SOCIÉTÉ  |     EDUCATION  |     ENVIRONNEMENT  |     DIASPORA  |     MÉDIAS  |     FAITS DIVERS  |     SCIENCES ET TECHNOLOGIES  |    

Au Mali, la tentation islamique

Par Laurent LARCHER - 15/12/2011

Dirigé par un wahhabite, le Haut Conseil islamique est devenu l’arbitre du jeu politique. Il a obtenu une nouvelle rédaction du Code de la famille.

    © La Croix
    Mahmoud Dicko, du Haut Conseil Islamique du Mali

« Nous nous connaissons depuis l’enfance, nous courtisions les mêmes filles, nous buvions les mêmes bières… et puis soudainement, ils se rasent la tête, se laissent pousser la barbe, portent des vêtements traditionnels. Ils affichent leur appartenance à l’islam et me fuient », déplore Alexis Kalabry, chrétien, directeur de la publication des Échos, l’un des grands quotidiens maliens.

Comme nombre de ses compatriotes, cet homme de 47 ans a le sentiment que quelque chose est en train de changer dans le climat religieux de son pays. « La société de ce pays, en principe laïc depuis 1991, est en train de se réislamiser. Des prêcheurs transforment l’islam populaire en une religion très moralisatrice et mobilisatrice. Ils créent une opinion publique musulmane de plus en plus influente », constate l’anthropologue Gilles Holder, de l’Institut de recherche pour le développement, en poste à Bamako.

Parmi ces prêcheurs, l’un des plus influents est le cherif Ousamane Madani Haïdara, dont les affidés « utilisent les langues locales, de sorte que les gens se réapproprient leur religion. Cherif Ousamane est à la tête d’une véritable internationale, qui dépasse de loin les frontières du Mali. On lui prête des fidèles jusqu’en Côte d’Ivoire », souligne Gilles Holder.

Le « Haïdara » est un mouvement capable de mobiliser les foules, de les faire descendre dans la rue pour manifester leurs désaccords, faire pression sur les politiques, sur les ambassades étrangères, comme pendant l’opération de l’Otan en Libye.

Nouveau code de la famille
Une autre institution prend de plus en plus d’importance, le Haut Conseil islamique, passé en 2008 sous la coupe de l’imam Mahmoud Dicko, un musulman wahhabite – l’islam de l’Arabie saoudite. « Son but n’est pas de politiser l’islam, mais d’islamiser la politique, constate Gilles Holder. Le HCI envisage l’État comme un aéroport : il lui laisse le contrôle des visas et la charge de la sécurité, et veut s’occuper de tout le reste. »

La faiblesse de l’État et sa déconsidération auprès du plus grand nombre – il est gangrené par la corruption et incapable de répondre aux besoins des citoyens – favorisent ces mouvements religieux.

Leur emprise sur la société est devenue évidente le jour où ils ont pu, à l’été 2010, faire descendre 50 000 personnes dans la rue pour protester contre le nouveau code de la famille. Un code, fruit d’une dizaine d’années de travaux, porté par le président de la République et adopté par l’Assemblée nationale.

Mais face à cette manifestation populaire, le président a reculé, suspendu le code et relancé sa rédaction afin de trouver un texte plus conforme aux attentes des religieux musulmans. Sa nouvelle mouture vient d’être adoptée.

Influence du wahhabisme
Un nouveau pas a été franchi lorsque le HCI a obtenu la présidence de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), l’institution chargée de veiller au bon déroulement des élections législatives et présidentielle de 2012. Influent et très écouté, Mahmoud Dicko encourage les Maliens à voter à la prochaine élection présidentielle de 2012 en faveur du « bon candidat » – sous entendu, le plus respectueux de l’islam.

