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Election à la Femafoot : Qui succédera à Boubacar Baba Diarra ?

Ils étaient 11 à déposer leurs candidatures, ils ne sont plus que deux. Ceux qui au départ étaient déjà considérés comme les favoris pour briguer la présidence de la Fédération malienne de football (FEMAFOOT). Mamoutou Touré dit « Bavieux » et Salaha Baby partagent des similitudes. Tous deux ont été membres du Comité exécutif de Boubacar Baba Diarra et tous deux sont dirigeants de clubs. Mais cela s’arrête là. Car, au-delà, ils représentent également les camps opposés dans la crise qui secoue le football malien depuis 2015. Même s’ils ont déjà affiché leur volonté de faire la paix, le chemin n’en reste pas moins long et tortueux et les défis multiples

A l’issue de l’assemblée générale élective du 8 octobre prochain, la Fédération malienne de football aura un nouveau président. Deux candidats se disputent le très prisé fauteuil. D’un côté, Mamoutou Touré « Bavieux », 60 ans premier Vice-président du Comité exécutif sortant, membre du Comité exécutif de l’AS Real de Bamako (Ligue 1) et par ailleurs Directeur administratif et financier de l’Assemblée Nationale. « Il a occupé beaucoup de postes dans les différents comités exécutifs de la FEMAFOOT et il est dans le football depuis près de 30 ans. Il a donc une grande expérience. Il dispose également de nombreux soutiens. Il est donc naturellement le grandissime favori et, sauf cataclysme, il devrait succéder à Baba Diarra » prédit Baba Cissouma, Directeur de publication du journal « Match ».  Face à Touré se dresse Salaha Baby, Président de la ligue régionale de Tombouctou et de la Jeanne D’Arc de Bamako (2ème division), ancien deuxième Vice-président du Comité exécutif de Baba Diarra, avant de démissionner au bout d’un an demi et de rejoindre le Collectif des ligues et clubs majoritaires, en guerre ouverte avec le futur ex-Président. « C’est un administrateur du football aux qualités exceptionnelles et il connait parfaitement la maison. Il est le mieux indiqué pour devenir Président » l’encense un de ses proches.

Glaner des voix

Les deux candidats sont en campagne depuis près de deux mois. Ils multiplient déplacements et rencontres pour mobiliser autour de leur nom le plus de soutiens possibles. Le week-end de la fête de l’indépendance, Touré s’est rendu à Ségou pour y rencontrer les représentants du football de la région. Dans le même temps, son « concurrent », lui, se trouvait à Kayes, donné comme étant déjà acquis à Touré. Le président étant désigné à la majorité simple, le candidat devra recueillir la moitié + 1 des 57 voix du collège électoral. « Six ligues régionales se sont réunies pour venir voir Touré, le conforter dans sa décision de se présenter et l’assurer de leur soutien » confie l’un des collaborateurs du candidat. « C’est une élection, et tout peut arriver. Certes, Touré a une longueur d’avance, mais nous ne pouvons présumer de rien. Mieux vaut attendre le Jour J », nuance Cissouma.

Tourner la page de la crise

Les candidats font de la réconciliation leur principal cheval de bataille. Rien d’étonnant à cela, puisque la persistance de la crise a conduit à une suspension du pays par la FIFA en mars 2017. Touré et Baby ont marqué d’une pierre blanche la réconciliation dans leurs programmes respectifs. « Depuis l’assemblée élective de 2013 à Mopti et les péripéties qui ont consacré la mise en place du CE actuel, les déchirements ont commencé, jusqu’à atteindre ce que nous connaissons aujourd’hui, faisant de notre pays la risée du monde… Ce climat ne pouvait que détruire ce que tous ont patiemment construit durant des années » peut-on lire dans le programme du candidat Touré. Pour apaiser les tensions, il entend, s’il est élu, organiser « très rapidement », à l’instar des politiques, un « forum de retrouvailles » entre les protagonistes, pour se parler et s’excuser. Baby, de son côté, dit vouloir s’investir sans réserve dans la réconciliation, en instaurant un climat convivial et une entente entre les dirigeants et les acteurs du football. « Sur le papier, ce sont deux excellents programmes, mais un programme et sa réalisation sont deux choses distinctes. Il va falloir juger le candidat élu sur l’observation de son programme » estime Baba Cissouma. L’élection d’un nouveau président sonnera-t-il alors le glas de la crise ? Pas si sûr. « L’un est proche de Diarra (Touré) et l’autre fait partie des frondeurs. Il serait utopique de croire que la crise prenne fin avec l’un ou l’autre de ces deux-là. On efface tout et on recommence à zéro ? Au contraire, cette élection ne va faire qu’envenimer la situation » assure un observateur avisé du dossier. « Nous voulons la paix, nous la désirons même plus que les candidats. Ceux qui se battent actuellement défendent leurs intérêts personnels. Nous n’en tirerons rien du tout. Tout ce que nous voulons, c’est une belle équipe nationale, qui remporte des trophées, et être respectés par la CAF et la FIFA », aspire un supporteur.

