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Qualité des soins au Mali : Encore loin des standards

A team of anaesthesiologists prepare the patient for the first open-heart surgery in Mali and that will be performed by a Franco-Malian team at the Andre Festoc Center of the Mother and Child Hospital Le Luxembourg in Bamako, on September 10, 2018. A six-year-old girl with a heart defect was successfully operated during an open-heart surgery on September 10, 2018 in Bamako, a first for Mali, where this type of operations have, generally, required an evacuation of the patient abroad. / AFP PHOTO / Sebastien Rieussec

La santé est universelle et la qualité des soins devrait être la même quel que soit l’environnement. Même s’il s’agit d’une quête permanente, les normes standardisées restent un objectif à atteindre pour chaque système de santé. Formellement garantie par la Constitution, la qualité des soins  au Mali est loin d’être « à hauteur de souhait », selon les acteurs. Insuffisance de matériels ou de ressources humaines ou encore inapplication des normes en la matière, les défis pour atteindre la qualité sont immenses. Même si les autorités semblent avoir pris la mesure des problèmes, la pratique est encore loin des objectifs à atteindre.

« Des plus petits Centres de santé communautaires (CSCOM) jusqu’aux grands hôpitaux, les agents se plaignent. Une simple Numération formule sanguine (NFS), qui est le b.a. ba. ne peut être faite au CHU Gabriel Touré », s’indigne le Docteur Boubacar Niaré, Secrétaire général par intérim du Syndicat des médecins du Mali (SYMEMA). Ces plateaux techniques qui ne répondent pas très souvent à la demande ne constituent qu’un aspect des maux dont souffre le secteur sanitaire malien.

Alors que, selon l’OMS, il faut 23 professionnels de santé pour 10 000 habitants, au Mali ils sont environ 6, selon un rapport publié en 2018. Une situation qui se traduit par « une surexploitation des prestataires », doublée d’une mauvaise rémunération, selon le Dr. Niaré. Au Mali, les agents ne sont pas bien payés. Le plus souvent les médecins maliens reçoivent la moitié ou moins du salaire d’un collègue de Côte d’Ivoire ou du Burkina, précise t-il.

Or, ce professionnel de la santé joue un rôle central dans le système. Entre les Professeurs, qui enseignent généralement, et les infirmiers qui effectuent les soins, ils coordonnent les activités. L’autre facteur déterminant pour la qualité des soins est la formation des agents. Une formation dont la qualité se « détériore » malheureusement, avouent les acteurs.

Pourtant, au niveau de l’espace CEDEAO, l’Organisation ouest africaine de la santé (OOAS), qui est une structure d’organisation régionale du secteur des soins, a établi des normes de qualité standardisées.

Mais la « prolifération des écoles privées de formation en santé » n’est pas étrangère à cette dégradation du niveau de service. À croire que le processus exigé pour l’obtention de la licence d’exploitation n’est pas respecté, « sinon, il n’aurait pas du y en avoir autant », ajoute le Dr Niaré.

L’OOAS a également harmonisé les curricula de formation et chaque module est bien défini. Mais, pour le moment, le Mali n’arrive pas à s’y adapter et à les mettre en pratique. À ce problème s’ajoute celui de la qualité des enseignants. « Aucune norme n’est respectée » et des « enseignants » sans aucune formation pédagogique se retrouvent dans ces nombreuses  écoles.

Défis nombreux 

Autant dire que pour relever le défi de la qualité, l’État doit prendre un bon nombre de mesures concrètes. Il pourrait déjà commencer à recruter en nombre suffisant, suggère le Dr Niaré. Ceci en s’approchant des normes définies par l’OOAS. Dans certains pays, les médecins sont recrutés sur titre, sans concours, alors qu’au Mali il faut réussir un concours, ce qui entraine un chiffre dérisoire de recrutements.

Toujours par rapport aux recrutements, le numerus clausus adopté en 2002 est  comme un concours pour entrer à la Faculté de médecine et de pharmacie, ce qui est un bon moyen pour l’État de limiter le nombre de médecins à former. Et, une fois qu’ils auront fini, ils pourront être recrutés par lui, explique le Dr Niaré.

La formation des spécialistes est l’autre goulot d’étranglement, avec un manque crucial et « une spécialisation payante depuis 2015 ». Une véritable aberration pour les professionnels, qui estiment qu’ailleurs les fonctionnaires, par exemple, bénéficient d’une bourse pour leur permettre de se spécialiser. Alors qu’au Mali « vous êtes obligés de payer votre formation sur votre salaire », regrettent-ils.

En ce qui concerne l’amélioration du plateau technique, elle remplit le double objectif de la réponse aux besoins des patients mais entre aussi en ligne de compte pour la formation des jeunes médecins. Souvent, ces derniers sont obligés d’aller dans les cliniques équipées, alors que leur formation devrait être assurée dans les structures publiques, dont les CHU (Centres hospitaliers universitaires).

Il n’est donc pas rare d’observer dans les centres de santé des comportements qui n’honorent nullement la profession, « escroqueries, arnaques, détournements de malades vers les cliniques ». Sans justifier ces comportements, le secrétaire général du SYMEMA estime que les professionnels de santé, qui peinent souvent à nourrir leurs familles, doivent être mis à l’abri du besoin.

Mise en œuvre

Pour répondre à ces besoins et améliorer la qualité des soins, l’État a adopté en 2016, un document unique pour harmoniser les interventions en matière de qualité et son plan stratégique de mise en œuvre a adopté en 2018, pour une période de 5 ans. Ce plan a envisagé plusieurs approches pour aboutir à une nette amélioration de la qualité. II s’agit notamment du financement basé sur les résultats, de l’accréditation des services de santé, de l’instauration de comités de la qualité, de l’amélioration de la qualité par la gestion basée sur les standards et de la récompense, entre autres.

Même si, compte tenu de la pyramide sanitaire malienne, la gestion des structures de base « relève des associations communautaires, l’État a la responsabilité de mettre à leur disposition du personnel qualifié pour assurer la qualité des soins », relève M. Salia Sanogo, chargé de l’hygiène au Centre de santé de référence de la commune III, avant d’ajouter que « la formation et la disponibilité du matériel sont les gages de la qualité des soins, c’est en tout cas l’objectif à atteindre ».

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