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La culture de l’apparence : Sapés comme jamais…

Les tenues des jeunes coûtent cher et bien souvent répondent à un code qu’eux seuls comprennent.

S’habiller, de nos jours comme depuis toujours, est un besoin fondamental de l’Homme. Chaque milieu à son style propre. A Bamako, dans certains grins de jeunes,  une tendance a pris le pas sur les autres : il ne suffit plus d’être bien vêtu, mais plutôt de l’être différemment. Être jeune dans cet univers occidentalisé et miné par la culture de l’apparence, c’est être bien « sapé », ce qui ne rime pas avec pauvreté.

« L’habit ne fait pas le moine », mais, de l’avis des jeunes « branchés » de certains quartiers de la capitale, s’habiller comme il faut, comme il se doit, du moins à leurs yeux,  attire non seulement les regards mais aussi le respect.  Ce qui compte au-delà de tout, c’est le « look ». Il faut soigner son image, être vu et apprécié, en un mot faire l’objet de convoitises.

Une jeunesse dorée Remarquables au premier regard de par les fringues qu’ils arborent, assorties souvent aux chaussures, aux montres, aux chaines et à la casquette, les jeunes qui se disent de la « Génération 21 » ne veulent pas rester en marge de la mode. Contaminés par les stars occidentales, qui se démarquent par leur style vestimentaire et l’opulence de leur vie « sans galère »,  ils  n’hésitent pas à vider leurs poches pour être « à la page ».

Gouvernement est le nom d’un des grins des ces jeunes branchés à Kalabancoro. « J’aime m’habiller, parce que je suis une star. Une star doit être chaque jour bien sapée. Tu ne vois pas comment je suis sapé ?» s’exclame celui qui se surnomme HP, âgé de 23 ans, un gros collier au cou. Des boutiques bien connues, comme Salimata Shop à Kalabancoro Plateau, Dicko House à Bacodjicorni Golf ou encore Chicago Swag à Missira, lui fournissent des parures haut de gamme. Dans ces boutiques chics, on trouve des vêtements pour tous les goûts, toutes marques confondues, et des chaussures, comme des Timberland ou des Piment Finty, à 40 ou 50 000 francs CFA la paire.

Les vêtements sortent de l’ordinaire, avec les inscriptions Suprême, Unkut, Chicago Swag ou Gucci. Yakenzi la suprématie, Yehia Diakité de son vrai nom, âgé de 24 ans, n’hésite jamais à investir  des sommes faramineuses pour se « swaguer ». Ses habits, il les achète dans deux boutiques : Chicago Swag à Missira et California Shop au grand marché de Bamako. «  M’habiller me fait du bien. J’aime être « propre », soigné. Les gens aiment bien « mouver »avec moi. Tous disent que je m’habille impeccablement » déclare-t-il fièrement, la tête tressée. « On s’habille all time. Dans le quartier, quand les gens disent : ce gars-là s’habille très bien, il est toujours au top. Cela nous rend grands », renchérit Fofana Karamako, un autre membre du grin Gouvernement de Kalabancoro.

De la poudre aux yeux ? Le style étant l’écart par rapport à la norme, ces jeunes au visage insouciant sont très appréciés et même imités par certains. Boucles d’oreille, chaines juxtaposées à la ceinture ou autour du cou, cheveux soignés et même souvent teints, montres étincelantes au poignet, sont les accessoires mis en exergue, selon Gadjo, membre du grin FC Café de Bamako Coura. « Autant de choix, autant de styles. Le plus important, c’est d’être apprécié et remarqué par les autres. Quand tu es un homme bien habillé, on t’appelle swag boy, s’il s’agit d’une fille, c’est une swag girl » explique le chef de grin. « Ce qui me passionne, c’est le hip hop classique. Quand je porte du Jordan swag ou du Air force one, je fais la différence » poursuit Gadjo, exhibant sa coiffure.

Si certains ont les moyens d’exaucer leur vœux,  d’autres peinent à se maintenir dans ce cercle où l’argent a de l’odeur. Ils n’hésitent  donc pas à faire saigner les maigres économies de leurs parents, uniquement pour paraitre « irréprochables » aux yeux du monde. Un comportement que réprouve totalement Aguissa Sallah. Selon lui, le superflu n’est pas du tout nécessaire pour  être bien vêtu. « Ceux qui se disent bien habillés ne sont pas du tout habillés à mes yeux. Ils ont juste assimilé la culture occidentale », affirme-t-il, regrettant l’absence  de conscience « culturelle » chez ces jeunes.

 

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