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Iba One : « J’ai fait du chemin »

L'artiste peut se targuer d'avoir une décennie de carrière à son actif. © Emmanuel Daou / JDM

Après avoir réussi le pari de remplir le Stade du 26 mars à l’occasion de la célébration de ses 10 ans de carrière, le 25 novembre dernier, le rappeur Iba One revient sur cette décennie qui l’a vu voler très haut dans l’univers du rap malien. Sans langue de bois, et se prenant très au sérieux, le rappeur n’élude aucun sujet.

Journal du Mali : Quel bilan pour ces 10 ans de carrière ?

Iba One : En 10 ans, il y a eu beaucoup de progrès. J’ai fait du chemin. Cela n’a pas été simple, il y a eu des difficultés, mais j’ai sorti beaucoup d’albums, fait plusieurs tournées dans la sous-région et à l’international, et ma popularité s’est considérablement accrue.

S’il fallait ne garder qu’un seul souvenir, lequel serait-ce ?

Ce sera le concert pour les 10 ans. Ce que je n’avais jamais pu faire auparavant et que personne d’autre au Mali n’a fait dans la musique, remplir le Stade du 26 mars. C’est un grand souvenir.

De toutes les chansons, au cours des 10 années, laquelle a le plus marqué ?

J’en citerai plutôt deux.  D’abord le morceau qui m’a donné du crédit, Alhamdoulilaye (2009). C’était une première dans le rap malien et ce titre est devenu un phénomène. Après, il y a Allah ka latikè (C’est Dieu qui l’a voulu, 2016), qui a dépassé l’entendement. C’est un morceau très intimiste, dans lequel je parle de ma mère, qui, en dépit de sa maladie, reste celle qui m’a mise au monde. Je voulais montrer à travers cette chanson que nos mamans doivent être tout pour nous.

Dans le milieu très concurrentiel du rap malien, comment se maintenir au top ?

Beaucoup de rappeurs ont disparu parce qu’ils faisaient du clash (des morceaux d’invectives, ndlr). Nous pouvons tous atteindre le sommet, mais s’y maintenir n’est pas donné à tout le monde. Ils ne changent pas non plus de style. C’est toujours la même chose, on se complait dans la facilité. Mais Iba chante avec rigueur, avec rage et avec sérieux. Je mélange tous les styles, de l’Afrotrap à l’Afrobeat, en passant par le RnB… Dès que le monde change, Iba change avec le monde. Les autres non, et c’est pour cela qu’ils calent.

Pourtant Iba One aussi a fait des clashes…

Je l’ai beaucoup regretté, parce que beaucoup d’enfants m’ont écouté. Mais les gens ne connaissent pas vraiment la cause de ces clashes. Ce qui m’est arrivé était trop dur. Je voulais qu’on arrête d’insulter ma mère, car elle a beaucoup souffert. Jusqu’à mes quinze ans, ma mère ne reconnaissait pas à cause de sa maladie. On demandait à des enfants de lui lancer des pierres et ces actions étaient filmées et mises sur Facebook. Je suis un homme, il fallait que je réagisse. Je l’ai fait d’une manière qui aurait pu me valoir la prison, mais cela n’a pas marché. Je suis donc entré en studio pour riposter, pour m’apaiser, et afin qu’ils laissent ma mère en paix.

Votre aventure musicale a commencé avec Sidiki Diabaté. Quelles sont vos relations aujourd’hui ?

Si je devais jalouser le succès de Sidiki Diabaté, je serais le seul à être devenu célèbre. Il y a beaucoup de beatmakers dans le pays, mais c’est moi qui ai fait sortir de l’ombre le mien. Si j’avais été méchant, je n’aurais jamais accepté qu’il vienne avec moi lors des concerts, je n’aurais pas cité son nom dans mes chansons, il m’aurait juste fait des beat et je l’aurais payé en fonction de cela. Sur toutes mes affiches de concert, ici au Mali, j’ai toujours mis Sidiki Diabaté. C’est plutôt lui qui a fait des concerts avec d’autres personnes sans que je ne sois invité. Mais je ne le prends pas mal, c’est son point de vue. […] Je n’ai pas à le jalouser, s’il est quelqu’un aujourd’hui, j’en suis fier, car c’est aussi le Sidiki Diabaté d’Iba One.

D’autres collaborations dans le futur ?

Vous ne le croirez pas. Je rêve de faire des featurings avec Drake, Lil Wayne, Kendrick Lamar, Kanye West, Jay-Z. Je ne suis plus en Afrique. Davido peut chanter, il n’est pas meilleur que moi, Wizkid peut faire ce qu’il veut, il ne m’arrive pas à la cheville. Ceux à qui le show-biz malien fait les yeux doux n’ont jamais pu remplir le Stade du 26 mars. Je l’ai fait.

Comment te vois-tu dans 10 ans ? Quelles sont tes perspectives ?

Comme un acteur de cinéma, un producteur ou businessman. Je vois des logements sociaux Iba One, mon jet privé, mes yachts, mes sociétés, de grands buildings à mon nom. Je rêve que des milliers de personnes travaillent pour moi, qu’il y ait des fondations auxquelles je ferai des dons pour venir en aide aux malades mentaux. Cela tout en gardant un œil sur le rap malien.

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