Personnalités › Interview

3 questions à Bakary Sambé, enseignant-chercheur au Centre d’études des religions de Saint-Louis (Sénégal)

Comment définissez-vous la charia ?Il y a un sens commun dans le monde musulman de manière générale à vouloir traduire le mot charia comme étant la loi coranique. Il n’a jamais signifié cela. La charia est un système d’élaboration juridique à partir des textes et des pratiques sociales. Le terme est galvaudé aussi bien dans le monde musulman qu’en Occident. Beaucoup pensent que c’est un code dogmatique.

 Les châtiments corporels font-ils partie de la charia ?

La lapidation n’existe pas dans le Coran. Ce sont des choses faites à partir de paroles attribuées au prophète, les hadiths. Les châtiments corporels sont appelés hadd ou hudud (limite), terme autour duquel il y a débat. Certains disent que ce sont des châtiments à appliquer à tout contrevenant. Pour d’autres, ce n’est pas la sanction mais la peine maximale qu’on peut appliquer.

 Pourquoi vouloir faire appliquer une vision étriquée de la charia ?

Cela traduit un désir de gouverner à la place de Dieu ou au nom de Dieu, alors que les traditions musulmanes racontent des épisodes où le prophète n’a pas voulu appliquer ces peines-là. L’esprit de l’islam est miséricordieux et on ne l’entend pas. On manipule des symboles religieux pour des motifs politiques. On préfère la soumission des corps à la conquête des cœurs. Il y a aussi l’ignorance des textes par la population, qui permet de faire passer toute sorte de motifs politique, économique, religieux.

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