Société › Maliens du bout du monde - Kuweit

Moussa Bengaly « Je ne peux qu’accepter la situation »

C’est avec rage et colère que Moussa Bengaly évoque « son bad trip ». Âgé de 27 ans et voulant fuir à tout prix une situation familiale difficile, il se laisse persuader par un  « facilitateur » de voyage peu scrupuleux d’embarquer en direction du Koweit. Il débarque donc dans ce petit pays du Moyen-Orient en mai 2017, plein d’espérance.

Mais son rêve se heurte brutalement à la dure réalité du terrain. « A peine arrivé, mon employeur m’a confisqué mon passeport et tous mes papiers » raconte-t-il. Puis direction le désert, pour s’occuper de la bergerie de son patron koweitien, qui compte une centaine de têtes. D’un pays à un autre, il est donc passé de diplômé au chômage à berger improvisé. Une tâche pour laquelle il n’a aucune qualification, ni aucune envie. « Je ne peux qu’accepter la situation, me taire et faire le travail qui m’est confié ». Il a dû ravaler sa fierté, sous la menace d’une dénonciation calomnieuse aux autorités koweitiennes, qui peuvent ne pas se montrer très tendres avec les étrangers. Pour sa peine, une rémunération mensuelle de 60 dinars koweitiens (113 000 francs CFA) lui est promise. Mais pour l’heure, après deux mois, il n’en a pas encore vu la couleur. Ce qu’il ne savait pas au moment de s’engager, c’est qu’il venait de se faire happer par une nébuleuse.

« Tous ceux qui viennent ici sont pris en charge par l’employeur, qui leur paie la totalité de leurs frais de voyage ». Selon lui, son cas serait différent, ce qui contribue à alimenter encore plus sa colère. Il a payé plus d’un million de francs CFA pour son voyage, une somme qu’il veut récupérer avant de tenter d’aller vers une nouvelle destination, plus avantageuse. « Le Malien que je suis venu retrouver ici est celui qui est derrière toute cette scabreuse affaire. C’est un ex-détenu qui promet aux Arabes de leur trouver des bras valides pour travailler. Les intermédiaires comme lui sont tous rémunérés en conséquence » dénonce-t-il.

Dans son nouveau boulot, le sommeil est volage, la chaleur constante et la nourriture difficilement mangeable. « Je n’avais jamais cuisiné au Mali, mais ici je suis obligé de le faire, si je veux manger. Il n’y a eu personne pour m’apprendre comment faire, mais je me résous à manger pour remplir mon ventre. C’est infect ».

Et la nourriture ne semble pas être la seule inquiétude pour lui. « Nous avons monté nos propres tentes, mais nous ne bénéficions même pas de l’électricité. Il fait très chaud ici, souvent les températures peuvent monter jusqu’à 54°C » affirme-t-il.

 

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