Interview d'Abdoul Kabèlè Camara, ministre guinéen de la défense
Par Interview réalisée par Lancinet SANGARE, au camp Almamy Samory Touré de Conakry. - 21/08/2012
M. Abdoul Kabèlè Camara, a bien voulu répondre aux questions de notre envoyé spécial à Conakry sur le blocage d'une cargaison d'armes à destination du Mali;
Journaldumali.com : Monsieur le Ministre, il y a t' il des armes destinées au Mali qui sont bloquées à Conakry ?
Abdoul Kabèlè Camara : Il y a effectivement des armes destinées au Mali. Bloquées c’est un peu trop dire. Vous connaissez la situation actuelle dans notre sous-région, particulièrement au Mali. La Guinée ne peut en aucune façon bloquer une entreprise quelconque destinée au Mali, compte tenu de nos liens séculaires. Nous avons évolué ensemble avec le Mali depuis les années de l’indépendance et même avant. Nos liens historiques ne nous permettent pas de poser des actes négatifs vis à vis de ce pays frère. Nos présidents fondateurs disaient que le Mali et la Guinée sont comme deux poumons d’un même corps. Il n’est pas question pour nous de poser des actes contraires et négatifs à cela surtout au moment où le peuple malien souffre dans sa chair et dans son âme. Ce qui arrive au Mali nous interpelle tous et sommes tous concernés.
Donc nous n’avons pas bloqué ces armes comme certains veulent le faire croire. Voyez bien la position du gouvernement guinéen quand nous n’avons pas à qui nous adresser pendant que nos frères du Mali sont entrain de se retrouver pour la formation d’un gouvernement d’union nationale pour la reconquête du territoire malien. Ces armes sont aujourd’hui sous la direction de la CEDEAO. Fort heureusement, nous sommes tombés d’accord sur la formule du retrait des armes, de faire venir nos frères du Mali pour en faire un inventaire et garder ces armes ici jusqu’à ce que Bamako formule le souhait de l’acheminement des armes. Pendant l’enlèvement des armes, il sera fait un autre inventaire pour éviter toute fausse note. Le Pr Alpha Condé a donné des instructions fermes pour attendre la formulation de la demande par les autorités du Mali dans les règles de l’art.
C’est donc une décision prise, selon vous, dans l’intérêt des Maliens
Voilà, c’est une décision qui me paraît sage. Nous n’avons pas renvoyé ces armes pour paralyser nos frères du Mali. Au contraire les chefs d’Etat de la CEDEAO ont décidé de garder ces armes en lieu sûr en attendant que le gouvernement malien puisse en faire la demande. Ce n’est pas une attitude négative contre le peuple malien, bien au contraire nous sauvegardons les intérêts du peuple malien. Si ces armes là avaient été envoyées, Dieu seul sait entre les mains de qui elles allaient tomber. On a donc adopté cette solution de prudence. Aussi bien vis à vis de nous même et pour l’intérêt du Mali.
Nous avons appris que la Guinée a refoulé une délégation malienne du sol Guinéen dans cette affaire d’armes. Est ce vrai ?
Je n’ai pas reçu une délégation malienne. Aucune note ne m’a été adressée dans ce sens ni officieusement encore moins officiellement. Je ne saurai vous dire quoi que ce soit sur ce point.
A quelle condition les armes seront acheminées vers le Mali ?
Nous allons débarquer ces armes à l’arrivée des cadres du gouvernement légitime du Mali. Avec le commandement de l’etat-major, nous allons procéder à un inventaire et les armes seront gardées en lieu sur sous la tutelle de la CEDEAO. Quand il y aura des éclaircies du côté du Mali, les armes seront livrées après un
dernier inventaire.
En ce qui concerne l’intervention militaire au Mali. Qu’est ce explique la rapidité du déploiement des militaires Guinéens pour renforcer la force en attente de la CEDEAO ?
Nous suivons les directives de la CEDEAO. La Guinée n’est pas seule à le faire. Tous les pays de la sous région sont organisés de la même manière. Vous avez suivi les différentes rencontres des chefs d’état major. Toutes les décisions et résolutions prises à cet effet concourent à aider le Mali à recouvrir son intégrité territoriale. Pour nous, le Mali est un et indivisible.
Croyez vous que la reconquête du nord du Mali soit possible ?
Nous l’espérons et c’est notre souhait le plus ardent. Nous croyons que le Mali doit recouvrir toute sa souveraineté parce qu’il est un et indivisible.
Quel message avez-vous aujourd’hui à adresser au peuple malien qui a mal pris l’information du blocage des armes?
Que c’est de la désinformation. Lorsque ces genres de situation se présentent, il faut faire une analyse sereine. La décision prise de notre part est la meilleure pour le peuple malien. Nous avons plutôt poser cet acte pour le peuple malien. Nous avons pris des dispositions pour ne pas laisser ces armes circuler dans la nature contrairement aux directives de la CEDEAO. Imaginer que nous laissions ces armes de guerre aller au Mali sans savoir les mains dans lesquelles elles vont tomber. Qu’est ce qui nous dit qu’elles ne vont pas se retourner contre le peuple malien ? Nous ne voulons pas de cela. C’est pour cela que les armes sont en lieu sur en commun accord avec la CEDEAO. C’est regrettable que cette désinformation circule.
Pouvez vous lever un petit peu le voile sur le type d’armes dont il est question ?
Vous savez très bien que nous sommes la grande muette. Vous souriez en me posant cette question et j’espère que ce n’est pas une provocation. Je vous remercie.
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