Politique › Sécurité & Terrorisme

CMA vs GATIA : Dominer le terrain pour mieux contrôler la paix

La Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) et le Groupe d’Autodéfense des Touaregs Imgad et alliés (GATIA) se sont à nouveau confrontés dans des combats violents, mardi 11 juillet,  à une dizaine de jour du retour programmé de l’administration malienne dans la région. Nul ne sait si le chronogramme, validé par les deux mouvements belligérants, sera effectif, mais beaucoup pensent que le conflit actuel vise à dominer le terrain pour contrôler au mieux de ses intérêts, l’application du processus de paix dans la région.

Dans la région de Kidal, mardi 11 juillet, deux groupes signataires de l’accord de paix, la CMA et Plateforme, se sont de nouveau affrontés dans une localité appelée Lalaba et à Tigachimen, des combats intenses sur deux fronts distincts. « Une trentaine de véhicule du GATIA se sont positionnés à Lalaba et une autre unité de la Plateforme composée de 14 pickups a quitté Takalote et s’est positionnée à Tigachimen, ils ont ainsi créé deux fronts, une sorte de ligne de défense », décrit cet officier de la CMA, qui de Kidal a participé à la supervision de l’offensive des troupes de la coordination, forte de plus d’une quarantaine de véhicules et qui rassemblaient des éléments du HCUA (le Haut conseil pour l’unité de l’Azawad ), du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad ) et du MAA (Mouvement arabe de l’Azawad). Dans la capitale du Nord, cette offensive n’a pas surpris, les intenses préparatifs qui l’ont précédé cette dernière semaine avec l’arrivée de renfort étaient annonciateurs d’une attaque d’envergure.

Selon ce même officier de la CMA, les combats ce sont déroulés durant un peu plus d’une heure. Sur le front de Lalaba, la CMA a eu le dessus tandis qu’elle a dû battre retraite sur le front de Tigachimen. « La trentaine de pickup menée par le chef des opérations du GATIA a dû se replier sur Anefis, nous les avons poursuivit et ils n’ont pas eu les temps de prendre position une fois arrivé là-bas. Un de nos éléments a pu récupérer une de leur radio ce qui nous a permis de suivre leur mouvement. Ils ont continué jusqu’à leur fief de Tabankort et nous avons interrompu la poursuite à 5km de la ville pour revenir sur Anéfis, que nous tenons depuis mardi soir », indique-t-il. Sur le front de Tigachimen, les forces de la Plateforme seraient parvenues à faire reculer les forces de la CMA sur une trentaine de kilomètres puis ce seraient repliées sur Takalot.

A l’issu des combats il était très difficile d’établir un bilan. La CMA qui dit avoir perdu 2 hommes dans les combats et avoir 4 blessés, affirme qu’il y aurait 9 morts du côté de la Plateforme, 4 combattants faits prisonniers et 4 pickups équipés de mitrailleuses lourdes auraient été saisies par ses forces. La Plateforme, pour sa part, affirme qu’aucun mort ne serait à déplorer de leur côté, quelques combattants auraient été fait prisonnier et seulement deux véhicules aurait été récupéré par la CMA qui aurait perdu, selon ce cadre du GATIA, 5 hommes et 4 véhicules. « En tout cas, il n’y a plus aucune unité du GATIA à moins de 150 Km de Kidal » se félicite ce même officier, qui ajoute cependant, « on ne peut pas dire que nous sommes victorieux, on va voir dans les jours qui viennent ce qui va se passer, personne n’est gagnant pour le moment ».

Un avis que partage ce sympathisant de la Plateforme à Kidal, qui malgré ce succès militaire, sait que toutes les forces du GATIA n’étaient pas présentes lors des combats. « Une unité du GATIA qui était à Takalot n’a même pas combattu, il y a avait aussi une unité du GATIA à Ménaka qui n’a pas bougé parce qu’ils ont été dépêché pour poursuivre les auteurs de l’embuscade tendu aux FAMA, donc le compte n’y est pas », souligne-t-il.

Pour ce combattant du MNLA, une riposte du GATIA pleine et efficace dans la situation actuelle semble difficile. « Une reprise du terrain par le GATIA semble compliqué, sauf si les Arabes du MAA pro-Bamako envoient des renforts, mais même s’ils le font, ça ne sera pas la fin du monde. Le GATIA ne peut rien attendre du MSA qui n’ira jamais combattre des gens de la CMA, et les exactions, les vols, les pillages et spoliations de biens les ont coupé de leur soutien populaire. Au moins nous quand on capture leurs combattants on en fait des prisonniers, eux, les exécutent », affirme-t-il.

