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Boubacar Baba Diarra : « J’ai compris que le problème, c’était le Président »

Sous sa présidence, le Mali a remporté la première Coupe d’Afrique de son histoire, s’est fait suspendre par la FIFA et une crise de plus de deux ans a paralysé son football. A deux semaines de la fin de son mandat, le Président de la Fédération malienne de football (FEMAFOOT), Boubacar Baba Diarra, se livre sans concession à Journal du Mali et revient sur ses quatre années à la tête de la Fédération.

Quel bilan tirez-vous de vos quatre années à la tête de la FEMAFOOT?

Lorsque nous sommes arrivés, nous avons constaté qu’au niveau du fonctionnement et de l’organisation, il y avait quelques insuffisances. Il fallait commencer par les combler. A l’époque, il n’y avait pas d’organigramme fonctionnel formel et les opérations financières n’étaient pas circonscrites dans le cadre d’un manuel de procédures. A partir du moment où l’entité réalisait un chiffre d’affaires annuel de plus d’un milliard de francs CFA, il fallait sortir d’une gestion artisanale. Nous nous y sommes attelés. Nous avons également organisé pour la première fois au Mali, avec l’appui de la FIFA et de la CAF, une formation pour l’obtention de la Licence A,  le diplôme suprême pour les entraineurs. 19 en ont bénéficié. Nous avons modernisé les infrastructures des clubs et obtenu d’Orange-Mali qu’elle augmente sa subvention annuelle de 16 à 20 millions de francs CFA. Tout ceci nous a permis de produire de meilleurs résultats. Les Cadets ont été Champions d’Afrique et Vice-champions du monde en 2015. Les Juniors ont été quatrièmes d’Afrique et troisièmes de la Coupe du monde 2015. La sélection locale a été Vice-championne d’Afrique au Rwanda en 2016. Les Aigles se sont qualifiés pour les différentes Coupes d’Afrique. Nous avons obtenu de nos partenaires un financement de 1,2 milliard pour doter les terrains du Nord (Kidal, Gao, Tombouctou) de gazon synthétique de dernière génération. A Gao et Tombouctou, c’est déjà fait. Pour Kidal, les travaux débuteront dès que la situation sécuritaire le permettra.

Avez-vous été empêché de travailler dans la quiétude ?

Tous les résultats que nous avons obtenus l’ont été dans la douleur, parce qu’on ne nous a pas laissés travailler. Je suis convaincu que si nous avions œuvré dans la sérénité et la quiétude le Mali serait déjà détenteur de la Coupe d’Afrique des Nations. Les contingences liées à des rivalités personnelles inutiles, à des problèmes entre camarades d’âge, nous ont empêchés de travailler.

Vous avez décidé de ne pas vous représenter. Pourquoi ?

Nous avons eu un problème qui est devenu national. Tous les pans de la Nation ont été impliqués dans sa gestion. J’ai compris à un moment que le problème, c’était le Président. Il y avait une Nation face à un individu et un individu n’est rien devant une Nation. J’ai donc décidé de m’effacer. Si c’est moi qui pose problème à la Nation malienne dans le secteur du football, je me retire, pour apporter l’accalmie et la paix.

Durant votre mandat, le Mali a été suspendu et une crise a paralysé le football. Regrettez-vous les décisions qui ont conduit à ces évènements ?

J’avoue que, si c’était à refaire, je prendrai les mêmes décisions. J’étais en phase avec les règlements de la Fédération. Je n’ai ni dévié, ni inventé quoi que ce soit. Peut-être avions-nous perdu l’habitude de nous normer. Quand je suis arrivé, j’avais pour credo le respect scrupuleux des textes. Je ne regrette rien.

Avez-vous profité de votre poste pour percevoir de l’argent indûment ?

Nous sommes dans un pays où on se permet d’accuser à tort les honnêtes gens. La FEMAFOOT fait partie des institutions les mieux gérées au Mali. Chaque année, la CAF et la FIFA nous auditent sur les sommes allouées. Que peut-on détourner dans cette situation ? L’argent que l’Etat donne pour le football, je n’en vois pas la couleur. Il est géré par la Direction des finances et du matériel du département des Sports.

Quelles étaient vos relations avec le ministre des Sports, qui a dissous votre comité, et l’ancien sélectionneur Alain Giresse ?

Avec le ministre, j’avais les meilleures relations. Lorsque j’étais le 2ème Vice-président du Comité exécutif dirigé par Salif Keita, il en était le 3ème.  On évoluait en symbiose jusqu’à l’avènement de la crise. Je n’ai pas compris certaines prises de position, mais, dans les affaires publiques, il y a souvent des frictions.

Giresse, au début, n’était pas mon choix, honnêtement. Mais dès que nous avons décidé de travailler avec lui, je n’ai jamais interféré dans ses décisions. J’ai contribué à des prises de contact avec certains joueurs, mais le dernier mot lui revenait toujours. Lorsque j’ai compris qu’il avait des difficultés à faire évoluer l’équipe, surtout après la CAN 2017 au Gabon, je n’étais pas du tout satisfait. C’est normal en tant qu’employeur.

On vous accuse de faire pression sur la Commission électorale pour faire gagner votre candidat lors de la prochaine élection ?

Je suis surpris. Comment pourrais-je torpiller un processus électoral ? Il faut que les personnes sachent raison garder. Vous comprenez pourquoi je veux sortir de cette spirale.

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