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Mise en œuvre de l’Accord : La paix au Mali à bout de bras

La communauté internationale, au chevet du Mali depuis 2012, s’impatiente de voir les résultats sur le terrain de la paix et de la stabilité.

Après deux ans et les nombreux efforts consentis, les résultats de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger, peinent à se faire sentir. Si la communauté internationale préfère parler de « retard » plutôt que de panne, elle en appelle à la responsabilité des parties signataires, car, si elle est garante du processus, c’est aux « Maliens de faire la paix ».

Pour accélérer la mise en œuvre de l’accord, les parties signataires, la communauté internationale et les partenaires du Mali se sont réunis à Bamako, du 17 au 19 juillet 2017, pour valider la Stratégie spécifique de développement intégré des régions du Nord, destinée à « hisser les régions du Nord au même niveau que le reste du pays en termes d’indicateurs du développement et ce dans un délai n’excédant pas une période de 10 à 15 ans ».

S’il n’est pas dans une impasse, l’accord signé il y maintenant deux ans « connaît des retards » dans son application, reconnaît ce haut diplomate français. D’autant que certaines dispositions, comme la mise en place du programme DDR (Désarmement, Démobilisation et Réinsertion), censé être effectif au cours des six premiers mois après la signature de l’accord, ne sont toujours pas mises en œuvre. « Je ne suis pas aveugle. Je crois que la lassitude vient du fait qu’on a été un peu optimiste sur la mise en œuvre de l’accord. Aujourd’hui, on est confronté à la réalité. Il faut la prendre en compte et continuer d’avancer », note cet interlocuteur, ajoutant que « nous n’avons pas droit à la lassitude, car les populations du Nord sont dans l’attente et qu’il y a le terrorisme à combattre.

Autre difficulté, la complexité de l’accord, selon l’Ambassadeur allemand au Mali, Monsieur Dietrich Becker, une difficulté qui n’empêche pas cependant que soit mis en œuvre ce document de référence. D’autant que l’accord « n’est pas fait seulement pour Kidal, Ménaka ou Gao. Il y a des choses pour tout le Mali, notamment la décentralisation, qu’il faut mettre en œuvre au plus vite ».

L’épreuve du terrain Annoncées pour ce 20 juillet, la mise en place du Mécanisme Opérationnel de Coordination (MOC) et celle des autorités intérimaires, le 31 juillet, à Kidal, est remise en cause, dû aux affrontements opposant sur le terrain les groupes signataires depuis le 6 juillet. Ce regain de tension est « compliqué par une nouvelle donne, la dimension communautaire. Vous savez, dans les conflits communautaires, la raison n’est plus là, ce sont les sentiments qui dirigent. Nous disons au gouvernement, aux groupes armés, hâtons le pas pour accélérer la mise en œuvre de l’accord », déclare le Représentant Spécial du Secrétaire général des Nations unies, Mahamat Saleh Annadif, chef de la MINUSMA.

Un avis que partage Ahmed Boutache, président du CSA, qui estime que la solution à la crise, qui est encore bien loin d’être totalement résorbée, se trouve dans l’Accord de Paix. « Il n’y a tout simplement pas d’autre alternative comme en attestent les déclarations récurrentes des parties signataires au sujet de leur attachement à l’Accord et à sa mise en œuvre ».

Pointée du doigt pour son immobilisme ou même sa partialité, la MINUSMA fait l’objet de nombreuses critiques, comme lors de la manifestation organisée le 14 juillet, après le début des affrontements à Kidal. Garante du respect des termes de l’accord, la mission de l’ONU appelle cependant les parties à prendre leurs responsabilités. « Il y a une véritable crise de confiance entre les parties signataires. Au départ, c’était deux mouvements qui étaient ensemble jusqu’aux évènements de Kidal en 2016. Le gouvernement a traîné le pas. On a pris des libertés sur certaines choses. Aujourd’hui, dans cette nouvelle phase, ce sont deux mouvements qui se font face dans une confrontation armée ».