Similitudes

Il y en a plusieurs dans les deux programmes. Assainir les relations avec le ministère des Sports, tout d’abord. Fortement détériorées lors du mandat de Boubacar Baba Diarra, ces relations ont été entachées par de nombreux épisodes, dont celui de l’équipe nationale refusant de regagner Kabala, au motif que le site n’est pas aux normes. Les candidats ont déjà été reçus par le ministre des Sports Housseini Amion Guindo qui les conseille pour sur une éventuelle réconciliation.

Changer les textes et les adapter au « nouveau contexte », fait également partie des impératifs des aspirants. « Les statuts et les règlements qui régissent notre football ont fait leurs preuves. Aujourd’hui, ces textes ont encore des insuffisances. Il est temps d’entreprendre une réforme en profondeur des textes en vigueur » préconise le candidat Baby.

« Développer le football à la base (chez les jeunes), trouver de nouveaux moyens pour le financer, renforcer les capacités des ligues régionales et professionnaliser le championnat national, conformément aux exigences de la CAF et de la FIFA. Ce sont les dossiers que les candidats ont en commun. Ils ont des programmes assez similaires » énumère Cissouma.

Commission contestée

Le 13 septembre, le camp de Salaha Baby a organisé une conférence de presse au cours de laquelle il a dénoncé la commission électorale, qu’il accuse de partialité. « Cette commission a pour mission de faire élire par tous les moyens l’autre candidat, soutenu par le Comité exécutif sortant. Certains membres de la commission sont en train de battre campagne pour un candidat. C’est dire qu’ils sont juges et parties » a accusé Modibo Coulibaly, du Collectif des ligues et clubs majoritaires. Des incriminations dont se défend la commission. « Nous n’avons aucune relation avec l’actuel Comité exécutif, en dehors de ce que les textes prévoient. C’est une élection qui sera transparente. Tout est fait pour et je ne vois pas comment nous pourrons influer en quoi que ce soit, puisqu’elle sera supervisée par des émissaires de la CAF et de la FIFA » explique l’un de cinq membres de la commission.

Au-delà, certains candidats invalidés n’entendent pas se laisser faire. Estimant que son dossier répondait parfaitement aux critères de l’appel à candidature, Aliou Sangaré, Président du centre Montrouge de Sikasso, a saisi la FIFA pour plaider sa cause. « Nos listes ont été rejetées pour des motifs qui n’ont jamais été portés à notre connaissance et ne ressortent nullement de l’avis publié. Cette attitude est une violation manifeste des règles électorales de notre association et est révélatrice de la volonté de privilégier un candidat » peste-t-il. « Ce genre d’injustices, parmi tant d’autres, paralyse le fonctionnement de l’association » ajoute-t-il. Pour les recalés, sauf un, tout le monde l’a été pour défaut de parrainages, selon notre source à la commission électorale. Qui ajoute, « Sangaré, qui a introduit une action auprès de la FIFA, n’avait ni programme d’action, ni parrainages, et certaines adresses des membres de sa liste manquaient également ».

Tous les candidats sont tout de même unanimes. Aucune mention d’un quelconque parrainage n’a été faite dans la circulaire publiée pour les appels à candidature. Simple oubli ou subtilité visant à éliminer certains candidats ? « Lorsque nous avons fait part de notre incompréhension, ils nous ont rétorqué qu’on ne pouvait prétendre à la présidence de la FEMAFOOT sans connaitre les statuts de l’institution. Que répondre à cela ? Ce ne sont que les néophytes comme nous qui en pâtissent. Baby et Touré, qui connaissent la maison, ne sont pas tombés dans le piège » explique Amadou Mahamane Sangho, chargé de communication au ministère de la Sécurité et de la protection civile et candidat invalidé.

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