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Burkina Faso: le spectre du choléra plane sur les camps de réfugiés maliens

Par Elza Sandrine SAWADOGO/ Fasozine.com - 30/07/2012

Rougeole, paludisme, infections respiratoires et malnutrition sont les maladies qui compliquent l’existence des 44 000 réfugiés maliens installés dans le district sanitaire de Gorom-Gorom.

Selon Marie-Hortense Koudika, médecin, coordonatrice médicale de Médecins sans frontières (MSF) au Burkina Faso, la situation de ces populations pourrait encore se dégrader. Dans cette interview accordée à Fasozine.com le 24 juillet dernier, Mme Koudika craint qu’avec les pluies ne s’installe le choléra, surtout que des pays voisins, notamment le Mali et le Niger ont déjà notifié des cas de cette maladie.

Fasozine.com: De combien de réfugiés maliens MSF s’occupe au Burkina Faso ?

Marie-Hortense Koudika: Médecins sans frontières a commencé son intervention auprès des réfugiés maliens depuis mi-mars. Nous intervenons plus précisément dans le district sanitaire de Gorom Gorom, dans la commune de Déou. Nous y avons deux sites officiels, notamment Gandafabou et Fererio. Il y a également deux autres sites non officiels ou sous sites. Selon les chiffres du Haut commissariat pour les réfugiés, il y a environ 44 000 réfugiés dans la zone de Gorom-Gorom notamment. Ce qui représente un peu plus de 70% de l’ensemble des réfugiés maliens au Burkina Faso (environ 60 à 70 000 selon le gouvernement, Ndlr).


Quelles sont les maladies récurrentes auxquelles vous faites face sur le terrain?

Il s’agit essentiellement d’infections respiratoires, de maladies de la peau en rapport avec l’hygiène et de maladies diarrhéiques. Il y a aussi des cas de paludisme, mais assez isolés par rapport à ce que l’on noterait au sud du pays.


Y a-t-il un risque d’apparition de nouvelles maladies avec la saison hivernale qui vient de s’installer? Le choléra frappe aux portes du Burkina Faso semble t-il…

Le risque c’est celui de la rougeole chez les enfants. A ce niveau, le ministère de la Santé a mené une action à laquelle MSF a activement participé. Il s’agit d’une campagne de vaccination contre la rougeole, organisée au début du mois de juin. C’est une campagne préventive qui visait à immuniser les enfants contre cette maladie. Mais avec l’arrivée de pluies, le spectre d’une possible épidémie de choléra plane surtout que des pays voisins, notamment le Mali et le Niger, ont déjà notifié des cas.

Nous prodiguons des conseils à ceux qui viennent en consultation. Nous organisons des séances de formation, d’information et d’éducation autant pour les femmes enceintes que pour ceux qui viennent à la consultation curative. Il est vrai que pour l’instant, nous n’avons pas encore de supports sur place pour bien matérialiser la sensibilisation, mais le message est qu’avec la saison des pluies, il y a un risque de choléra. Donc nous conseillons les règles d’hygiènes basiques: se laver les mains, ne pas déféquer aux alentours des habitations, bien laver les aliments… Ce sont des messages-clés que nous faisons passer lors de ces séances d’information au niveau des structures sanitaires.

Ces réfugiés viennent d’une zone de conflit armé. Avez-vous eu affaire à des cas de graves maladies ou de blessures par balles?

Les cas graves sont souvent les infections respiratoires sévères avec des stress respiratoires et bien entendu des cas de paludisme grave, avec des convulsions chez les enfants notamment. Nous avons aussi reçu des cas de traumatismes suite à des accidents et deux cas de blessés par balles. Mais étant donné que nous sommes dans une structure périphérique, nous organisons rapidement, dans ces cas-là, une évacuation vers le centre médical de Gorom-Gorom qui est la structure de référence dans la région.

MSF n’a que deux médecins qui sont dans les camps. Ne sont-ils pas submergés?

Non parce que les consultations curatives sont faites par des infirmiers très professionnels. Les médecins n’interviennent que dans l’encadrement de ces infirmiers, pour les consultations de spécialité ou lorsque les infirmiers estiment qu’un cas nécessite un avis médical. N’oublions pas que nous avons cinq infirmiers consultants dans l’équipe qui sont repartis au sein des deux camps. L’équipe se déplace également une fois par semaine dans les camps non officiels pour prendre d’éventuelles maladies des populations en charge.

 
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