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Le Sahel ne sera plus un « no man’s land » accessible aux hors-la-loi

Photo: Maksim Blinov

Le ministre des Affaires étrangères du Mali Abdoulaye Diop a affirmé qu’une approche globale élaborée en collaboration avec les organisations régionales et internationales permettra d’assécher les sources de l’instabilité.

L’heure est à l’action, voire, à l’efficacité après de bien profondes réflexions sur la pacification d’un Sahel embrasé, soutient le ministre des Affaires étrangères malien, Abdoulaye Diop.

Interrogé par Anadolu sur l’actualité et le devenir d’une bande sahélo-saharienne embrasée, sinon d’une terre de prédilection de malfaiteurs de tout acabit, le ministre répond que les fondements d’une paix durable ont été presque jetés.

« Le Communiqué final du Sommet G5 Sahel de Bamako (06 février dernier) réaffirme clairement la volonté des Etats sahéliens de renforcer l’espace commun de concertation et d’échange en matière de sécurité. Ce, en décidant de nouvelles initiatives opérationnelles, particulièrement la mise en place immédiate de la Force Conjointe du G5 Sahel. cette Force aura pour mission de lutter contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée », explique Diop.

Regroupant le Mali, le Tchad, la Mauritanie, le Niger et le Burkina Faso, le G5 Sahel encore appelé « G5S » est un cadre institutionnel de coordination et de suivi de la coopération régionale en matière de politiques de développement et de sécurité. Il a été créé en février 2014.

Cette Force conjointe en gestation consolidera, dit-il, les opérations militaires transfrontalières déjà engagées, afin de combattre et d’empêcher une expansion des groupes terroristes et des réseaux criminels transnationaux.

Assécher les sources du mal passe également par l’opérationnalisation de la Plateforme de coopération en matière de sécurité (PCMS), et du projet de règlement portant sur l’organisation et le fonctionnement du Collège sahélien de sécurité du G5 Sahel. Ces mesures ont été approuvées par le Sommet, se félicite encore Diop.

Pour lui, la mise en place imminente du dispositif de communication informatisé et sécurisé, prévu par le G5 pour faciliter l’échange d’informations et l’établissement du Centre sahélien d’analyse des menaces et d’alerte précoce (CSAMAP), sont « les clés de l’efficacité dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée ». C’est qu’ils permettront de mieux identifier, puis, de neutraliser les extrémistes terroristes et les narcotrafiquants qui profitent de la porosité des frontières largement incontrôlées, pour sévir dans « un no man’s land propice à leurs activités » destructrices.

L’impératif d’une approche globale

Plaidant, par ailleurs, pour une approche globale, le ministre assure que son pays est plus que jamais déterminé à mieux coordonner avec ses partenaires régionaux et internationaux pour un meilleur développement économique et social d’une des régions les plus exposées aux affres de la pauvreté. Une région qui subit, de surcroît, les conséquences de l’instabilité qui secoue certains pays voisins, dont la Libye.

« Depuis la chute du régime du Colonel Mouammar Kadhafi, le 20 octobre 2011, la Libye est devenue un incubateur de terroristes. Ces derniers ont fait de la région du Sahel un sanctuaire en se livrant à un trafic d’armes et de munitions. Ils ont ainsi causé une insécurité grandissante dans les pays de la région, y compris le Mali », se désole-t-il.

La voie du sauvetage? Elle n’est pas difficile à repérer, mais nécessite la conjugaison de tous les efforts, dit-il : « Le G5 Sahel devra désormais allier sécurité et développement, en œuvrant à la concrétisation des stratégies intégrées des Nations Unies et de l’Union Africaine (UA). La Feuille de route G5 Sahel-UE aidera aussi à remédier aux problèmes de sécurité, et aux difficultés politiques et socio-économiques de la région». La Banque mondiale (BM) et la Banque africaine de développement (BAD), ayant fait part de leur soutien.

A la question de savoir s’il y a moyen de lutter contre l’instrumentalisation pratiquée par quelques groupes armés et extrémistes, ciblant des groupes ethniques tels que les Peuls (peuples éleveurs évoluant le long de la bande sahélo-saharienne), le ministre répond qu’une approche globale déjà approuvée verse dans ce sens.

« Le Cadre stratégique pour la relance économique et le développement durable (CREDD 2016-2018), vise à mettre en œuvre rapidement des mesures de modernisation institutionnelle, pour obtenir des résultats tangibles en matière de sécurité et de gouvernance, en vue de garantir le bien-être de tous les Maliens, sans exception », précise-t-il.

La décentralisation et le développement territorial, socle d’une paix durable

Revenant, au demeurant, sur l’Accord de paix d’Alger de juin-juillet 2015, signé entre Bamako, les groupes armés pro-pouvoir et la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), le ministre fait savoir que la 15e session du Comité de Suivi de l’Accord (CSA), tenue à Bamako le 10 février 2017, a débouché sur des recommandations concrètes visant à redynamiser le processus de mise en œuvre de l’Accord.

Parmi ces recommandations, la mise en place d’un « Cadre de concertation permanent de haut niveau entre les parties concernées » (ce cadre de concertation sera élargi à la Médiation Internationale), la mise en place des Autorités intérimaires au niveau des régions entre le 13 et le 20 février 2017 et le démarrage des patrouilles mixtes à Gao (Nord), lundi 20 février 2017, entre autres.

Pour un meilleur contrôle de tout le territoire national, des initiatives ont été prises par le gouvernement pour la relance du processus de décentralisation. Laquelle décentralisation stimulera, selon lui, le rôle des régions dans le développement territorial.

Le Mali a les moyens de ses ambitions, affirme le ministre. « Les richesses dont regorgent notre sol sont en mesure de répondre aux attentes des populations, à condition de réinstaurer la paix et la cohésion sociale », assure-t-il.

En 2012, le Nord du Mali était tombé sous le contrôle de groupes terroristes et de rebelles indépendantistes touaregs, avant que cette alliance ne soit rompue aux dépens de ces derniers. Une intervention internationale, toujours en cours, a chassé ces groupes terroristes alors que le statut administratif et politique des régions septentrionales a été défini dans un accord de paix, conclu grâce à la médiation de la communauté internationale, entre l’Etat malien et la plupart des groupes armés présents dans le Nord.

Toutefois, des poches terroristes persistent dans le nord et le centre du pays, où des attaques contre casques bleus, militaires maliens ou chefs locaux sont régulièrement enregistrées.

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