Fin de la grève des médecins: le travail a repris ce mardi

Après 38 jours de grève dans le secteur de la santé sans travail, les personnels ont repris le chemin des différents hôpitaux, ce mardi 18 avril. Les syndicats restent cependant vigilants en attendant l’application des accords.

Lancé le 9 mars et qui a paralysé les hôpitaux et centres de santé publics, la grève dans le secteur de la santé a connu son épilogue ce dimanche 16 avril. Les centres de santé publics du pays ont ouvert leurs portes ce matin. A Bamako, les hôpitaux de renom tels que Gabriel Touré et Point G ne sont pas en reste. «Tout le monde est là. Le travail peut donc commencer», explique un médecin en stage à Gabriel Touré.

Les syndicats du secteur de la Santé ont en effet levé leur mouvement de grève illimitée, affirmant que leurs revendications avaient été satisfaites. « Le mot d’ordre de grève est levé, parce que nous avons obtenu satisfaction. Sur neuf points de revendication, nous avons huit point d’accord et un point sur lequel nous avons un accord partiel », a déclaré à l’AFP, Yssouf Maïga, secrétaire général adjoint du Syndicat national de la Santé.

Les grévistes ont obtenu une prime spéciale de fonction et une prime de garde et l’intégration de certains contractuels. On rappelle que cette grève dans le secteur de la Santé est à ce jour, la plus longue de l’histoire du Mali. Elle a paralysé les hôpitaux et centre de santé publics du pays, malgré un service minimum.

 

Douty Coulibaly : « Les armes de la lutte syndicaliste sont nombreuses, il n’y a pas que la grève »

Les syndicats de l’éducation nationale ont effectué une marche pacifique sur l’étendu du territoire national ce mercredi 5 avril. À Bamako, la marche a débuté du monument de l’indépendance jusqu’au ministère du travail et de la fonction publique. Les syndicats ont aussi déposé un préavis de grève de 240 heures qui prendra effet le 10 avril jusqu’au 23 avril 2017. Douty Coulibaly, syndicaliste et secrétaire aux relations extérieures de la fédération de l’éducation nationale des sports, des arts, des recherches et de la culture a répondu aux questions du Journal du Mali sur les raisons de cette mobilisation.

Vous avez marché ce mercredi 5 avril, quels sont les objectifs de cette manifestation ?

Le but de cette marche, qui n’a pas eu lieu seulement à Bamako mais sur toute l’étendue du territoire, est de montrer à l’opinion nationale et internationale notre mécontentement face l’attitude et à l’indifférence du gouvernement envers les enseignants. Je profite de l’occasion pour dire que nous sommes toujours ouvert au dialogue. Nous demandons que les accords qui ont été conclus soient mis en œuvre dans leur totalité. Cette marche est pacifique. Nous sommes des enseignants, nous sommes civilisés.

Votre préavis de grève du 24 mars dernier est le quatrième pour l’année 2017. Qu’est-ce qui ne marche pas concrètement au sein de l’enseignement ?

En effet, nous avons fait une grève de 48 heures le 15 octobre, une de 120 heures le 17 novembre et on devait déposer un préavis de 216 heures le 22 décembre, qui avait été suspendu suite à la signature d’un accord le 8 janvier 2017. Mais avons relancé ce préavis le 13 mars pour le non-respect intégral des engagements inscrit dans l’accord.

Qu’est-ce que vous revendiquez spécifiquement ?

Nous demandons que l’accord du 8 janvier soit mis en œuvre dans sa totalité, il y avait 9 points, 4 seulement ont été honorés. Dans cet accord, il est prévu, l’adoption d’un statut autonome de l’enseignant, l’harmonisation des salaires des enseignants maliens à ceux de la sous-région, l’augmentation de l’indemnité spéciale de responsabilité pour les enseignants des catégories A, B et C, la régulation de la situation administrative et financière des camarades sortant de l’enseignement normal supérieur au même titre que ceux de l’ENI et de l’IPER-IFRA et la conformité de la relecture de l’arrêté N°3282 de août 2016 avec les recommandations de la lettre de protestation des différents syndicats.

