Société › Environnement

Urbanisation de Mopti : Les ordures comme remblais

Des centaines de bâtiments sont construits sur ces remblais faits d'ordures ménagères.

Fondée au 12ème siècle par Kifou Naciré, pêcheur originaire de Sina, Mopti est consacrée commune en 1955. Depuis, la ville, dont l’arrondissement central se trouve sur une presqu’île, n’a cessé de s’agrandir. A quel prix ?

Mopti, capitale de la 5ème région  administrative du Mali, est un port fluvial de grande importance. Pour l’économie du Mali, mais aussi de la sous-région, vers laquelle sont exportés poissons et produits agricoles, dont le riz, produit à grande échelle dans les périmètres irrigués. Le dynamisme se voit également dans son urbanisation, ultra-rapide. Ainsi, partout où cela est possible, on voit depuis quelques années des tas d’ordures descendre dans l’eau et des bâtiments s’y dresser au bout de quelques mois. « Vous voyez, la ville se construit sur les remblais. Mais tous ces bâtiments reposent sur des déchets. Or ceux-ci sont biodégradables. Ça prendra des années, des décennies, mais ça va finir par s’affaisser », s’inquiète Antoine Mansa Traoré, Directeur régional de l’assainissement.

« Mopti s’est construite sur les remblais », se défend un élu local. « Depuis le temps colonial, on a gagné de l’espace pour agrandir la ville. Il faut cependant dire que c’était fait avec la technicité et le sérieux requis, à l’époque ». Pour lui, difficile de faire autrement, avec une population qui a triplé en 50 ans. Selon les données de l’Institut national des statistiques, cité par le site Populationdata.com, la commune urbaine de Mopti, soit les villes de Mopti et Sévaré, compte aujourd’hui environ 206 000 âmes, contre 100 000 il y a moins d’une décennie. Il faut donc trouver où se loger.

« Ici, avant, c’était l’eau.  Maintenant, c’est notre terrain. On a remblayé avec des ordures, de la terre et du gravier. Nous mettons les matériaux, nous mettons le feu pour les compacter et on en rajoute. Au bout de cinq ans nous avions la superficie suffisante pour construire », témoigne Fatoumata Sangho, habitante d’une maison sur la digue. « La ville doit gagner de l’espace, on ne peut pas faire autrement », assure M. Dicko, habitant de Gangal, un des vieux quartiers. Point de vue partagé par les acteurs locaux, qui ne peuvent cependant pas donner l’assurance d’un contrôle des risques. En cas de crue du fleuve, de pluies diluviennes, comment vont réagir les digues? « C’est entre les mains de Dieu », répond Fatoumata Sangho depuis son fauteuil, l’œil sur ses vaches, qui broutent tranquillement les ordures fraîchement déversées pour gagner encore un peu de place ….

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