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Cyril Achcar : « Il est urgent de réformer ! »

À l’occasion de la célébration de l’édition 2016 de la Journée de l’industrialisation de l’Afrique (JIA), l’Organisation patronale des industriels a publié son 2ème Livre blanc. Avec son président, Cyril Achcar, Directeur général du GIE AMI, nous évoquons cet instrument de plaidoyer qui fait lentement bouger les lignes.

Le Livre blanc 2ème édition vient d’être publié. Qu’est-ce qui a changé depuis la parution de la 1ère édition en 2013 ?

C’est notre document de programme que nous avions transformé en livre blanc en juin 2013 puisqu’on était à la veille de l’élection présidentielle. On a réussi un acte héroïque durant la période 2012-2013 : la Chambre de commerce et d’industrie a, pour la première fois de son histoire, voté un budget d’études à l’intention de l’industrie. Le secteur a été doté d’un fonds d’études de 52 millions de francs CFA. Cela nous a permis de réaliser six études stratégiques qui couvrent à peu près huit points du Livre blanc. Cela couvrait les réformes qui concernent les TVA à 5% sur le « Made in Mali », la suppression de la TAF, la relecture du décret sur les saisies, le changement de perception des droits sur les matières premières originaires, l’institution d’un comité de conciliation fiscale. Ces études ont été transmises officiellement au gouvernement, et depuis la Journée de l’industrialisation de l’Afrique (JIA) de 2015, nous attendons les réformes. La JIA 2016 sera en réalité consacrée à demander la concrétisation des réformes attendues de ces six études stratégiques.

Dans l’édition 2016, il y a plus de maturité et nous sommes montés à 24 mesures dont nous faisons l’état de traitement. Dans le document, on retrouve trois colonnes, à savoir les termes de références qui sont bons, puis la réalisation des études minoritaires. Il y a eu à peu près un tiers des mesures qui ont fait l’objet d’études, mais nous manquons cruellement de fonds pour continuer. Enfin, il y a la mise en application des études et c’est assez timide puisqu’il n’y que 6 mesures dites en application, et de manière partielle.

On y évoque le marché commun qui handicape les industries maliennes. Qu’en est-il réellement ?

Les textes sont mauvais et les résultats sont mauvais. Les pays côtiers sont des exportateurs avérés de biens manufacturés. À contrario, le Mali est le premier importateur, le Burkina Faso et le Niger sont deuxième et troisième. Vous avez la manifestation claire que l’UEMOA a été mal pensée du point de vue textes, et n’a conduit qu’à une désindustrialisation du Mali et à l’industrialisation des pays côtiers. Nous sommes contre et nous demandons une relecture des textes.

Il y a aussi les questions de l’énergie, de l’accès au financement, de la fiscalité… Y a-t-il eu des avancées ?

Manifestement non. Du point de vue énergétique, le pays a une demande qui va en augmentant et la fourniture ne suit pas. Même si c’était le cas, il y aura deux autres problèmes : la société d’État qui fournit l’électricité vit de la mauvaise gouvernance. Sa privatisation s’impose. La multiplication des fournisseurs d’électricité s’impose. L’autre inconvénient, c’est que le courant est de piètre qualité et la tension est instable. Depuis que nous nous parlons, il y a déjà eu deux coupures.  Celles-ci génèrent des coûts additionnels et ont un impact direct sur les productions. En ce qui concerne les financements, les banques maliennes ne veulent pas prendre de risque alors elles prêtent à des taux extrêmement élevés, environ le double de ceux de la Côte d’Ivoire, par exemple. On a le taux d’impayés bancaires le plus haut de toute la sous-région. Un crédit sur trois n’est pas remboursé.

Quels sont les chantiers sur lesquels vous travaillez avec le ministère du Développement industriel ?

La création du ministère est une heureuse nouvelle. Nous avons enfin un ministre qui va être polarisé sur nos problèmes. Dans la Déclaration de politique générale de l’ancien Premier ministre, la mise en œuvre du Livre blanc est apparue comme une décision. Il manque maintenant la réforme et nous savons que nos États sont durs à reformer. Il y a des lobbys importants qui ne sont pas favorables à l’industrialisation. Car qui dit industrialisation, dit secteur formel dans un pays où l’économie est à 90% informelle. Cela implique une organisation, des règles à suivre, du personnel à embaucher, former et déclarer. C’est une activité où l’on ne peut pas se cacher. Alors, ce n’est pas évident, mais nous travaillons ensemble pour que nos objectifs communs soient atteints. À très court terme, il s’agit de la réussite de la JIA, à moyen terme obtenir que les six réformes du Livre blanc puissent être concrétisées et à plus que moyen terme, obtenir que l’État et nous-mêmes puissions lever les financements nécessaires pour continuer à faire les études du Livre blanc et que les 24 mesures puissent être mis en œuvre.

 

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