Je rappelle que l’arrêté N° 3282 est relatif aux questions de mutation et de congé de formation surtout en ce qui concerne les fonctionnaires des collectivités territoriales.

Les parties ont convenu de ce qui suit : le gouvernement à donner un statut aux enseignants, aucun aspect dont la grille ne sera occulté lors des travaux de la commission qui sera mise en place au plus tard le 31 janvier 2017.

A cet effet, deux commissions avaient été mises en place dont une commission qui devait travailler sur les aspects juridiques, c’est-à-dire le statut autonome des enseignants et connexe et l’autre qui devait travailler uniquement sur la question des primes. Ainsi les travaux ont effectivement commencé. Mais lorsque nous avons abordé la question de la nature du statut, il y a eu un blocage. Parce que la partie gouvernementale a affirmé que c’est un statut particulier amélioré qu’elle se propose de nous donner et nous n’avions pas eu cette lecture de la chose. Pour nous, le gouvernement s’est effectivement engagé, tel qu’écrit dans le procès verbal. Donc là, il y a des divergences entre les parties. C’est ce qui a engendré la suspension des travaux au niveau du statut. Cette suspension a aussi impacté les travaux au niveau de la commission des primes.

Il y a aussi un autre aspect à signaler, la partie gouvernementale a, selon le ministre de l’Éducation, adressé une correspondance au Premier ministre pour qu’il puisse trancher définitivement sur la question. Un mois après, le résultat fut néant. Le président de la conciliation, Mamadou Lamine Diarra, s’est engagé à rencontrer personnellement le Premier ministre sur la question, conformément à la correspondance envoyée par le ministre de l’Éducation. Pendant trois jours, il n’a pas pu rencontrer le Premier ministre et il est revenu vers le ministre de l’Éducation. Ce dernier lui a notifié qu’il a pu rencontrer le Premier ministre et le premier ministre à donner la réponse suivante «  je ne peux pas écrire » selon le compte rendu du président de la conciliation. Donc, pour nous en tant qu’administrateur, s’il ne veut pas écrire c’est comme une négation de notre correspondance. C’est ce qui a motivé la les militants pour réactiver, le 13 mars, le mot d’ordre de grève de 216 heures qui avait été suspendu le 22 décembre 2017 suite à la signature de l’accord du 8 janvier 2017.

Comme les médecins l’ont fait, allez-vous aussi prendre l’école en otage si l’accord n’est pas totalement mis en œuvre dans sa totalité ?

Je suis membre d’une synergie, il revient à la synergie sur la volonté impulsée par nos militantes de voir ce qu’il y aura lieu de faire. Ce qui est sûr, c’est que nous restons dans le cadre de la légalité, nous n’avons pas d’armes. Nous ne pouvons qu’agir sur ce qui est légalement consenti. Ce qui est sûr, c’est que les armes de la lutte syndicaliste sont nombreuses, il n’y a pas que la grève.

N’est-il pas possible de revendiquer en étant en classe ?

Nous sommes pour le dialogue social. Il faut le dire, le pays a soif de dialogue social. Nous ne sommes pas des jusqu’auboutistes. Si le dialogue est en panne, il faut trouver des mécanismes pour forcer ce dialogue social. Nous avons le souci de l’avenir de nos enfants. Nous avons le souci de notre enseignement et nous ne manquons pas de faire de la sensibilisation. Faites une étude objective, vous allez voir dans quelle école les enfants des décideurs se trouvent aujourd’hui. Ce sont les enfants de la population à faible revenu qui se trouvent dans les écoles impactées.

 

Santé : La grève qui tue

Dans les structures de santé publique, où sévit une grève depuis le 8 mars 2017, les couloirs sont déserts et les salles sont vides des malades qui ont été renvoyés chez eux quand « ils sont en état de marcher ». Depuis presque trois semaines, la détermination des syndicats n’a pas faibli, malgré la situation difficile dans laquelle se retrouvent les patients qui ne bénéficient que d’un service minimum « a minima » pour maintenir la pression sur un gouvernement qui ne semble pas non plus décidé à céder. Bien qu’aucun chiffre ne soit disponible pour l’instant, on sait que, à l’aune des témoignages, à Bamako mais aussi et surtout à l’intérieur du pays, la situation est catastrophique. Nos reporters se sont rendus dans des hôpitaux et centres de santé pour toucher du doigt la réalité de cette grève et ses conséquences sur la prise en charge des usagers. Qui n’ont d’autre choix que de se rendre dans le privé ou de prier pour la fin rapide d’une crise, qui n’a que trop duré.

