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Décès de Yambo Ouologuem

Il est le tout premier africain  à avoir décrocher le prix littéraire Renaudot. Alors que les peuples se réjouissaient de leur liberté chèrement acquise, Yambo Ouologuem arrivait, en 1968, avec une parole décalée, un style inattendu. Avec le Devoir de violence,  » dans le contexte de l’époque, l’histoire qui se situe dans les milieux de la bourgeoisie parisienne des années soixante et loin de la Négritude paraît comme une véritable bombe littéraire. Aussi brûlante qu’à contre-courants des idées qui dominaient alors », écrit Valérie Marin La Meslée qui lui consacrait un  portrait en 2015 dans le journal français Le Point Afrique. L’auteur dénonce dans ce livre, lue par toute une génération d’Africains, la contribution des Africains à la traite des esclaves. Accusé d’y avoir plagié Graham Greene ou encore André Schwarz-Bart, il quitte avec fracas le monde littéraire et rentre au Mali où il se retire au pays dogon dont il est originaire. Son livre fut réédité, de même que sa Lettre à la France nègre, par les éditions du Serpent à plumes…

Difficile de parler de Yambo Ouologuem au passé.  L’écrivain,  homme de lettres et personnalité spirituelle et engagée, s’est pourtant éteint le samedi 14 octobre à l’hôpital de Mopti, des suites d’une courte maladie.  Les hommages se sont multipliés ainsi que les regrets de la génération qui l’a connue mais aussi la suivante. Elle regrette que l’homme qui a fait connaître ses premières lettres de noblesse à la littérature malienne soit tombé dans l’oubli quasi absolu. Aucune reconnaissance officielle n’a jamais été attribuée au Mali à Ouologuem, hormis un prix éponyme remis à chaque Rentrée littéraire.

Peu le savent, un autre livre de Yambo Ouologuem avait paru à la fin des années 60. « Les Mille et Une Bibles du sexe », (1969 aux éditions du Dauphin) a été publié sous la signature d’un certain Uto Rudolf. C’est Yambo Ouologuem qui le présente aux lecteurs à l’époque, avec des mots qui traduisent à eux seuls tout son combat: « Et, si j’ai pris sur moi de présenter Les Mille et Une Bibles du sexe, c’est également parce que, en raison de certains aspects érotiques de mon premier roman, divers pays africains ont rejeté de leurs frontières Le Devoir de violence. J’étais, aux yeux de chefs d’État irresponsables ou incultes, j’étais, pour avoir osé dire du nègre qu’il faisait l’amour, un carriériste vendu à une France raciste, laquelle s’amusait de voir dénigrer par un Noir les mœurs des peuples noirs. Soit. Il est bon d’être primitif, certes, mais impardonnable d’être primaire. Tant pis pour les primaires qui se rêvent censeurs. »

Yambo Ouologuem avait 77 ans.

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