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Consommation locale : le pari des industriels maliens

Le catalogue est disponible pour tous et sera ventilé lors des JIA 2017. Un appel du pied qui mériterait d'être entendu. © Hadejah Maïga / JDM

« Le patriotisme économique commence à cette page », peut-on lire en page 9 du Catalogue des produits « Made in Mali ». Résolument chauvin, cet ouvrage de près de 130 pages, lancé début novembre 2017, donne bien le ton des ambitions des industriels : faire prendre conscience aux Maliens, décideurs comme consommateurs lambda, du potentiel sous-estimé et négligé, voire méprisé, de la production industrielle malienne. Les Journées de l’Industrialisation de l’Afrique (JIA), nom du désormais évènement traditionnel de promotion du secteur, qui démarrent le lundi 4 décembre, seront à nouveau l’occasion de le rappeler : l’industrie malienne ne peut vivre que si elle est soutenue par une forte consommation locale.

Les JIA sont un moment d’échanges, mais aussi et surtout de plaidoyer pour attirer le regard de tous sur un secteur qui doit être le véritable moteur du développement du pays. Celles de 2017 se tiendront au Parc des expositions de Bamako, du 4 au 6 décembre prochain. Le public se déplacera certainement encore nombreux pour, au-delà des aspects protocolaires, découvrir ce que l’industrie malienne fait de bon et de beau. Dans les ateliers et autres cadres de discussions, il y aura moins de monde, « mais cela n’est pas un drame. L’objectif de communiquer sur notre secteur est atteint et cela, au fil des ans, fait bouger les choses », confie un acteur du secteur, qui attend avec impatience le début de la manifestation. Stands de sociétés, produits à découvrir, voire à déguster, de quoi attirer le consommateur, toujours en quête de nouveauté. Mais qui, pourtant, n’achète pas…

C’est bien le paradoxe du consommateur malien, qui se réjouit de voir les capacités des entreprises industrielles maliennes mais rechigne à porter la main au portefeuille. « C’est une question de mentalité », explique le Directeur national de l’industrie. La structure que dirige Idrissa Traoré est la cheville ouvrière des actions de l’État. On y pense les lois, on discute avec les acteurs et on les aide à optimiser leurs capacités et à se maintenir sur le marché concurrentiel actuel. « Chez nous, il n’est pas question d’aller fermer une usine. Nous sommes aux côtés des industriels pour les aider au mieux à maintenir et faire prospérer leurs activités, dans le respect du consommateur », poursuit-il, en décrochant tour à tour ses différents téléphones pour répondre aux sollicitations. La division Suivi, Appui et Conseils, à laquelle appartient Mahia Aklinine, son collaborateur, est également disponible pour « accompagner, informer, sensibiliser » pour une industrie malienne plus forte. Pourquoi donc le secteur peine-t-il encore à démarrer ? « Je préfère voir le verre à moitié plein », répond M. Traoré. « Le secteur industriel malien est le troisième de la Zone UEMOA, derrière la Côte d’Ivoire et le Sénégal, qui sont des pays côtiers, donc avec plus de facilités », précise-t-il. Difficile d’être industriel au Mali ? Certainement, répond-on à l’Organisation Patronale de l’Industrie (OPI). « Les taxes, le coût des facteurs de production, la faible qualité de la main d’œuvre, et, surtout, la concurrence déloyale… Ce n’est pas une sinécure de maintenir nos unités à flot », poursuit notre industriel. Dans son Livre Blanc, l’OPI décline depuis 2013 des mesures dont l’application devrait permettre de dynamiser « l’écosystème de l’industrie », thème de l’édition 2017 des JIA. « C’est un thème fédérateur, qui nous permettra de discuter de tout ce qui est en lien avec l’industrie. Notre industrie est embryonnaire. Nous devons aller vite », déclarait le ministre du développement industriel Ag Ibrahim au lancement de l’évènement, début novembre.