Dans la salle d’attente du service de pneumologie de l’hôpital du Point G, trois personnes sont assises. Deux jeunes gens et une sexagénaire, tous visiblement de la même famille. La vieille dame prend de bruyantes et fortes inspirations, et l’inquiétude se lit sur les yeux de ses proches. La journée débute à peine, il est 8 heures, mais cela fait deux heures qu’ils attendent le médecin. Ils essayent de le joindre, en vain. Une vingtaine de minutes plus tard, l’un des jeunes reçoit un SMS du médecin l’informant qu’il ne peut venir. Ils se rabattent donc sur le premier médecin qu’ils voient, qui leur répond sobrement : « Nous sommes en grève ». À notre tour, nous essayons de voir un médecin. « Que voulez-vous ? Nous sommes en grève, vous ne le savez pas ? Nous n’assurons que le service minimum. Tous ceux qui sont là ont été appelés et ce sont des cas d’urgence. Tous ceux qui peuvent marcher et se mouvoir devront attendre la fin de la grève. Sinon adressez-vous au service des urgences ! », lance la permanente du jour, nous signifiant de la main la fin de la discussion.

Direction les urgences, donc. Un des urgentistes, le Dr Camara, accepte de faire la consultation. Deux minutes et un examen de routine plus tard, il diagnostique une baisse de tension et prescrit une radiographie à faire au CHU Gabriel Touré. À l’hôpital qui porte le nom d’un jeune étudiant en médecine mort de la peste contractée en soignant des malades, nous trouvons portes closes. Compte tenu des circonstances, c’est la porte de sortie qui est maintenant utilisée comme point de passage vers le bâtiment de l’hôpital. Les contrôleurs ont disparu et le hall d’entrée, d’habitude comble, est tristement vide. Ici aussi, c’est un refus catégorique de la part d’un interne pour la radiographie prescrite. « Il y a des yeux partout, si je me hasarde à le faire, j’aurai d’énormes problèmes avec ma hiérarchie », déclare-t-il, l’air de s’excuser. « Vous pouvez repasser vers la fin de la journée, vous aurez peut-être plus de chance auprès de personnes qui ont une conscience professionnelle », lâche-t-il dans un murmure, avant de tourner les talons. La conscience professionnelle, c’est à quoi font appel ceux qui, malgré la grève, se dirigent quand même vers les structures publiques de santé. À leurs risques et périls.

Patients en souffrance L’histoire de Tenin Samaké a ému et révolté le tout Bamako. La jeune femme de 28 ans, au terme d’une grossesse de jumeaux, a rendu l’âme dans la nuit du 17 au 18 mars à l’hôpital Gabriel Touré sous les yeux de son mari, faute d’anesthésiste et de considération à en croire ce dernier. Devant le tollé qu’a soulevé ce drame et l’antipathie envers les grévistes, dont le mouvement n’est déjà pas très bien compris par les populations, les responsables syndicaux ont réagi. Sur les réseaux sociaux, Djimé Kanté, porte-parole du Syndicat national de la santé, de l’action sociale et de la promotion de la famille (SNS-ASPF) réfute la version du veuf. « Les anesthésistes présents ce jour-là étaient déjà occupés sur quatre autres cas en gynécologie. Le drame au Mali, c’est que les gens pensent qu’ils ont la primeur partout, sur tout, tout de suite. Bien avant que le médecin chirurgien ait eu le temps de faire appel à l’anesthésiste, elle a rendu l’âme, seulement cinq minutes après son entrée dans l’enceinte de l’hôpital », défend-il. « Nous ne pouvons refuser de prendre en charge une femme enceinte, je vous prie de faire appel au bon sens et de bien juger ».

