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Banque & entrepreneuriat : l’amour paradoxal

Si l’entrepreneuriat est désormais considéré comme le chemin conduisant au développement, au Mali les initiatives demeurent cependant de faible portée. Parmi les obstacles, le manque d’accompagnement des institutions financières à qui il est souvent reproché de ne rien faire pour les entrepreneurs et leurs projets.

L’entrepreneuriat est aujourd’hui présenté comme une solution miracle aux problèmes de développement en Afrique où, selon l’avis le plus partagé, « on continue de traîner les pieds pour mieux tendre la main ». L’entreprenariat est devenu, ironisait il y a quelques mois le chroniqueur et consultant sénégalais, Hamidou Anne, le « nouveau rêve africain ». La vague a gagné le Mali où le phénomène est à la pointe de la mode, même s’il reste peu développé. Dans son dernier livre « Construire l’émergence, un pacte pour l’avenir : 12 axes d’action, 100 propositions pour booster le financement de l’économie », l’économiste et essayiste Cheikna Bounajim Cissé a proposé des mesures visant à encourager « l’entrepreneurship », diffuser la culture entrepreneuriale, et permettre aux institutions financières de disposer d’une pépinière d’entreprises viables et pérennes leur permettant d’alimenter leur portefeuille de crédit, et donc de financer de façon saine l’économie réelle. Car le préalable du financement reste souvent un problème crucial pour les jeunes entreprises. Selon une étude récente de la Banque mondiale, le coût et l’accès aux financements ont été identifiés par les chefs d’entreprise maliens comme les préoccupations les plus importantes, les obligeant à autofinancer les investissements et le fonds de roulement à plus de 82 %. Pour Lassine Coulibaly, directeur adjoint du département commercial et marketing à la Banque nationale de développement agricole (BNDA), membre de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers (APBEF), les banques financent pourtant les entreprises. « Par rapport à leurs besoins en équipements, pour la production, nous avons des produits bien adaptés pour les financer. Nous leur donnons le fonds de roulement pour acquérir les matières premières, les concours de garantie pour s’approvisionner, les conseils pour mieux exploiter leurs activités », explique-t-il.

Frilosité Boubacar Keïta, entrepreneur et fondateur d’Aikio Corp, une plateforme dédiée aux laboratoires pour transmettre les résultats des tests médicaux aux patients, confie n’avoir jamais cherché à avoir l’accompagnement des banques, car « elles sont frileuses et avancent plusieurs critères comme la bancabilité, et exigent des garanties que l’on n’a pas. Pour un start-upper, la banque n’est pas la solution ».

« Pour les jeunes, le problème ce n’est pas la garantie. La plupart des projets porteurs sont dans le domaine de l’agriculture, mais les jeunes sont réticents à se tourner vers ce secteur », répond Lassine Coulibaly, qui révèle que la BNDA a financé, en 2016, des PME/PMI à hauteur de 70 milliards de francs CFA, et de grosses industries entre 200 et 300 milliards. Il ajoute qu’avec la création du Fonds de garantie pour le secteur privé (FGSP), qui prend 50% sur le risque, les banques sont devenues plus agressives sur le marché des entreprises. « La problématique, ce sont les garanties. C’est cela dans tout l’espace UEMOA. Ici, les banques ne financent que le commerce import-export », déplore l’économiste Modibo Mao Macalou. Mais pour ce chargé de mission au ministère de la Promotion des investissements et ancien banquier, ayant requis l’anonymat, « prétendre que les banques ne font rien pour l’entreprenariat est une idée reçue. C’est vrai qu’elles ne font pas tout ce qu’elles devraient faire. Elles le font avec les moyens du bord. C’est comme si on disait que les médecins ne soignent pas bien les malades ». C’est pour répondre aux nombreux problèmes qui entravent l’entreprenariat au Mali, que le gouvernement mènerait une réflexion quant à la création d’une banque publique d’investissement. Un projet qui est encore au stade de l’idée.

 

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