chef de l’unité antiterroriste du MNLA, Inkinane, qui est partie prenante dans ce conflit qui oppose la Plateforme et la CMA, et qui nous livre son opinion sur ces questions, et indexe le Général Gamou, le gouvernement, tout comme la communauté internationale.

Quel est le bilan de l’attaque du 16 septembre à In Tachdayte ?

In Tachdayte est un petit village pratiquant l’élevage, notamment de chameaux, constitué d’une vingtaine de maisons, d’une école, d’un château d’eau, d’animaux, et d’un moteur pour alimenter le village en électricité. C’est un poste qu’on avait utilisé pour la détention des terroristes et des prisonniers. En tout, nous avions une trentaine de personnes et six véhicules opérationnels sur place. Ils ont été attaqués par plus de 70 véhicules de la Plateforme. Le bilan est de quatre morts, dont un au combat et trois exécutes par balles après leur arrestation, parce qu’ils ont voulu les faire parler. S’y s’ajoutent deux camions de transport brûlés et deux autres contenant des armes. Ils ont aussi amené avec eux cinq de nos hommes, dont nous n’avons pas de nouvelles pour l’instant.

Que demande la CMA par rapport au conflit qui l’oppose encore à la Plateforme ?

Aujourd’hui, la CMA demande le respect de l’Accord d’Alger. Nous avons suivi la communauté internationale, la médiation et tous les autres acteurs qui sont impliqués dans la gestion de ce conflit. Avant, Gamou s’approchait des populations de Kidal sous prétexte qu’il menait un combat contre les Ifoghas, ce qui était totalement faux. Il est en train d’exécuter un programme du gouvernement, en essayant de récupérer les positions occupées par la CMA, en utilisant les miliciens qui avaient pour prétexte un combat ethnique et la frustration populaire. Aujourd’hui, la CMA a saisi la communauté internationale et elle est dans une position d’alerte par rapport à la situation. Beaucoup de gens qui avaient une vision un peu ethnique du conflit ont compris maintenant que c’était un faux conflit et se sont désolidarisés de lui. Actuellement tout le monde est en train d’utiliser tous les moyens pour sécuriser et venir en aide à ses parents qui ont été agressés par des trafiquants. Le convoi qui nous a attaqués était dirigé par un trafiquant du nom d’Ahmedou Ag Isriw, le capitaine Ahmed Intakarde et l’adjudant chef de l’armée malienne Issouf Ag Bougara. C’est dire que nos agresseurs étaient bien préparés et si le Mali soutient cette position qui est celle de s’attaquer aux paisibles citoyens, on n’aura pas la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger. Si on cherche la paix, on doit la faire avec tout le monde.

Vous indexez directement le Général Gamou…

Il essaye d’utiliser la frustration malienne pour organiser son règne et les trafics en tout genre. Nous essayons de faire comprendre aux uns et autres que nous sommes les partisans de la réconciliation des cœurs et si cela n’est pas compris, nous allons montrer que nous ne sommes plus dans les années 1990. Maintenant, tout le monde a des moyens à travers des soutiens d’États et d’autres soutiens sur le plan international. Aujourd’hui, l’État malien doit comprendre que la paix ne sera possible qu’avec l’ensemble des acteurs, sans discrimination ou préférence. Or, nous constatons que l’accord qui a été signé ne s’applique qu’à une seule partie.

Après ce déchaînement de violence, vous croyez donc toujours à la paix ?