Au service de pédiatrie du même hôpital, les parents inquiets et épuisés n’ont même plus la force de réfléchir et de faire la part des choses. Un père de famille s’en prend, véhément, au corps médical, des « assassins sans cœur ». Suite à une circoncision qui a mal tourné, son fils souffre le martyr. « J’ai dû marcher jusqu’à l’Hippodrome pour trouver les médicaments demandés parce qu’il n’y a jamais rien dans leurs pharmacies ici, et ils me disent qu’ils ne les lui administreront pas. ÇA ne se passera pas de la sorte ! », menace-t-il, tremblant de colère. À quelques pas de là, une personne d’un certain âge supplie à genoux un homme en blouse dans la salle de garde pour qu’il puisse examiner son enfant. Impassible, l’homme ne se laissera pas fléchir…

Cliniques débordées Depuis le début du mouvement, il y a près de trois semaines maintenant, les cliniques privées croulent sous les patients. N’ayant plus le choix, tout le monde se rabat vers ces établissements dont les prestations peuvent revenir à dix fois le prix des structures publiques. « J’ai dépensé la majeure partie de mon salaire rien qu’en consultations et en analyses, et j’ai encore des médicaments à payer », se désole Ibrahim Sacko, chauffeur. Au-delà de la question du coût, c’est désormais la disponibilité des professionnels qui pose problème. « Quatre jours durant, je suis allé dans deux cliniques à Djicoroni avec ma mère, mais il y avait tellement de monde que nous n’avons pu être reçus. Nous nous sommes donc redirigés vers une nouvelle clinique où nous avons dû attendre quatre heures pour voir un médecin. Et c’était assez expéditif : en moins de trois minutes, c’était fini », raconte-t-il. D’autres ont connu un dénouement plus tragique. Il y a ainsi quelques jours, un homme souffrant d’hypotension et en détresse à cause de la forte chaleur a succombé. Refoulé de l’ASACO (Association santé communautaire) de Banankabougou, il a été emmené à l’hôpital du Mali, où il n’a pas non plus été reçu. C’est dans une clinique de Yirimadio qu’il a atterri, où un sérum lui a été administré, avant de le renvoyer chez lui. Il mourut trois jours après, malgré le traitement prescrit.

Dialogue de sourds Dans l’opinion, cette grève n’est pas très populaire pour des raisons diverses. Si pour les uns, les agents de santé ne doivent pas refuser de donner des soins aux malades, même en temps de grève, les autres estiment qu’ils n’ont pas le choix pour se faire entendre que de se montrer radicaux. La pierre est jetée tantôt aux syndicats pour leur intransigeance, dont surtout les malades les plus pauvres paient le prix, tantôt au gouvernement qui semble observer la situation avec une certaine apathie. Entre les parties, c’est en effet un dialogue de sourds qui s’est installé, malgré une tentative de discussion le 26 mars. « Une sortie de crise ? Absolument pas. Nous n’allons même pas dans ce sens, c’est sous la pression de la société malienne que le gouvernement nous a appelé pour aller à la limite, nous insulter. Quand un ministre se permet de nous dire que si nous ne reprenons pas, la population viendra nous lyncher, c’est de la menace. Comme le disent les Anglais « Wait and see ». On verra bien qui se fera lyncher », affirme Sinaly Sanogo, 2è adjoint au secrétaire général du SNS-ASPF. Avant de continuer : « Je suis certain que la population comprendra et j’espère que l’État aura le minimum de conscience pour faire un geste vers les travailleurs socio-sanitaires ». « On ne nous montre que du mépris », déplore un des grévistes. « Nous travaillons dans des conditions que personne ne devrait accepter et on estime que nous n’avons pas le droit de réclamer un minimum pour travailler sereinement ».