Encouragées par les reculades de l’État, des voix s’élèvent à l’occasion de la réforme constitutionnelle prévue pour l’année prochaine, pour réclamer la création d’un ministère des affaires religieuses et la constitution d’un sénat « des grands Sages », autrement dit, une chambre pour contrôler la conformité des lois avec l’islam…

À cela s’ajoute la pression sourde qu’exerce le mouvement Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) à partir du nord du pays sur la convivialité religieuse malienne, d’autant que les islamistes ont pu se faire accepter par les Maliens du Nord, notamment en aidant les plus pauvres et en payant les produits au prix fort.

Il n’est pas étonnant dans ces conditions de voir fleurir de plus en plus de discours radicaux dans la presse confessionnelle, les chaînes de télévision musulmanes ou même les radios libres. Dans la rue malienne, il n’est plus rare de croiser des femmes portant le voile intégral, influencé par le wahhabisme. « C’est un phénomène nouveau et qui prend de l’ampleur », observe Alexis Kalabri.

Une république islamique ?
Nouveau cheval de bataille de courants musulmans : fermer les hôtels de passe, les « bars » où l’on trouve de l’alcool et des prostituées, le plus souvent entre les mains de propriétaires chinois. À la fin du mois de septembre, des manifestants ont saccagé, au nom de l’islam et des bonnes mœurs, l’un de ses hôtels avant d’y mettre le feu.

Dans ce contexte, doit-on craindre l’instauration d’une république islamique ? « Non, répond à La Croix l’imam Dicko. Ce n’est pas d’actualité. Aujourd’hui, il s’agit de restaurer la force de l’État, de lutter contre la pauvreté et l’injustice, de rétablir la sécurité, de sauver le système scolaire. »

Si ce n’est pas pour « aujourd’hui », est-ce pour demain ? À cette question, le président du Haut Conseil islamique sourit en répondant : « En tant que musulman, je ne peux pas être choqué par cette perspective. »


Le nouveau code de la famille

À la suite de la mobilisation des organisations musulmanes et de la pression exercée par le Haut Conseil islamique, le nouveau code de la famille, adopté par l’Assemblée nationale malienne au début du mois de décembre, est nettement moins favorable aux Maliennes que la première version élaborée en 2009.

Désormais, l’homme est consacré comme l’unique chef de famille, la « puissance paternelle » ayant remplacé la notion d’« autorité parentale » de l’ancien code, une qualification qui consacrait l’égalité entre l’homme et la femme.

C’est désormais le chef de famille qui règle toutes les questions d’héritage et de succession, la femme lui doit obéissance. L’âge du mariage légal est passé, pour les femmes, à 16 ans, contre 18 ans dans l’ancien texte. Le mariage religieux a la même valeur que le mariage civil.


LAURENT LARCHER, à BAMAKO

 
MOTS CLES :  Islam   Mali   Code   Famille   Wahhabisme 

0 COMMENTAIRES

Afficher tous les commentaires | Poster un commentaire

POSTER UN COMMENTAIRE

Identifiez- vous : pseudo* e-mail
Titre du commentaire
votre commentaire
Etre prévenu par email quand une réponse est faite
Ne cochez oui que si vous voulez recevoir des mails en cas de réponse sur ce sujet et que vous avez saisi votre mail
Je reconnais avoir pris connaissance des conditions d'utlilisation

Agenda - événements

Foire Africaine de Montréal
Tous les événements
    Warning: Invalid argument supplied for foreach() in /home/jdm/www/article.php on line 354

TOUT L'UNIVERS JOURNALDUMALI.COM

DOSSIERS

L'INTERVIEW

PUBLI-REPORTAGES

SERVICES INTERACTIFS

Sondages
Forums
Rencontres
Petites annonces
Guide du JDM

COMMUNIQUES OFFICIELS

2009

DOSSIERS

AGENDA/EVENEMENTS

OFFRES D'EMPLOI

2009

APPELS D'OFFRES

2009

GALERIE PHOTOS

2009

GALERIE VIDEOS

2009

Journal Télévisé