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Djibril Diop : " Alger sait que toute dérive aura un impact sur la Paix au Nord Mali"

Par Djibril DIOP en entretien avec Faycal Oukaci - 12/11/2012

Observateur privilégié des stratégies mises en place par les puissances en Afrique, Djibril DIOP nous livre ses craintes de voir une Afrique sous tutelle

Le Conseil de sécurité de l’ONU accorde 45 jours à Bamako pour
trouver une solution politique, sinon ce sera la guerre. Que peut faire Bamako, déjà en position de faiblesse, face à des adversaires à tous les niveaux : les rebelles, les islamistes, la CEDEAO qui pousse à la guerre, la France qui joue pour ses intérêts,
Africom qui attend son heure, etc..?


Djibril DIOP : Il est vrai que le Mali doit recouvrer aussi vite que possible son intégrité territoriale, mais la situation est complexe et les possibilités de dérives dans toute la région sont évidentes avec des conséquences incalculables dans l’espace et dans le temps. Il est vrai que le coup d’Etat du 22 mars et les différents atténuements entre les autorités maliennes dans un contexte d’une armée désorganisée, mal équipée et démotivée face à des adversaires superarmés et motivés à bloc, car pour eux, le jihad est une porte béante vers le Paradis, n’ont pas facilité la partie. Mais, peut-on se permettre de laisser s’installer dans cette autre partie du continent, une autre Somalie qui depuis 1991 sombre dans une déchirure indescriptible ? C’est un peu maladroit de dire que le Conseil de sécurité a donné 45 jours à Bamako pour trouver la solution politique, sinon ce sera la guerre ? Non, c’est le Mali qui a fait la demande d’une intervention militaire et ce délai, c’est pour réfléchir à toutes les options possibles dont celle militaire. Il est vrai que la France et les Etats Unis ne veulent pas être en première ligne dans cette affaire, ce que je trouve un peu normal aussi, compte tenu que les pays africains sont les premiers visés par les conséquences d’adviendra l’implantation d’un État islamiste au nord du Mali. La CEDEAO l’a bien comprise. C’est pourquoi cette mission est placée sous la responsabilité des États africains même si la résolution a été initiée par la France. Car compte tenu du fonctionnement des Nations unies, c’était un impératif que la résolution soit parrainée par un des 5 membres permanents du Conseil de sécurité. Il ne faut pas en faire une lecture que la France veut faire sa guerre par procuration,
par l’intermédiaire des Africains, mais plutôt face à la faiblesse des États africains faisant face seuls à un tel défi.

[b L’Algérie a toujours privilégié une solution politique négociée inter- Malienne. Mais là, les choses semblent très compliquées. Pourquoi ?

L’Algérie qui n’a pas encore fini de panser cette page douloureuse de la décennie de feu, n’enverrait certainement pas de
troupes vers le nord du Mali pour combattre AQMI et les autres groupes islamistes, mais les autorités algériennes savent parfaitement que toute dérive dans le traitement
de ce dossier, peut avoir un impact fâcheux sur la paix précaire qui semble régner dans le pays. Par ailleurs, pour dialoguer,
il faut avoir un interlocuteur réceptif et aussi ouvert au dialogue et bien identifier ses interlocuteurs. Mais dans cette histoire,
on doit dialoguer sur quoi, avec qui et pour quelle fin ? certes, les Touareg du Mouvement national pour la libération de
l’Azawad ont renoncé à leur idée de départ, à savoir la partition du pays, mais aujourd’hui, ils ne contrôlent presque rien, car ils ont été évincés depuis juillet par leur alliés les islamistes d’Ansar Eddine. Peut-on négocier sur la partition du Mali, peut-on aller vers une disposition d’un pays à deux systèmes en permettant l’installation d’un régime islamiste au nord prônant et appliquant la Charia et de l’autre un régime laïc ? Quel avenir pour la région si l’on tolère une telle chose ? Je pense que la réponse à cette question est loin d’une affaire malio-malienne. C’est toute cette région d’Afrique qui est ciblée. Donc, cela ne peux être négocié uniquement entre Maliens, d’autant plus que beaucoup de mouvements islamistes qui occupent cette partie du Mali, ne sont pas uniquement constitués de Maliens, mais bien par d’autres nationalités.

Alger a misé sur Iyad Ag Ghali, ancien diplomate et ancien signataire des «Accords d’Alger» de 2006. Or, la France considère son groupe, «Ansar Eddine», comme une entité terroriste, et semble pousser vers un blocage de la négociation politique...

Il est vrai qu’aujourd’hui, ce groupe initialement constitué essentiellement de tribus Toureg au nord Mali, veut se démarquer
d’Al-Qaïda au Magrheb Islamique, mais par essence, il reste un groupe islamiste prônant un islamisme rig

 
MOTS CLES :  Mali   Alger   Nord   Dérive   Impact 

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A savoir

  • Djibril DIOP est aussi titulaire d’un diplôme de 3e cycle option « stratégie et Politiques de Défense » de l’École de Hautes Études en Relations Internationales de Paris (HEI), où il a travaillé sur la contribution de l’Afrique dans la lutte mondiale contre le terrorisme. »

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