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CMA : politique de la chaise vide lourde de conséquence

Mardi 20 décembre, la 14ème session du Comité de Suivi de l’Accord (CSA) a suspendu ses activités après l’annonce de la CMA, via un communiqué, de son retrait des commissions et sous-commissions du comité de suivi de l’Accord, jusqu’à l’organisation d’une rencontre de haut niveau avec la médiation internationale pour « sauver l’Accord ». Cet énième recours à la politique de la chaise vide de la part de la CMA, retarde encore, le processus poussif d’une mise en œuvre qui depuis 18 mois s’illustre surtout par sa lenteur, tant les différentes parties ne parviennent pas à un consensus leur permettant d’avancer. D’autre part, ce retrait pourrait isoler la CMA à Kidal et préfigurer son éclatement, la partie gouvernementale et la médiation internationale réfléchissant actuellement à la mise en place du MOC et des patrouilles mixtes, sans la CMA.

Cette 14ème session du CSA aura été plus brève que prévue, la lecture du communiqué de la CMA signé par Alghabas Ag Intallah, secrétaire général du HCUA, qui vient de prendre la présidence tournante de la CMA pour 6 mois, en a interrompu les travaux, par son retrait effectif des commissions et sous commission de l’instance de suivi.

La coordination estime, dans ce communiqué d’une page, que 18 mois après la signature de l’Accord, aucun des points inscrits dans la période intérimaire n’ont été opéré de façon concerté entre les parties. Elle dénonce également les violations répétées du cessez-le-feu, les atteintes aux droits humains, le déplacement forcé des populations et la prolifération des groupes armés encouragés et entretenus par le gouvernement dans le but d’entraver la mise en œuvre de l’Accord. Ces différents points, justifient, selon elle, ce retrait. «  Nous nous retirerons de la CSA mais cela ne veut pas dire que l’on se retire des accords, c’est très différent. Il n’y a pas, malheureusement, un organisme qui met en place tous les dispositifs de mise en application de l’Accord. Chaque fois, c’est à la CSA qu’on demande des comptes, on leur demande ce qu’ils ont fait alors qu’ils ne peuvent rien faire, ils peuvent juste évaluer et prendre en compte ce qui n’a pas été fait. Donc si la CMA suspend ces travaux c’est déjà par rapport à ça, nous souhaitions aussi élever le ton pour faire bouger les lignes et pousser le gouvernement à sortir de sa léthargie », explique ce cadre de la CMA sous anonymat.

Du côté de la partie gouvernementale, on déplore ce retour au point de départ, à la période des négociations, et cette attitude récurrente de la CMA tout au long du processus. « C’est malheureusement comme ça qu’ils réagissent quand ils sont le dos au mur. Ils essaient de se défausser sur le gouvernement qui paradoxalement est la seule partie à avoir remplie tous ses engagements et sous la pression de cette même communauté internationale », explique cette source proche du dossier, « il n’y a aucune léthargie de la part du gouvernement, aujourd’hui si le MOC de Gao ne démarre pas c’est parce que la CMA n’a toujours pas envoyé ses combattants. Si le MOC de Kidal n’a pas démarré, c’est parce que le CMA refuse de libérer le camp MOC de Kidal » poursuit cette source.

La partie gouvernementale affirme avoir mis en oeuvre tout ce qui était dans sa capacité pour faire avancer les choses, allant même, au-delà, en répondant aux exigences de la CMA qui voulait un traitement équitable par rapport au FAMA, en termes de prise en charge, d’indemnités, etc. « On établit des dates pour le démarrage du MOC et ils ne sont pas là, c’est une fuite en avant. Actuellement, les FAMA sont présents dans le camp MOC de Gao avec 200 éléments. Idem pour la Plateforme. Malgré tous les moyens que l’État a mis à la disposition de la CMA pour qu’elle soit présente, à l’heure où je vous parle, il n’y a pas un seul élément de la CMA dans le camp MOC de Gao », déclare le Colonel Mamadou Keita de la commission défense et sécurité du CSA.

