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Les autorités intérimaires mettent Gao en colère

La mise en place des autorités intérimaires doit avoir lieu cette semaine à Tombouctou et à Gao. la Plateforme devrait assurer la présidence de la région de Gao, mais dans la cité des Askia, cette décision passe mal. Les populations, pour la plupart, déplorent de ne pas avoir été consultées et ne sont pas prêtes à se laisser imposer la Plateforme. Elles souhaitent que le futur président soit déterminé par des élections ou choisi par eux-mêmes.

Depuis dimanche dernier, soit deux jours après les conclusions de la réunion de haut niveau du Comité de suivi de l’Accord (CSA), les mouvements de résistance civile et les associations de Gao sont en effervescence, mobilisés contre la décision qui impose la Plateforme à la présidence de la région. « Pendant la crise nous nous sommes défendus sans demander l’aide de personne, ni de la Plateforme, ni de la CMA, cette dernière était d’ailleurs l’occupant. Aujourd’hui, on vient nous imposer la Plateforme, mais qu’est-ce qu’elle a fait pour nous libérer, rien ! c’est nous-même qui nous sommes libérés. On ne voit pas pourquoi les autorités maliennes s’entêtent à ce que les autorités intérimaires soient pilotées ici à Gao par la Plateforme qui n’est pas représentative de la communauté », assène Moussa Boureima Yoro, coordinateur des mouvements de résistance civile de Gao, qui compte quelques milliers de membres à travers la région de Gao.

La Plateforme, un conglomérat de groupes d’autodéfense politico-militaires pro-gouvernementaux héberge dans ses composantes le CMFPR (coordination des mouvements et Front patriotique de résistance), qui a un passif à Gao. Issu des différents mouvements de résistance de la région, qui se sont réunis pour le mettre en place durant la crise, Ce mouvement leur aurait tourné le dos. « Le CMFPR et ses dirigeants ont fini par écarter tous les dirigeants de la communauté et s’allier aux Arabes et aux Touaregs qui nous ont occupés. Ils décident entre eux et prennent toutes les décisions de la mise en œuvre de l’Accord », poursuit Moussa Boureima Yoro.

Bien qu’il y ait eu des élections communales à Gao, le gouvernement justifie la mise en place des autorités intérimaires par l’absence d’une autorité chargée de diriger la région et non la commune. Les jeunes de Gao répondent qu’ils peuvent organiser des élections au niveau régional, et précisent qu’auparavant, «  il n’y a jamais eu d’élections régionales, ça n’existait pas ».

Pour le moment, les jeunes de Gao ne sont pas descendus dans la rue pour protester, mais les rencontres entre les différents mouvements de résistance civile et associations se multiplient, face à l’urgence de la situation. « Les gens n’ont pas encore agi mais ils sont remontés par cette décision. C’est quelque chose qui s’est préparé à Bamako et qu’on va parachuter sur nous. S’ils veulent mettre des autorités intérimaires, qu’ils le fassent à Kidal, à Taoudenni, à Ménaka mais pas à Gao. On nous impose cette décision avec des gens que l’on n’aime pas, des personnes qui ne sont pas représentatives de la région, pourquoi veut-on nous mettre ces gens-là ? Est-ce qu’on nous a vendu ? est-ce que la région de Gao ne serait plus une partie du Mali ? est-ce qu’on veut nous imposer l’Azawad pour que ce soit coûte que coûte notre référence ? s’interroge le coordinateur des mouvements de résistance civil, qui ajoute, « pour l’instant nous sommes en consultation, nous attendons de voir ce qu’ils vont poser comme action, nous poserons les nôtres et nous verrons. Notre réplique sera à la hauteur de leurs actions, c’est tout ce que je sais ».

Signe d’une rupture consommée avec le gouvernement, la campagne de préparation de la Conférence d’entente nationale qui a débuté hier à Gao, les mouvements de résistance n’y étaient pas conviés, ils ont pu finalement y participer après une intervention musclée d’un de leurs camarades. Un avant-goût du bras de fer en train de se mettre en place avec les autorités maliennes, à un moment où les autorités intérimaires et le MOC sont enfin sur les rails.

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