Pourtant, la MINUSMA reste très attendue par tous les acteurs, y compris le gouvernement, qui a sollicité en juin dernier un mandat « plus  robuste » pour permettre à la mission de faire face aux menaces multiformes auxquelles elle est confrontée sur le terrain. Et en dépit de ses faiblesses, la MINUSMA reste indispensable pour la stabilité au Mali, note le diplomate allemand, qui reste convaincu que la mission améliorera son efficacité grâce aux mesures qui seront envisagées par son leadership. Une exigence que Dietrich Becker souhaite voir observée de la part du gouvernement, pour améliorer la gestion des ressources humaines au sein des forces armées et de sécurité.

La MINUSMA n’est cependant qu’une force d’interposition, destinée à maintenir la paix entre les différents protagonistes. Et si la communauté internationale est garante de la mise en œuvre de l’accord, c’est aux parties maliennes de mettre en œuvre leurs engagements, renchérit le Haut représentant de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel (MISAHEL), Monsieur Pierre BUYOYA. « Il faut que les parties s’engagent à appliquer l’accord, ce qui demande une confiance mutuelle qui n’est pas toujours là. Parce que la mise en œuvre de l’accord est l’affaire des parties. La communauté internationale est là pour soutenir, pour accompagner. Il s’agit de paix, c’est un processus long », conclut-il.

Regrettant le fait « qu’à chaque fois qu’une avancée se fait jour, et qu’il semble qu’un consensus soit trouvé sur telle ou telle question, de nouvelles difficultés surgissent, comme c’est le cas avec les affrontements à Kidal », l’ambassadrice de France au Mali met en garde « les responsables de ces violations répétées de l’accord de paix et leur rappelle qu’au delà de leurs différends communautaires et intérêts économiques, c’est la liberté de leur région et l’intégrité du Mali qui sont en jeu, ainsi que les vies humaines qui continuent d’en payer le prix ».

L’œil du cyclone Pourquoi alors ne pas sanctionner ceux qui violent l’accord ? « Parce que les sanctions constituent le dernier recours et qu’après il faut toujours négocier pour trouver un terrain d’entente », soutient le Haut représentant de l’Union africaine. Si son gouvernement est pour le principe des sanctions, l’Ambassadrice de France, Mme Evelyne Decorps, estime qu’avant de les évoquer, « il faut adopter une attitude responsable, il faut rétablir la confiance entre les uns et les autres. Et, pour cela, il faut un arbitre. Même si les groupes armés et le gouvernement le demandent, la communauté internationale ne peut pas être cet arbitre. Elle est là pour apporter la sécurité, elle n’est pas là pour remplacer l’action du gouvernement ou des groupes armés. C’est leur bonne foi à eux qui doit être totale ».

Continuer donc à mettre en œuvre l’accord dans ses dispositions qui peuvent l’être et à Kidal, « quand elle sera prête », c’est aussi l’option préconisée par l’ambassadeur d’Allemagne, pour qui Kidal doit cesser d’être « le fétiche du gouvernement dans ce processus de paix ». D’autant que « toute personne qui croit qu’elle peut conquérir ou garder Kidal par la force se trompe. Ils (les signataires) seront obligés de s’asseoir pour parler », déclare le chef de la MINUSMA. Un énième chronogramme consensuel sera donc nécessaire pour que toutes les parties acceptent enfin le retour de l’administration à Kidal. C’est en tout cas l’une des recommandations de la Mission de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel (MISAHEL), partie prenante de la médiation internationale.

Mettre en œuvre l’accord en l’état suppose du pragmatisme et un volontarisme sans faille. Maintes fois repoussée, l’installation des autorités intérimaires à Kidal semble être un véritable goulot d’étranglement au processus.

En attendant, le temps joue contre le processus de paix. Ce temps profite aux groupes extrémistes désireux d’étendre leur influence. Le retard dans le processus a une autre conséquence : provoquer la lassitude de la communauté internationale, qui le finance et le supervise. « On a laissé trop d’espace pour les jeux politiques entre Maliens et, un jour, on sera fatigué de ces jeux », tranche Dietrich Becker, qui ajoute que la MINUSMA est financée par des milliards d’euros qu’il vaudrait mieux investir dans le développement.

 

 

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