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Tabaski : Le culte du mouton

Tabaski Août 2019 - Moutons - Bamako

La Tabaski ou fête du mouton, caractérisée par le sacrifice de l’animal sacré, constitue chaque année un véritable casse-tête pour les chefs de famille. Outre les prix habituellement élevés de la bête, « cette question est plus devenue d’ordre social que religieux ». Dans la course à l’acquisition du précieux animal, les croyants sont plus préoccupés par ce que les voisins vont penser que par ce qui est recommandé par la religion. Une véritable culture du paraître, qui entraîne des dérives.

« Malheureusement, nous sommes dans la dynamique du quotidien du Malien, qui vit au dessus de ses moyens. Chose qui explique l’aggravation des phénomènes de corruption et autres détournements », explique M. Bocary Guindo, sociologue.

Difficile d’échapper au piège et la tentation de s’endetter, ou pire de commettre un délit, pour se procurer l’animal. Au lieu donc d’obtenir des bénédictions, « on se retrouve même avec des péchés », ajoute M. Ibrahim Diawara, animateur, spécialiste de l’Islam. C’est donc un véritable sursaut qu’il faut, afin « que les gens se ressaisissent pour ne s’en tenir qu’aux recommandations ».

Pour cela, il faut un vrai travail de sensibilisation. C’est aux femmes qu’incombe la responsabilité « d’être indulgentes envers les époux », selon le sociologue. Et il faut aussi trouver les mots justes pour les enfants. Une prise de conscience est nécessaire pour « accepter de vivre avec ce que nous gagnons réellement ».

Pourtant, l’Islam, qui a précisé les conditions pour honorer ce sacrifice, a offert plusieurs possibilités pour le faciliter. Par exemple, celui qui n’a pas les moyens d’acquérir un bélier peut acheter un bouc à la place. Une alternative rarement utilisée. « Pourtant, ceux qui refusent le bouc en cette période l’apprécient bien à d’autres ». « Donc ce refus ne se justifie pas sur le plan religieux », précise M. Diawara.

« Le drame c’est que ces nouvelles règles ne sont ni religieuses, ni culturelles. Il s’agit juste d’un culte du paraître », regrette M. Diawara. Au-delà de la méconnaissance des règles prescrites, il y a « une véritable pression sociale », note M. Diawara. Dans cette course au mouton, les citoyens ne respectent même pas les conditions imposées pour les critères de choix du mouton à sacrifier. « Leur désir est juste d’avoir un mouton ». Pourtant « l’Islam n’a demandé de s’acquitter de cette obligation que lorsque l’on en a les moyens. Si la sensibilisation devenait efficace, les gens achetaient plutôt un bœuf à partager entre 7 ménages, parce que la majorité n’a pas beaucoup de moyens ».

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