L'industrie Malienne touchée de plein fouet par la crise
Par Célia D'ALMEIDA - 20/04/2012
Depuis le coup d’état du 22 Mars, les opérateurs économiques maliens traversent une passe très difficile. Selon le Vice-président du CNPM, Cyril Achcar, le secteur ’industriel souffre le plus.
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© jeuneadrique.com
Cyril Achcar, Vive président du Conseil National du Patronat Malien
Déjà fragilisé depuis une dizaine d’années par les privatisations mal réussies et un contexte économique difficile, le tissu industriel malien est touché de plein fouet par la crise politico-militaire que traverse le Mali depuis bientôt un mois, sans parler de l’occupation du territoire au Nord. Si les premières sueurs froides qui ont suivi l’annonce de l’embargo de la CEDEAO sont passées, le pire semble encore à venir pour ceux qui ont fait le choix d’investir dans ce secteur d’activités. Selon Cyril Achcar, Vice-Président en charge de l’industrie au Conseil National du Patronat du Mali (CNPM), la situation est critique et les perspectives pas très encourageantes . Trois problèmes majeurs menaceraient les activités des usines maliennes, à très court terme.
Des coûts de production triplés
Les délestages qui frappent Bamako depuis plus de trois semaines ont entrainé un surcoût pour l’électricité. « Les groupes électrogènes dont sont équipées nos unités ne sont pas outillés pour faire tourner les machines à plein temps. Nos machines elles-mêmes ne sont pas adaptées pour fonctionner sur groupes électrogènes» confie M. Achcar, par ailleurs PDG du Groupe AMI, vandalisé on s’en souvient lors des pillages qui ont suivi le coup d’Etat. La plupart des unités de productions, quand elles en sont équipées, fonctionnent à 50% sur groupe électrogène. Or l’électricité ainsi produite coûte deux à trois fois plus cher que celle fournie par l’Energie du Mali (EDM). Cette situation impacte également les quantités produites puisque les machines ne peuvent plus tourner à plein régime. Et pour ceux qui n’avaient pas encore de groupe, il faudra patienter presque trois mois, car plus aucun n’est disponible sur le marché à Bamako
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© malijet
L'usine des Grands Moulins de Bamako appartenant au Groupe AMI
Des difficultés avec les fournisseurs
Deuxième problème, financer les importations de matières premières est devenu un casse-tête pour les chefs d’entreprise. Les achats de matières premières et de matériels se faisaient grâce à une assurance crédit accordées par les fournisseurs. Ceux-ci, dans leur grande majorité des européens, ont arrêté l’octroi de ces crédits aux entreprises maliennes qui sont obligées de se tourner vers les banques locales. Or, ces dernières n’ont pas les capacités pour faire face à une telle demande et de plus, elles pratiquent des taux quatre fois plus élevés. Les matières premières reviennent ainsi plus cher et aujourd’hui, « nous n’avons plus de marge, même infime, quand nous ne produisons pas carrément à perte », confie notre interlocuteur.
Un marché rétréci
La crise au Nord a elle aussi des incidences sur les affaires des industriels maliens. Le marché déjà infesté de produits de contrebande s’est considérablement réduit avec les « frontières de fait » qui sont nées de la prise des régions nord par le MNLA et ses alliés. Les marchandises venant de la Mauritanie et de l’Algérie voisines entrent directement et sans contrôle sur le territoire malien. Aujourd’hui, il est difficile de demander à un douanier d’aller faire des saisies dans cette zone. Les services douaniers ont en effet perdu leur matériel informatique dans les événements du putsch et toutes les opérations, déjà pas très simples à réaliser au départ sont devenues encore plus complexes. ..
Malgré tout, Cyril Achcar ne veut pas céder au fatalisme. « On espère que dans les très prochains jours, on aura un nouveau gouvernement et un ministre avec lequel on pourra travailler » déclare-t-il. Il y a des décisions urgentes et des actes concrets à poser assez rapidement. « Malgré notre inquiétude, et avec la perspective des trois prochains mois qui s’annoncent très difficiles, on prend notre mal en patience. Au Mali, c’est une qualité qu’il faut savoir cultiver, la patience ».
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