Anéfis, la prise de guerre Symbole de cette victoire militaire de la CMA, la prise d’Anéfis. Mais si ce bastion de la Plateforme est revenu dans le giron de la CMA, combien de temps le restera-t-il ? « Pour moi il ne faut pas tenir Anéfis , il faut laisser la ville à la population et ne pas essayer de se positionner. Il faut que cette prise soit symbolique pour les rassurer et leur montrer qu’on est pas venu pour faire des razzias. Il faut que nous restions en unité mobile qui font des opérations de pointe et qui utilise le terrain, mais ne pas se concentrer sur l’occupation du terrain, ce n’est pas le moment », explique cet officier en charge des opérations au MNLA, qui ajoute, « La Plateforme pourrait reprendre Anéfis, sans tirer une balle, parce qu’on ne pourra pas la tenir, il faut du temps et des moyens pour cela ».

Selon cette même source, quelques 72 véhicules seraient présents à Anéfis pour maintenir la position de la coordination. Pour les deux camps, cette ville revêt une importance stratégique, que ce soit pour se replier ou se réapprovisionner. « La majorité de la population est en grande partie acquise à la Plateforme et ne porte pas la coordination dans son coeur mais le clan des patriarches de la ville d’Anéfis verse du côté de la CMA », explique cette humanitaire touareg, fin connaisseur de la région.

Cette prise de guerre de la CMA a beaucoup fait réagir les partisans des deux camps, qui annonçaient soit la reprise de la ville par la Plateforme ou réfutaient ses assertions. Le réseau ayant été coupé à Anéfis, la veille des combats, toute vérification s’avère difficile. Certains au GATIA ont même indiqué que pendant 1h, « le drapeau noir des islamistes flottait au-dessus d’Anéfis », un détail d’importance qui ne semble pas surprendre cet habitant de Kidal. « Nous les citoyens on sait que les djihadistes soutiennent la CMA et qu’ils étaient à leur côté lors de combats, si on le sait on imagine que Barkhane et la Minusma le savent aussi. Les djihadistes les soutiennent en homme et en équipement. Iyad ne va pas laisser ses parents se faire laminer par les combattants de la Plateforme sans lever le petit doigt », confie-t-il.

La Minusma et Barkhane pointé du doigt La Minusma, par l’entremise de son chef, Mahamat Saleh Annadif, a appelé les parties « à la retenue et au respect du cessez-le-feu » et a prévenu les protagonistes que « la Minusma est prête à prendre ses responsabilités si les affrontements ne cessent pas sur le terrain ». On ne sait pas quelle « responsabilités » pourrait prendre la Minusma alors qu’Ahmed Boutache affirmait chez RFI, ce même mardi, n’avoir aucun moyen concret de faire respecter un éventuel cessez-le-feu et que les hypothétiques sanctions évoquées de toute part n’étaient pas prête d’être mises en œuvre. Sur place la population ne s’étonne plus « des déclarations de ceux qui restent terré dans leur camp ».  Pour ce sympathisant du GATIA à Kidal, les choses sont clairs : « La position de la communauté internationale, c’est juste d’observer, il n’y a pas une force d’interposition, rien. Le favoritisme de la France, de Barkhane et de la Minusma est limpide. La CMA peut rentrer à Kidal se reposer sous bonne protection. Toutes les fois où nous avons chassé les troupes de la CMA, nous avons été stoppé par la Minusma ou Barkhane, c’est très flagrant », s’exclame-t-il.

Reste maintenant la paix, la grande absente, occultée par la fureur des combats et la détermination de chaque camps à vouloir dominer le terrain, alors que la mise en œuvre de son processus devait débuter dans la région, le 20 juillet prochain. « Le chronogramme pour le retour de l’administration n’est pas forcément perdu, c’est celui qui sera en position de force qui pourra imposer son point de vue. Si l’un des deux camps arrivent a prendre le dessus sur l’autre, alors il sera le maître de la région et dans ce cas il pourra accepter le retour de l’administration malienne sous son contrôle et ses conditions. Tout va dépendre de qui l’emportera dans les jours à venir », explique cette source proche des mouvements

En attendant, à Kidal, la population abasourdie, observe, silencieuse spectatrice d’une situation qui n’a depuis longtemps plus rien de normal. « Que ce soit la CMA ou la Plateforme, la population n’a plus confiance. Tant que l’administration nationale malienne ne sera pas de retour rien ne sera possible. Tout ça dépend maintenant de ce qu’ils vont décider. Alors que de toute façon, les populations ne savent plus quoi faire », lâche mi-fataliste, mi-résigné cet habitant de Kidal.

 

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