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Oumar Cissé : « L’enlèvement d’Amadou Ndjoum avait pour seule motivation l’argent »

L’argent, principale raison de la Katiba Macina pour enlever d’Amadou Ndjoum.

Le Collectif pour la libération d’Amadou Ndjoum et des Otages Maliens a été au cœur d’une large mobilisation, sur le terrain et les réseaux sociaux, pour faire libérer l’agent de l’INPS, kidnappé par la Katiba Macina le 26 avril et libéré le 13 septembre 2017. Oumar Cissé, l’un de ses membres fondateurs, révèle au Journal du Mali les raisons de son enlèvement, ainsi que les différents facteurs et acteurs qui ont œuvré à sa libération.

Pourquoi a-t-on kidnappé Amadou Ndjoum ?

Il y a beaucoup de versions. Selon ce que nous avons pu établir, l’enlèvement serait dû au fils d’un des retraités qui recevait sa pension d’Amadou Ndjoum. Ce jeune en déshérence a fait allégeance à la Katiba Macina et aurait décidé d’enlever Ndjoum pour se faire de l’argent, en lançant une fausse accusation contre lui. Leur intention n’était pas de lui faire du mal. L’enlèvement d’Amadou Ndjoum avait pour seule motivation l’argent.

Pourtant Amadou Ndjoum avait 10 millions de francs CFA, l’argent des pensions, sur lui quand il a été enlevé ?

Je ne pense pas que les ravisseurs savaient qu’il avait cet argent avec lui au moment où ils sont venus l’enlever.

Qu’est-ce qui a conduit à sa libération ?

C’est la conjonction de plusieurs facteurs. Au niveau du Collectif, nous avons été en contact un moment avec les ravisseurs d’Amadou Ndjoum. Nous avons essayé de négocier sa libération et avons largement mobilisé pour qu’il ne tombe pas dans l’oubli. Il y a aussi des élus locaux qui sont intervenus pour tenter de le faire libérer. Une parente d’Amadou Ndjoum, une dame âgée, est allée voir les djihadistes à Dogo pour demander sa libération. Je pense que cela a été décisif, car il y a eu une sorte de conseil au niveau de la katiba, qui, par la suite, a décidé de relâcher Amadou Ndjoum.

Les autorités maliennes ont-elles joué un rôle dans cette libération ?

À mon avis, l’État n’a rien avoir avec cette libération.

Certains ont parlé d’une rançon versée. Qu’en est-il ?

J’ai appris d’un notable local que, lors des négociations avec les ravisseurs, ces derniers avaient demandé 750 000 francs CFA. Les notables ont pu rassembler 650 000 francs et les leur ont donnés, ce qui a amené une première promesse de libération.

Les djihadistes auraient aussi demandé la libération d’un prisonnier en échange d’Amadou Ndjoum ?

Oui, il y avait une intention de leur part d’obtenir un échange de prisonniers, mais cela ne s’est pas fait. Nous avons appris que durant les négociations pour faire libérer Amadou Ndjoum, l’un deux avait indiqué qu’un membre imminent de leur katiba, le beau-père d’Amadou Kouffa, un certain Dicko, avait été arrêté à Sévaré alors qu’il faisait route pour Bamako. Ils sont revenus sur leur première promesse pour faire libérer ce Dicko. La famille Ndjoum a saisi la section Droits de l’Homme de la Minusma, mais il y avait plus de 25 Dicko accusés d’activités terroristes incarcérés à Bamako. Finalement l’échange n’a pas eu lieu, Je crois que l’État n’a pas jugé bon de libérer ce terroriste considéré comme extrêmement dangereux.

 

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