Au ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, on assure que tout est mis en œuvre et que la bonne volonté est de rigueur. Selon le chef de cabinet, Yaya Haïdara, sur les huit exigences des syndicalistes, trois seraient déjà réglées. « Le texte de loi concernant les mutations a été abrogé, pour le paiement des primes de garde des agents chargés du contrôle sanitaire de la maladie à virus Ebola s’élevant à 60 millions, le document pour le décaissement de la somme a déjà été signé et la prise en charge à 100% des soins médicaux des travailleurs socio-sanitaire assujettis à l’assurance maladie obligatoire a également été assurée », détaille-t-il. 191 dossiers auraient été présentés pour l’intégration à la fonction publique des contractuels, et sur ce nombre, 118 présenteraient des anomalies (faux diplômes, âge requis dépassé…), les 81 restants sont en attente de test, toujours selon M. Haïdara. De nombreux points de divergence demeurent toutefois. Les syndicalistes réclament l’obtention substantielle des primes de fonction spéciale et de garde à hauteur de 100 000 francs CFA pour les médecins, 75 000 francs CFA pour les assistants médicaux, 50 000 pour les infirmiers et enfin 25 000 pour les autres. Des améliorations qui devraient en tout coûter 11,954 milliards de francs CFA à l’État, « ce que nous ne saurions nous permettre ». « Nous avions consenti à une augmentation de 25% et ils allaient accepter mais entre-temps, les accords passés avec les magistrats ont été rendus publics et en voyant ce que ces derniers gagnent, ils ont quitté la table des négociations et nous ont fait savoir qu’ils n’y reviendraient pas avant que nous acceptions leurs doléances, en particulier sur les primes de fonction et de garde », conclut le chef de cabinet. La ministre, quant à elle, a déploré sur son compte Twitter le fait que les médecins n’aient « aucune revendication liée aux conditions de travail ». Réponse des syndicalistes : ils continuent d’opposer une fin de non-recevoir et d’observer la grève, jusqu’à nouvel ordre. « Ils disent qu’ils vont mettre tous les moyens en œuvre pour sanctionner. S’ils le font, on verra », lance Sinaly Sanogo. En attendant, les malades continuent de payer le prix de ce conflit qui ne fait que se durcir.

 

Mali: poursuite de la grève des personnels de santé

Le secteur de la santé dans ce pays est paralysé par une grève des médecins et des infirmiers du secteur public entamée depuis le 9 mars dernier. Les syndicats grévistes revendiquent notamment l’augmentation des salaires, l’intégration de travailleurs contractuels dans la fonction publique ou encore la prise en charge à 100% des soins de santé des personnels de santé.

Santé : Le Mal-être à tous les étages

Le monde sanitaire domine l’actualité de ces derniers jours au Mali. Pour cause, une grève illimitée paralyse toutes les structures publiques depuis le 9 mars et si l’on en croit les différents acteurs, le conflit n’est pas près de se résoudre. Le service minimum ne prenant en charge que les urgences vitales, les hôpitaux se vident de leurs patients, pendant que les cliniques privées font le plein, les malades n’ayant d’autres recours pour se soigner. La santé au Mali, un secteur laissé pour compte ? Non, répond-on au ministère de la Santé, où les initiatives pour rehausser le plateau technique mais aussi la formation des agents se multiplient. Mais leur impact tarde à se manifester durablement dans l’offre de soins, en particulier dans le public. Résultat, un véritable sentiment de santé à double vitesse.

Le débat sur le fait que les dirigeants africains, et donc maliens, préfèrent prendre l’avion pour voir le médecin est de nouveau d’actualité. Les derniers cas ont renforcé un sentiment déjà bien partagé : les décideurs ne font rien pour améliorer les structures sanitaires parce qu’ils ne sont pas concernés par leur utilisation. Un raisonnement que l’on réfute du côté des pouvoirs publics. Interpellée en février dernier à propos de l’état de délabrement des infrastructures de l’hôpital-CHU du Point G, la ministre de la Santé, le Dr. Marie Madeleine Togo, réagissait sur son compte Facebook (qu’elle a choisi comme vecteur privilégié pour communiquer avec le public ndlr). « Il est à signaler que l’Hôpital du Point G est dans une situation financière difficile à laquelle nous sommes en train de faire face : à la date du 29 août 2016, l’hôpital du Point G comptait 1,300 milliards de factures impayées rien que sur l’exercice 2016 (sans compter les impayés de 2012 à 2015). Il est à signaler que depuis le début du mois de février 2017, l’hôpital du Point G a une autonomie de fabrication d’oxygène médical suite à l’installation de générateurs d’oxygène (tout comme à l’hôpital du Mali et l’hôpital Gabriel Touré) », déclarait la ministre. Entre-temps, le cas des autres installations de l’hôpital, la morgue en particulier, a été géré et la maintenance des équipements faite.

