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“Wolf Warrior 2” : y a-t-il un Chinois pour sauver l’Afrique  ?

Sorti le 27 juillet en Chine, le long-métrage de Wu Jing a battu tous les records au box-office. Son héros, un soldat d’élite, se met en tête de faire le ménage en Afrique. Flattant la fibre nationaliste du public et les ambitions de Pékin à l’international, Wolf Warrior 2 ne fait pas l’unanimité auprès de la critique.

“De longue date, la Chine présente ses partenariats africains comme des alliances d’égal à égal, gages d’avantages économiques réciproques. Voilà maintenant qu’elle se met en avant comme acteur humanitaire et protecteur de la paix internationale”, commente Quartz. Le site américain rappelle que le film est sorti quelques jours avant le 1er août, jour où la Chine ouvre à Djibouti sa première base militaire africaine. Et que Pékin a “déployé 700 soldats de maintien de la paix au Soudan du Sud, pays auquel il envoie également assistance médicale et rations alimentaires”.

Ferveur patriotique

À la fin du film, l’image s’arrête sur un texte imprimé sur un passeport chinois : “Peu importe les dangers auxquels vous avez été confrontés à l’étranger, s’il vous plaît, rappelez-vous qu’un pays fort est toujours derrière vous.” Cette scène a alimenté la ferveur patriotique autour de Wolf Warrior 2 – même si certains y ont vu “un acte qui transgresse la loi” : Wang Cailiang, un avocat de Pékin, a ainsi publié sur Weibo, le réseau social le plus populaire du pays, un article dénonçant “les modifications illégales de documents officiels” dont le long-métrage serait coupable.

En pleine vague de nationalisme orchestrée par le gouvernement chinois, les critiques ne sont pas les bienvenues. Yin Shanshan, jeune professeure à l’Académie centrale d’art dramatique, a jugé dans une vidéo que le film était “sans aucune valeur” et qualifié Wu Jing de “psychopathe”. Elle a notamment dénoncé l’ultraviolence de certaines scènes d’action, alors que le film est projeté en pleines vacances d’été, une période où les mineurs se rendent en masse au cinéma, et qu’il n’existe pas en Chine de système de classification des films. Logiquement, les remarques de Yin ont suscité rejets et insultes.

À l’école de Hollywood et de Jackie Chan

Malgré les critiques qui surgissent dans les milieux intellectuels chinois, “Wolf Warrior 2 s’est imposé au box-office et a gagné le respect”, a titré Xinjing Bao, un journal de Pékin. “Le film raconte la Chine d’aujourd’hui, rétablit la confiance dans le cinéma du pays… Il s’inspire du modèle des films commerciaux de Hollywood, incluant les caractéristiques des comédies de Jackie Chan”, se félicite le quotidien dans son édition du 8 août. “Le plus précieux est la présence, à l’écran, de personnes de couleur qui ne sont pas là pour le politiquement correct, comme dans les films hollywoodiens. Ici, l’Afrique est considérée comme une culture [sic] digne de respect et attirante”, détaille l’article.

 Le même jour, un autre article diffusé sur le compte Wechat (le Facebook chinois) du journal économique Caixin semble répondre du tac au tac à cette analyse du film. Cela commence par son titre : “Désolé, l’Afrique que tu vois dans le film n’est pas la vraie Afrique.” “La vision de l’Afrique qui est donnée, stérile et étroite, ne dépasse toujours pas les stéréotypes sur la pauvreté et le chaos”, déplore l’article.“Quel message veut diffuser ce film ? s’interroge pour sa part Duan Chuanmei, un pure player de Hong Kong. Wolf Warrior 2 s’ancre dans l’incitation au nationalisme et l’éloge des militaires chinois”, souligne-t-il, avant de poursuivre :

De fait, ce film n’est pas un film, mais un produit de propagande. Or le public semble n’en avoir aucune conscience, et en fait, c’est même le plus gros succès de l’histoire du cinéma chinois. C’est tellement ridicule.”

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