Fédérer les efforts

Le Président de l’OPI, Cyril Achcar ne change pas de discours. La voix des industriels insistera encore cette année sur le rôle de l’industrie dans le développement socioéconomique. Sans industrie, pas d’emploi, pas de création de richesses, pas de développement. « Si on investit dans l’agriculture sans investir dans l’industrie pour transformer, on crée des emplois et des richesses ailleurs », assure-t-il. Comment investir dans les industries maliennes ? A travers des subventions, dans comme l’agriculture ? Pourquoi pas ! Mais surtout en consommant les produits proposés. Consommer « Malien » est, selon lui, patriotique. Et, après la création en 2015 d’un département dédié au secteur, « les lignes bougent » …

« À la DNI, nous avons élaboré la Politique nationale de l’industrie, qui est aujourd’hui le fer de lance de l’action publique dans ce domaine », explique Idrissa Traoré. L’un des axes de cette politique est la promotion de la consommation par le marché national des produits industriels maliens. La question de la « commande publique » est depuis trois ans au cœur des plaidoyers des industriels, qui veulent capter les milliards de francs CFA que l’État dépense chaque année dans l’acquisition de biens et d’équipements. Des meubles, des appareils, de la bureautique, des services, des produits alimentaires, tout peut être fourni par les opérateurs maliens, assure-t-on à l’OPI. « Le thème de la commande publique lors de la JIA 2014, repris en 2015 et 2016, a payé ! D’une part nous avons un premier catalogue et de l’autre le gouvernement, plus particulièrement le ministère du Développement Industriel, travaille assidûment à la signature d’un décret encourageant les produits locaux dans la commande publique, dans le respect des règles communautaires », se réjouissait M. Achkar, début novembre 2017. On se souvient en effet, qu’en 2014, Moussa Mara, alors Premier ministre, organisait un séminaire gouvernemental pour réfléchir sur la question. « Les Directeurs financiers de l’époque qui étaient réticents », se souvient ce cadre. « Leur argument était le manque de qualité des produits maliens »…

« Made in Mali »

 Pour aider à « visualiser » le large éventail, un « Catalogue des produits industriels Made in Mali » de 127 pages, rempli de références, a été publié il y a quelques semaines. Valoriser la production locale, orienter la commande publique en faveur des productions nationales, encourager le patriotisme économique, séduire les consommateurs… tels sont les objectifs de l’ouvrage. L’argument de la qualité ?  « De ce côté-là, il y a vraiment du travail qui est en train d’être fait », se réjouit le Directeur de l’Agence malienne de normalisation et de promotion de la qualité (AMANORM). « Nos industriels investissent beaucoup pour répondre aux standards internationaux. Il y a de nombreuses entreprises qui ont obtenu des certificats internationaux, régionaux ou nationaux. Au Mali, nous sommes en train de travailler, outre près de 400 normes nationales homologuées, à mettre en place une marque nationale de certification, le MM », explique Yaya Niafo, DG de l’AMANORM. « Cela permettra de rassurer les consommateurs maliens sur la qualité des produits de leur industrie. Contrairement à des pays comme la Côte d’Ivoire, où les gens consomment en priorité les produits de chez eux, le Malien est encore complexé. Les gens pensent que les produits importés sont plus sûrs. Ce n’est pas toujours vrai », reconnait Maïmouna Dembélé, employée de bureau. « Mais les mentalités vont changer, elles changent déjà. Il suffit de voir les rayons des supermarchés, où les produits maliens s’alignent désormais aux côtés des produits étrangers », termine-t-elle.

Produire local pour vendre global

C’est la double finalité de l’activité industrielle : satisfaire un marché local mais aussi s’étendre à l’international. Pour exporter, les industriels maliens ne sont pas en reste. Outre les produits de l’industrie extractive, qui ne subissent pratiquement aucune transformation, ou encore le coton, où des efforts restent encore à faire, les initiatives se multiplient. Elles allient innovation et adaptabilité pour proposer des produits, de la pâte d’arachide aux jus frais, en passant par des matériaux de construction ou encore de l’aliment bétail, qui séduisent les consommateurs de la sous-région ouest-africaine et au-delà. « Une vingtaine d’entreprises maliennes exportent leurs produits, avec des chiffres avoisinant parfois le milliard par commande. On compte près de 300 produits à l’export dans la Zone UEMOA », se satisfait le Directeur national de l’industrie. Ici encore, la question de la norme est un enjeu crucial. Les certifications commencent à entrer dans les pratiques, afin de conquérir les marchés qui sans cela seraient inaccessibles. La qualité certifiée est donc, plus que jamais, un argument, un atout à rechercher pour le Made in Mali.

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