La paix est possible. Même quand Gamou a envoyé ses miliciens attaquer nos parents, tuer le bétail, piller les boutiques, nous n’avons pas réagi de la même manière parce que nous voulons la paix. Mais cette paix ne doit pas s’appliquer à nous seuls. On ne peut construire une paix durable avec une milice. Aujourd’hui, ses miliciens utilisent les moyens qu’utilisent les terroristes d’AQMI ou du MUJAO. Si on ne fait pas attention, les gens vont perdre toute confiance en le gouvernement malien et penser qu’il cherche à les désarmer pour les mettre à la merci des milices. La sécurité doit être égale pour tous les citoyens et les dispositions consignées dans l’Accord doivent être respectées à la lettre, ce qui doit commencer par l’opérationnalisation du MOC (Mécanisme opérationnel de coordination ndlr) pour l’instauration de mesures de confiance entre les différentes parties, gouvernement, CMA et Plateforme. Nous, on a toujours respecté nos engagements grâce à la pression de la France qui nous a demandé d’accepter l’intégrité territoriale du Mali, qu’il y ait une élection présidentielle, afin d’avoir un président avec qui on pourra discuter. Après, on nous a demandé de signer l’Accord d’Alger sans changer une virgule, parce qu’il est rédigé par la communauté internationale et que c’est la solution. Au bout du compte, il n’y a rien, cet Accord n’existe plus. Pourquoi prendre des prisonniers dans les combats et les éliminer comme le font les djihadistes ? Pourquoi massacrer les gens dans les campements ? Avec ces pratiques, il n’y aura pas de paix possible, cela va aggraver les haines. Je vous jure que vous ne serez pas en paix avec Gamou dans l’avenir, parce que tous les officiers qu’il utilise pour nous faire la peau sont des trafiquants de drogue. Après, c’est le plus grand défi qu’il faudra relever. Les armes qui seront sorties des casernes seront utilisées pour contrôler les routes de la drogue. Le Mali ne maîtrise rien de la situation, il y a beaucoup de Maliens qui se réjouissent pour leurs actions, mais en réalité ils ne travaillent pas pour le Mali. Ces gens ne retourneront jamais dans les casernes maliennes pour gagner un salaire de 50 000 francs CFA à la fin du mois, parce qu’ils ont découvert qu’ils peuvent empocher 70 millions en seulement une semaine.

Aujourd’hui le HCUA accuse le gouvernement de laisser pourrir la situation. Quel est votre point de vue la dessus ?

C’est exactement le cas, le gouvernement est de mèche avec la MINUSMA qui est composée de la CEDEAO et envoie des conseillers militaires aux côtés des contingents européens et autres pour dire que c’est Gamou la solution. Il est clair aujourd’hui que c’est le gouvernement qui com – plique la situation. La CMA a aujourd’hui toutes les volontés pour s’engager dans le processus de paix, s’engager dans l’armée et toutes les institutions, pour la promotion de la paix. Nos gens étaient partis à Bamako pour supplier d’arrê – ter tout ça et permettre l’opérationnalisation du MOC. Mais le gouvernement ne veut pas, parce que cela n’arrange pas Gamou, dont l’objectif est de récupérer tous les territoires où passent la drogue.

Comment appréciez-vous le rôle des forces internationales sur le terrain ?

On estime que c’est une présence complice avec le gouvernement malien et ses milices. Pour nous, la MINUSMA ne remplit pas sa mission de surveiller le processus de paix, car elle n’empêche pas une partie de violer le cessez-le-feu. Alors que la mission a tous les moyens pour agir convenablement, même à 45 Km de Kidal, elle ne veut pas bouger pour faire le point de la situation. Toutes les munitions qu’on avait pris chez les miliciens étaient des munitions de la MINUSMA. On a vu, et maintenant on n’espère plus rien de la communauté internationale et du Mali. Il faut aujourd’hui une vraie solution ou aller à la guerre, il n’y a pas d’autre alternative.

Le samedi 17 septembre dernier, le MSA, issu d’une scission avec le MNLA, a rencontré la Plateforme et un accord en est sorti. Quel est votre point de vue là-dessus ?

C’est juste une façon d’affaiblir la CMA, mais c’est des gens qui n’ont jamais amené un appui militaire ou financier quelconque à la CMA. Ils étaient par contre un poids mort que la CMA était en train de supporter. Quand ils se rencontrent pour signer un accord, ils ne se souviennent pas que quand toutes les tribus de l’Azawad s’étaient rencontrées, elles avaient signé le même papier, il y a seulement six mois. Tout cela a volé en éclat parce que Gamou n’a pas pu ranger son plan. Moussa Ag Acharatoumane veut tout simplement être le président de l’autorité intérimaire de Ménaka, c’est sa seule motivation. C’est vrai qu’ils nous ont fait un coup moral, mais sur le plan militaire, on ne comptait pas sur eux.

 

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