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Tiébilé Dramé : « Les portes du train ont toujours été fermées à l’opposition »

Tiébilé Dramé

La Conférence d’entente nationale a débuté le lundi 27 mars. La CMA a rejoint les travaux le deuxième jour, alors que l’opposition campe toujours sur sa position de ne pas y participer. Dans une interview qu’il a bien voulu nous accorder, le mardi 28 mars, Tiébilé Dramé, président du PARENA, ne passe pas par quatre chemins pour livrer ce qu’il pense de cet évènement.

La Conférence d’entente nationale continue sans l’opposition. Pourquoi boycottez-vous un événement aussi vital pour la nation ?

Je veux être franc, nous souhaitions participer aux travaux de la Conférence d’entente nationale. Dans cet esprit, nous avons adressé au comité préparatoire de la conférence des propositions d’amélioration des termes de référence. Nous pensions que des acteurs aussi importants que les dissidents des groupes armés qui étaient à Alger devraient être dans la conférence, tel que le Mouvement pour le salut de l’Azawad (MSA), le Congrès pour la justice dans l’Azawad (CJA), le CMPFPR2, etc. Nous pensions qu’il était important que tous les détenteurs d’enjeux puissent être associés à cette conférence comme également le mouvement de résistance civile de Gao. Le nord n’est pas la seule partie du pays qui était en crise, le Centre est également en crise. Nous pensions que les associations d’éleveurs, les organisations de chasseurs et d’autres parties prenantes devaient aussi y prendre part. Nous avons fait des propositions très constructives adressées au comité préparatoire, tel que la question du centre qui devrait être au menu de la conférence. Nous pensions également que les travaux préparatoires sur la constitution devraient être versés à l’ordre du jour pour que les forces vives du pays puisse apporter leurs contributions. À coté d’une charte pour la paix, l’unité et la réconciliation nationale, il nous paraissait important qu’il y ait une charte pour la bonne gouvernance contre la corruption. Nous avons fait donc une série de propositions relatives à la conférence d’entente nationale à fin qu’elle soit une une véritable conférence d’entente nationale. Mais malheureusement nous n’avons même pas reçu d’accusé de réception. Les organisateurs de cette conférence ont ignoré superbement les propositions de l’opposition. Nous n’avons pas reçu les termes de références définitifs, nous n’avons pas reçu de cartons d’invitions, nous n’avons pas reçu le programme de la réunion. Dans ces conditions nous avons estimé que nous n’y avons pas notre place. Quand vous voulez qu’une entité comme l’opposition participe à ces travaux on prend les dispositions qu’il faut. Je crois qu’en réalité la participation de l’opposition n’était pas souhaitée. Donc nous en avons tiré les conséquences.

La CMA a répondu à l’appel du Président de la République. Peut-on s’attendre à ce que l’opposition fasse de même ?

Oui le président a parlé de gare et de train. En vérité, les portes du train ont toujours été fermées à l’opposition. Vous avez une opposition qui est responsable, constructive, animée d’esprit républicain et démocratique, qui depuis trois ans et demi fait des propositions précises pour apporter sa contribution à la sortie de crise. Jusqu’ici, toutes nos propositions, toutes nos contributions ont été ignorées. Nous sommes une opposition responsable, quand ont dit opposition responsable c’est des propositions. Je crois que le pouvoir public doit prêter un minimum d’attention à ce que nous disons, à ce que nous proposons mais ce n’est pas le cas et cette conférence d’entente nationale n’est en fait que la dernière illustration de cette pratique que nous connaissons, nous opposants malien depuis trois ans et demi. Vous savez, les pouvoirs publics discutent avec les groupes armés, ils tiennent compte des demandes des groupes armés jusqu’à la transformation du schéma de la conférence. Comme vous le savez, la charte pour la paix, l’unité et la réconciliation nationale ne sera pas adoptée le 02 avril, à la fin de la rencontre, conformément aux souhaits exprimés par les groupes armés. Nous avons des pouvoirs publics en bien de discuter avec les groupes armés mais qui ne prêtent aucune oreille attentive aux contributions positives de l’opposition politique, de l’opposition démocratique et républicaine. Il y a là des questions qu’il faut se poser sur la gouvernance du pays

Vous venez de parlez de la charte de la paix, et à l’issu des travaux, il y aura des recommandations auxquelles vous n’aurez pas participé pour la charte de cette paix ; cela ne serait t-il pas une plaie pour la charte qui sera en tout cas à l’issu de cette rencontre ?

Vous devriez poser cette question aux organisateurs de la conférence d’entente nationale et aux pouvoirs publics qui n’ont absolument rien fait pour que l’opposition participe.

C’est donc un non définitif?

Ecoutez, quand votre journal va paraître, on ne sera pas très loin de la clôture de la conférence. Je pense que les pouvoirs publics, le comité préparatoire n’ont pas créé les conditions pour que l’opposition apporte sa contribution aux débats sur l’état du pays. C’est la réalité. Le président de la République nous a adressé des piques, nous n’allons pas répondre. Nous avons compris qu’il n’était pas content de l’absence d’un certain nombre d’acteurs. Nous prenons acte. Nous avons compris dans son message qu’il souhaite désormais que le train tienne compte de tous les fils du pays. Pour ce faire il faut qu’il veille à ce que les portes des trains soient ouvertes. Il faut qu’il veille à ce qu’il y ait un dialogue républicain indispensable entre le gouvernement et la classe politique, entre la majorité et l’opposition. Cela relève de la responsabilité du président de la République.

 

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