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Venezuela: Maduro accuse les Etats-Unis de soutenir un coup d’Etat

Photo : Carlos Garcia RAWLINS/REUTERS

A quelques heures des retrouvailles entre oppposants et partisans du président Nicolas Maduro dans les rues de Caracas mercredi, celui-ci a relancé ses accusations de coup d’Etat, visant cette fois spécifiquement les Etats-Unis.

« Les Etats-Unis » et notamment « le département d’Etat ont donné leur feu vert et leur approbation à un processus putschiste effronté en vue d’une intervention au Venezuela », a ainsi affirmé le chef de l’Etat vénézuélien mardi soir, dans son palais de Miraflores, à Caracas, lors d’une réunion diffusée à la radio et la télévision.

Cette accusation suit la déclaration du porte-parole du Département d’Etat américain, Mark Toner, qui avait adressé une sévère mise en garde aux autorités de Caracas en les appelant à cesser de réprimer les manifestations de l’opposition.

En moins de trois semaines, l’actuelle vague de manifestations a fait cinq morts et des dizaines de blessés et l’opposition dénonce la répression des forces de l’ordre, qui ont arrêté plus de 200 personnes.

Dans le même registre, Nicolas Maduro a estimé mardi soir que Julio Borges, le chef du parlement, dominé depuis 2015 par l’opposition, devrait être poursuivi pour « appel au coup d’Etat »: « Ce que Borges a fait aujourd’hui constitue une violation de la constitution et, pour ce fait, il doit être poursuivi », a insisté le chef de l’Etat vénézuélien.

Inquiétude en Amérique latine 

En l’occurrence, le président du parlement vénézuélien a seulement appelé les forces armées mardi à être « loyales » à la constitution en laissant les opposants défiler pacifiquement mercredi. Une référence à la « loyauté inconditionnelle » à Nicolas Maduro proclamée lundi par le chef des armées et ministre de la Défense, Vladimir Padrino Lopez.

Assurant ne pas leur réclamer une « rébellion » ni « un coup d’Etat », M. Borges a demandé aux militaires de « cesser les abus », « le harcèlement » et « la répression ».

Crédit : AFP

Pour les antichavistes (du nom de Hugo Chavez, président de 1999 à son décès en 2013), qui ont promis « la mère de toutes les manifestations » mercredi, il s’agira de la sixième mobilisation depuis début avril, en faveur d’élections anticipées et en défense du Parlement, la seule institution qu’ils contrôlent.

Dans ce pays qui est l’un des plus violents au monde, la précédente série de protestations anti-Maduro, en 2014, s’était soldée par un bilan officiel de 43 morts.

L’opposition a défini 26 points de départ de la manifestation, qui tentera de parvenir jusqu’aux bureaux du Défenseur du peuple, situés dans le centre de Caracas et considérés comme un bastion chaviste.

Les autorités ont déjà prévenu qu’elles ne laisseraient pas les manifestants aller jusqu’à cette zone où aura lieu l’autre défilé, celui des partisans de M. Maduro.

« Tout Caracas sera prise par les forces révolutionnaires (pro-Maduro, NDLR), ne nous chamboulez pas ça », a lancé Diosdado Cabello, un des dirigeants les plus puissants du parti socialiste au pouvoir, en accusant l’opposition d’encourager la violence dans la rue pour mener un coup d’Etat.

Le vice-président du Parlement Freddy Guevara a appelé les opposants à « faire déborder les rues pour dire à Maduro que nous ne permettrons pas une dictature ».

Lors des précédentes protestations, ce sont justement les tentatives des forces de l’ordre pour bloquer le passage des manifestants qui avaient dégénéré en violences.

Nicolas Maduro, le 18 avril 2017, à Caracas / © AFP/Archives / PRESIDENCIA

Inquiets, onze pays latino-américains avaient demandé lundi à Caracas de « garantir » le droit de protester pacifiquement, un appel qualifié par le gouvernement vénézuélien d' »ingérence grossière ».

Le président de la Colombie voisine, Juan Manuel Santos, avait lui aussi exprimé sa « sérieuse inquiétude », appelant le Venezuela « à la sagesse ».

Intervention étrangère

Mais Nicolas Maduro ne semble pas prêt à calmer le jeu: après avoir annoncé le déploiement de militaires en prévision des mobilisations de mercredi, il a décrété le renforcement des milices civiles, qui compteront 500.000 membres avec « un fusil pour chacun » en vue d’une éventuelle « intervention étrangère ».

Cette vague de protestations avait démarré le 1er avril après la décision de la Cour suprême, réputée proche de Maduro, de s’arroger les pouvoirs du Parlement, déclenchant un tollé diplomatique qui l’a poussée à faire machine arrière 48 heures plus tard.

L’opposition a dénoncé une tentative de coup d’Etat mais paradoxalement cet épisode lui a aussi donné un nouveau souffle, l’amenant à dépasser ses divisions intestines, et a relancé la mobilisation populaire à ses côtés, assoupie ces derniers mois.

« L’opposition est plus unie que jamais. Il est probable que la manifestation (de mercredi) sera la plus grande contre le chavisme. Mais nous ne pouvons pas prédire l’impact que cela aura » ensuite, a déclaré l’analyste Luis Vicente Leon.

Certains observateurs pensent que le gouvernement, en signe d’accalmie, dévoilera bientôt la date des élections régionales, repoussées sine die depuis 2016. Mais l’opposition veut plus, exigeant un scrutin présidentiel anticipé.

Toute échéance électorale est de toute façon une menace pour M. Maduro, dont sept Vénézuéliens sur dix souhaitent le départ, asphyxiés par la crise économique qui vide les rayons des supermarchés et dope l’inflation, attendue à 720,5% fin 2017 par le FMI.

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