Pour Fahad AlMahmoud, porte-parole du GATIA, ce revirement de la CMA n’est pas une surprise, « Je pense que la CMA cherche à gagner du temps mais je ne sais pas pourquoi. Sur le terrain, il y a une accalmie et même quand il y avait des affrontements, la CMA participait aux réunions du CSA. En réalité, c’est au niveau des groupes armés qu’on arrive pas à s’entendre, notamment sur les autorités intérimaires, savoir qui présidera les conseils régionaux. Donc tous les blocages sont du côté des groupes armés et je ne vois pas comment ça va se résoudre », affirme-t-il

Nécessaire inclusivité pour la paix L’autre point majeur de blocage est la question de l’inclusivité, facteur principal de discorde entre les petits mouvements et les composantes principales de la CMA, depuis la signature de l’Accord de paix le 15 mai jusqu’à aujourd’hui. Cette question épineuse qui est la colonne vertébrale de l’Accord, avait été négocié quelques jours avant la tenue de la 14ème session du CSA, par Sidi Brahim Ould Sidati, Président du Mouvement Arabe De L’Azawad (MAA), mandaté par le CSA pour se rendre à Kidal avec des propositions concrètes. Il en est revenu avec aucune avancée notable. « Ould Sidati est revenu avec des messages de diversion. Jusqu’à présent, Kidal n’arrive pas à comprendre que les autres régions de l’Azawad sont dans une dynamique de régionalisation et d’autonomisation. Ils n’arrivent pas à comprendre que les populations plus que tout souhaitent être respectées dans leur terroir, dans leur région et que toutes les décisions doivent être prise dans un cadre de concertation. On est plus dans une dynamique où je te donne parce que tu es soumis, on est dans une dynamique où tu es obligé de donner parce que tu dois donner, c’est ça, que la CMA ne comprend pas », réagit Mohamed Ousmane Ag Mohamedoune, secrétaire générale de la Coalition pour l’Azawad (CPA), qui se dit prêt à utiliser tous les moyens y compris la force, si la CMA à Kidal tente de leur imposer ses décisions et ne respecte pas la dignité des populations des régions de Tombouctou Gao et Ménaka.

Continuer sans la CMA Une proposition concrète a été soumise à la médiation internationale et à la partie gouvernementale mercredi 21 décembre. Elle demande l’attribution rapide d’un quota pour les mouvements dissidents, tel que la CPA, afin qu’ils puissent mobiliser leurs combattants pour les patrouilles mixtes. « Si on doit envoyer des éléments pour le MOC demain, nous sommes prêt ! que la médiation internationale et que le CSA arbitre, parce que la CMA a montré pour la énième fois sa mauvaise volonté en passant par des diversions, des manoeuvres dilatoires. Il est temps que le CSA et la médiation internationale tranchent, qu’ils nous attribuent notre quota, et ont va fournir nos combattants dans les 24h et on aura pas besoin de carburant pour les amener ! », assène Mohamed Ousmane Ag Mohamedoune.

Actuellement la médiation internationale et la partie gouvernementale réfléchissent à ces propositions et on pourrait s’acheminer vers la poursuite de l’opérationnalisation du MOC, sans la CMA ou en attendant qu’elle prenne le train en marche. « C’est ce vers quoi on va peut-être se diriger, démarrer le MOC avec les éléments qui sont disponibles, en attendant que la CMA revienne. Car en réalité, Il y a un ras le bol. Dans quelques mois on sera à deux ans de l’Accord, et il n’y a que des papiers », résume cette source au CSA.

Pour ce cadre de la CMA sous anonymat, l’option des patrouilles mixtes sans la CMA ne rentre pas dans les accords, « Ce serait hors cadre », dénonce-t-il. Et d’ajouter, « Si ces petits mouvements font des patrouilles avec les FAMA et la Plateforme cela voudra dire qu’ils font partie de ces deux composantes. On ne peut pas les en empêcher mais nous les considérerons comme tel ».

Vers un éclatement de la coordination ? Cette option, si elle est prise par le CSA, pourrait déclencher une fracture voire un éclatement de la CMA où cohabitent difficilement ces groupes qui disent tous respecter l’Accord. « Si la solution pour mettre en œuvre l’Accord c’est l’éclatement, alors nous devons y aller. Ce n’est pas du tout exclu. Si on n’arrive pas à s’entendre et bien qu’on éclate, parce que ces peuples doivent exister chez eux et doivent être responsables de leur destin conformément à la constitution nationale. On n’a pas fait la rébellion pour ça. La rébellion c’était d’abord pour l’indépendance, puis la fédération, puis pour l’autonomie et c’est devenu maintenant la régionalisation. On ne peut pas se mettre sous tutelle de Kidal », ajoute le secrétaire général du CPA

Actuellement, la mise en œuvre e l’Accord est dans l’impasse. La balle semble dans le camp de la communauté internationale, qui joue, plus que jamais, son crédit. « Ce qui est sûr et certain, c’est que la CMA va revenir. On n’est pas inquiet outre mesure, elle nous a habitué à ça, elle se promène puis revient. Mais, il faut qu’elle comprenne que chaque minute qu’on perd dans la mise en œuvre de l’Accord, est une minute de souffrance pour les populations », conclut le colonel Mamadou Keita.

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