Quand l’essentiel manque La situation de difficulté financière est inhérente à toutes les structures de santé publiques. C’est l’un des principaux arguments avancés pour expliquer les manquements que l’on reproche aux centres de santé, comme à leurs agents. Ces derniers se défendent, rappelant les conditions parfois catastrophiques dans lesquelles ils doivent travailler. « Cela fait des mois que l’imagerie au Point G ne se résume qu’à l’échographie, car tous les autres appareils (IRM, scanner et simple radiographie dernièrement…) sont en panne et la biologie n’en parlons pas », déplore Mohamed, jeune médecin. « Il ne suffit pas d’acheter du matériel pour résoudre la question de l’offre sanitaire au Mali. Il faut ensuite assurer la maintenance de ces équipements et c’est là que le bât blesse », ajoute le Dr. Fousseyni Traoré, médecin oncologue, spécialiste des cancers des enfants. Et « investir dans la formation », complète le spécialiste, qui déplore le niveau des agents de santé, particulièrement ceux formés dans le privé.

L’offre de formation s’est en effet largement diversifiée ces dernières années. Mais là encore, l’opposition public/privé se fait sentir. Les facultés de médecine et de pharmacie reçoivent chaque année des centaines d’étudiants qui doivent passer le cap du redouté « numerus clausus » (fourchette d’admission liée au nombre d’étudiants à recruter et à la moyenne atteinte, ndlr). Ceux qui ne passent pas ce goulot se retrouvent dans la pléthore d’instituts et d’écoles de formation en santé qui a été créée au cours de dix dernières années. Il existe même une faculté de médecine privée qui commence à avoir les faveurs des étudiants issus de milieux aisés, qui préfèrent payer pour être sûrs d’être reçus. « Même le niveau de ceux qui sortent du public commence à baisser », observe un médecin sous couvert d’anonymat. Pour lui, la question de l’implication réelle des enseignants, par ailleurs eux-mêmes médecins ou pharmaciens, est au cœur de la question de la qualité de la ressource humaine, la relève arrivant déjà après le bac avec des lacunes.

Revendications multiples « On nous montre du doigt alors que nous aussi sommes des victimes », se défend le Dr. Mohamed. Un sentiment généralisé qui a mené les agents des services de santé, en même temps que ceux de l’action sociale, a lancer une grève illimitée. Cette dernière, en cours depuis le 9 mars, vise selon le Professeur Mamady Kané, médecin radiologue et secrétaire général du Syndicat national de la santé, de l’action sociale et de la promotion de la famille (SNS-AS-PF), à se faire « enfin entendre des pouvoirs publics qui ne montrent pas de réelle volonté à améliorer les conditions de travail du corps médical et rattaché du Mali ». Ce débrayage, dont les conséquences sur la santé des populations n’est pas à démontrer, fait suite, selon les syndicats, à plusieurs négociations qui avaient permis d’aboutir à un procès-verbal de conciliation que le gouvernement traine toujours à appliquer. Au nombre des revendications des grévistes, l’augmentation substantielle des primes de fonction spéciale et de garde, l’octroi d’une prime de monture aux travailleurs socio-sanitaires et de la promotion familiale, l’intégration des émoluments des bi-appartenant dans le salaire, le maintien et l’extorsion des ristournes à toutes les structures génératrices de ressources et la prise à 100% des soins médicaux des travailleurs socio-sanitaires assujettis à l’Assurance maladie obligatoire. Mais aussi l’abrogation des mutations considérées comme abusives de syndicalistes en cours de mandat, les grévistes dénonçant « cette pratique qui vise à casser notre combat ». Enfin, le paiement des primes de garde des agents de santé chargés du contrôle sanitaire de la maladie à virus Ebola (2015-2016). Les raisons de cette grève soulèvent de nombreuses critiques au sein de la population. « On ne voit pas une seule demande ayant trait à l’amélioration du plateau technique ou des conditions de prise en charge des malades », dénonce Aba, commercial. « Nous ne demandons pas la mer à boire mais nous voulons juste des meilleures conditions de vie pour le bonheur de nos familles et de nos patients », rétorque le Dr. Dembélé, interne à l’hôpital du Point G. « Il faut reconnaître qu’on a trop souffert en réalité avec un gouvernement qui joue au sourd muet avec nous », ajoute le médecin, faisant écho au sentiment exprimé par le Professeur Kané, qui regrette quant à lui que « plus d’une semaine après le début de la grève, personne ne nous a contacté pour discuter de quoi que ce soit ». Du côté du ministère du Travail et de la Fonction publique, principal interlocuteur des syndicats, on estime, sans plus de commentaires, que tout a été mis en œuvre pour éviter cette grève.

