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Immobilier : Quand l’offre s’étoffe

La copropriété et la construction de logements de haut standing sont parmi les nouvelles offres du secteur de l’immobilier au Mali. Pour réaliser leurs projets d’envergure, les acteurs ne peuvent cependant pas toujours compter sur les banques, souvent frileuses pour investir dans le secteur. Ce qui n’empêche pas les promoteurs de venir bousculer l’État sur un marché plutôt fermé jusqu’à récemment. Et cela, au bénéfice des Maliens, et des Bamakois en particulier, qui voient l’offre se diversifier et se densifier, même si la question des normes encore faibles du fait du manque de réglementation demeure. Focus sur un secteur qui trouve peu à peu ses marques.

À Ngolobougou, non loin de la résidence universitaire de Kabala, Djaguili Keïta, aide les maçons à terminer le crépissage de sa nouvelle concession. « Dès que c’est fait, nous déménageons le plus rapidement possible. Mieux vaut être chez soi que de louer une maison à Bamako », explique ce père de sept enfants. Comme lui, nombreux sont ceux qui achètent une parcelle de terre dans cette zone rurale non encore lotie. « Entre 2015 et 2016, nous avons vendu plus de 5 000 parcelles », se souvient Aliou Touré, notable et conseiller auprès du chef de village. « Tout le monde veut avoir son toit », poursuit le vieillard.

À Bamako, avoir un « chez soi » est devenu une nécessité vitale, les loyers ayant pris l’ascenseur ces dernières années. C’est donc un investissement lourd au départ mais aussi une épargne sûre et rentable. Le gouvernement, les sociétés immobilières et les particuliers semblent l’avoir compris et les projets se multiplient. Il suffit de faire un tour en ville, que ce soit à Bamako ou dans les capitales régionales, pour observer les immeubles et les cités fleurir. « La brique ne pourrit pas », rappelle Ilo Gassama, propriétaire d’une agence immobilière. « J’ai plusieurs villas en location et d’autres en construction », explique-t-il.

Pour toutes les poches Des logements économiques aux appartements de haut standing, en passant par les maisons individuelles, l’offre s’est donc largement améliorée au cours des cinq dernières années. « La nouvelle clientèle, très exigeante, tire l’offre vers le haut. Aujourd’hui, nous pouvons proposer des appartements meublés qui n’ont rien à envier à ce qui se fait à Dakar, Abidjan ou même en Europe », confirme Adama Traoré, agent immobilier. « Parmi les propriétaires, beaucoup de Maliens de la diaspora préfèrent y investir leurs économies », poursuit notre interlocuteur qui précise que le prix dépend du standing du bien : entre 150 000 et 350 000 francs CFA par mois pour un appartement de deux chambres-salon, plus d’un million pour une villa bien située. « Pour prendre une villa dans l’ACI 2000, il faut compter entre 400 000 et 700 000 francs CFA par mois. À Baco Djicoroni et au Golfe, les prix varient entre 250 000 et 500 000 francs CFA », explique Drissa Togola, gérant d’une agence immobilière. À côté des privés qui se lancent dans l’aventure, il existe une soixantaine de sociétés de promotion immobilière, selon l’Association des promoteurs immobiliers (APIM), dont les plus connus sont SIFMA, SEMA, Mali Univers, Lawrence Immobilier, ou encore IFA Baco. À l’Agence de cession immobilière (ACI), une société publique, l’enjeu est de rester dans la course et de ne pas se faire rafler d’autres parts de marché.

« Pour construire ou acheter une villa de cinq pièces, il faut compter entre 20 et 25 millions de francs CFA », explique Amadou Maïga, responsable d’une jeune entreprise, qui, à maintes reprises, a sollicité l’aide de sa banque pour acquérir une maison. Si les prêts immobiliers sont de plus en plus proposés par les banques, les conditions sont bien souvent drastiques. L’emprunt se fait généralement sur 15 à 20 ans, avec un taux d’intérêt atteignant les 11%. La banque se charge ensuite de payer directement le promoteur immobilier. La plupart des biens proposés sont vendus sur plan, et les travaux sont lancés une fois les logements commandés, explique un autre promoteur. Quant aux villas déjà construites, « la banque exige un apport personnel, environ 10 à 15% du prix de la maison. Tout dépend de votre salaire », raconte Oumou Fall, bénéficiaire du programme immobilier de la Banque de l’habitat du Mali (BHM) il y a quelques années. Elle y vit avec sa famille et verse une bonne partie de son salaire à la banque chaque fin du mois. « Au moins, je suis chez moi désormais », se réjouit-elle.

Logements sociaux Ceux qui n’ont pas les moyens d’offrir des garanties suffisantes aux banques, ont encore le choix de participer à ces programmes étatiques visant à offrir aux moins nantis des maisons décentes à des conditions de remboursement soutenables. Pour répondre à la demande des centaines de milliers de familles qui déposent des dossiers à chaque programme de logements sociaux, les 50 000 logements sociaux en cinq ans promis par les autorités ne suffisent pas. C’est du moins l’avis de Kalilou Sissoko, directeur commercial à l’Agence de cessions immobilières (ACI) : « les besoins par an de la population sont dix fois plus grands que l’offre », estime-t-il.

Pour l’année 2017, il est prévu l’attribution de 3 000 logements sociaux déjà prêts, a annoncé le ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, Ousmane Koné, lors de la 40e session ordinaire du Conseil d’administration de l’Office malien de l’habitat (OMH). Selon le ministre, l’année 2017 revêt un caractère particulier parce qu’elle coïncide avec la volonté du gouvernement de réorienter le programme des logements sociaux en faisant respecter la législation sur le partenariat public-privé (PPP). « Des sanctions seront prises afin d’assainir le secteur », affirme un conseiller au département de l’Urbanisme et de l’Habitat. Quant à l’attribution des logements disponibles aux plus méritants dans la transparence, Kalilou Sissoko explique que « c’est une équation difficile, parce que l’attribution fait toujours des mécontents ».

Monopole étatique Au Mali la terre appartient à l’État. Plus de dix-sept ans après la première législation sur le secteur à travers la loi N°99-040 du 10 août 1999, des mesures incitatives ont certes permis de propulser la profession, mais le marché est aujourd’hui encore géré en grande partie par l’État à travers les programmes de logements sociaux. Alors même que le secteur a fort besoin d’être professionnalisé, « des acteurs comme les chefs de village et les commandants de cercles continuent de vendre les terrains dans l’illégalité », déplore M. Sissoko de l’ACI. La question du foncier est un sérieux handicap à la promotion de programmes d’envergure dans le secteur, les contestations de propriété mettant en péril les investissements. Un défi de plus à relever pour le secteur de l’immobilier qui, en étayant son offre de produits adaptés à une clientèle variée, fait preuve de dynamisme et d’une constante progression.

 

 

 

 

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