Oumar Keïta, « La junte tire toujours les ficelles du pouvoir »
Par L'Humanité.fr - 13/12/2012
Oumar Keïta, chercheur associé à l’École des hautes études 
en sciences sociales. Il est interviewé par le journal français l'Humanité.
Le Premier ministre de transition, Cheick Modibo Diarra,
a été arrêté et contraint à la démission. Quelles sont
les raisons de ce nouveau coup de force de la junte ?
Oumar Keïta. Avant que le premier ministre malien n’annonce sa démission, il devait venir à Paris pour
des examens médicaux. Alors même que devait s’ouvrir, hier, une concertation nationale préparée par son cabinet. Tout le monde connaissait les dissensions
entre Cheick Modibo Diarra et la junte. Il avait pourtant été nommé à ce poste avec l’appui des militaires, mais les relations, ces derniers temps, s’étaient envenimées.
Cheick Modibo Diarra paie-t-il son activisme en faveur d’une intervention militaire appuyée par les Occidentaux dans le nord du pays, occupé depuis le printemps par
des groupes djihadistes ?
Oui, tout le problème est là. Il faut noter que le président par intérim, Dionconda Traoré, s’est, de son côté, rapproché de la junte, probablement poussé par les ambitions présidentielles affichées par le premier ministre. En laissant entendre qu’il pourrait briguer la présidence, Cheick Modibo Diarra a suscité de la méfiance chez ceux qui pensent qu’on ne peut pas être juge et partie dans un processus de transition. Comme chef de parti, il a cherché à placer ses fidèles à des postes clés. Ces derniers temps, le premier ministre
était isolé, ne comptant plus que sur l’appui du Haut Conseil islamique et de son président, Mahmoud Dicko.
Cet épisode témoigne de la fragilité des autorités
de transition, mais aussi du délitement des institutions maliennes… ?
Ce délitement n’est pas nouveau.
Une grande confusion règne aujourd’hui dans le pays. Trois pôles de pouvoir sont en concurrence : le président, le premier ministre, la junte militaire.
Ce vide du pouvoir à Bamako conforte-t-il la position
des djihadistes au nord ?
Oui, cette confusion profite vraiment
aux groupes armés. Ils peuvent chercher à conquérir
de nouvelles positions, alors que la menace d’intervention militaire commençait à avoir un effet dissuasif, au moins sur Ansar Eddine et sur le MNLA,
même si ce dernier ne représente plus grand-chose
sur le terrain.
Croyez-vous encore à la possibilité d’une sortie négociée de cette grave crise ?
Oumar Keïta. Oui. Mais je pense que la communauté internationale devrait aussi mettre la pression sur
la junte et sur son chef, Amadou Haya Sanogo, qui
ne s’est jamais vraiment retiré du jeu. En réalité,
c’est bien lui qui détient le pouvoir aujourd’hui
au Mali. Ses militaires ont perpétré des crimes.
Il faut leur faire entendre qu’ils auront des comptes
à rendre. C’est la seule façon de les faire reculer.
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