Les hôpitaux et centres de santé publics se sont donc vidés au profit des cliniques privées. Ces dernières, qui offrent toutes les prestations attendues d’une structure de santé mais à un coût largement plus élevé que celui des structures publiques, ne désemplissent plus. Que ce soit pour des examens ou pour une consultation en spécialité, ou même encore une césarienne, ceux qui le peuvent font le choix du privé. Et même si le secteur n’est pas, lui non plus, exempte de critiques, la « concurrence » qui se renforce avec un service public aux prises avec ses difficultés, entérine le sentiment que la santé demeure encore un privilège pour les Maliens.

 

 

 

 

 

 

Santé : paralysie totale dans les hôpitaux

Suite au préavis de grève illimitée déposé sur la table du gouvernement le 15 février dernier, les responsables du syndicat national de la Santé, de l’action sociale et de la promotion de la famille (SNS-AS-PF), et ceux de la fédération des syndicats de la santé et de l’action sociale  (FESYSAM), mettent en œuvre aujourd’hui leur menace.

La Grève illimitée des agents de la santé et de l’action sociale a débuté ce jeudi 9 mars à 7h45 dans toutes les structures socio-sanitaires du pays jusqu’à la satisfaction totale de leurs doléances. De Gabriel Touré en passant par l’hôpital du Mali, les centres de santé de référence, le constat est partout le même. A Bamako comme dans plusieurs régions du pays, la grève est largement suivie. Mais les malades peuvent compter sur le service minimum qui est assuré au niveau des urgences, de la pédiatrie et au service gynéco, à Gabriel Touré et d’autres grandes structures sanitaires. Cette rupture du dialogue fait suite à une grève de cinq jours du syndicat national de la Santé en octobre 2016.

Selon, le Pr Mamady Kané, secrétaire général du SNS.AS.PF, depuis la suspension de leur mot d’ordre de grève, aucun acte concret n’a été posé par l’État, allant dans le sens de la résolution de la crise. Alors que même certains points du PV de 9 novembre n’ont pas été respectés, notamment l’adoption d’un plan de carrière pour le personnel de l’action sociale, la prise en charge 100% du personnel socio-sanitaire, l’octroi d’autorisation et de congés de formation à tous les travailleurs ayant respecté la réglementation en vigueur. Toute chose qui a provoqué l’échec des travaux de conciliation qui ont pris fin jeudi 3 Mars dernier. « Le temps de négociation est fini, il faut tout simplement mettre en œuvre l’accord signé entre gouvernement et syndicats, pour lever le mot d’ordre », explique-t-il.

Dans un communiqué rendu public, les syndicats exigent la satisfaction des 8 points de revendications comme conditions de la reprise du travail. Il s’agit entre autres de l’augmentation substantielle des primes de fonction spéciale et de garde, l’octroi d’une prime de monture aux travailleurs socio-sanitaires et de la promotion de la famille, l’intégration salariale des émoluments des bi-appartenants, le maintien et l’extension des ristournes à toutes les structures génératrices de ressources, la prise en charge 100% des soins médicaux des travailleurs socio-sanitaires assujettis à l’AMO, l’intégration des contractuels dans la fonction publique payés sur fonds propres et sur fonds PPTE, le paiement des primes de garde des agents de santé chargés du contrôle sanitaire de la maladie à virus Ebola et l’abrogation de mutation abusive de syndicalistes en cours de mandat.