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Waliden, Enfant d’ Autrui

« On a trois sortes de mères sur cette terre, dit le Griot, celle qui vous met au monde, Woloba, celle qui vous élève, Lamoba ! et celle qui vous éduque : Ladonba ! » On entre ainsi dans le vécu des Waliden, ces enfants confiés à  autrui pour milles et une raisons, ces enfants qu’éduquent parfois les femmes qui n’ ont pas pu avoir d’ enfants ! l’ œuvre d’ Hawa Traoré captive le spectateur, celui du Centre culturel Français de Bamako, o๠elle a été projetée, le 9 mai dernier, devant un public, de cinéastes, de femmes, d’enfants et de journalistes… l’émotion était au rendez-vous pour la jeune réalisatrice, et sa productrice sénégalaise Angèle Diabang Brenner… En filigrane des images, l’adoption traditionnelle reste une pratique ancestrale en terre malienne ! Recueillir l’enfant d’autrui est presque un don de Dieu. Pourtant, dans bien des cas, cette expérience tourne à  la tragédie, tragédie d’enfants maltraités, malnutris et exploités par de la famille d’accueil et qui finissent pour beaucoup, dans la rue… C’’est le cas d’Awa, qui y a trouvé un refuge temporaire, pour échapper à  la douleur…Parfois, ce sont les foyers d’accueil : Au CEAO de Bamako, le Centre d’ accueil, d’ écoute et d’orientation, o๠elle s’est rendue, pour interroger de jeunes fugueurs, Awa questionne les uns et les autres, comme le jeune Sékou, que son oncle maltraite, et dont la vieille doyenne de la demeure, expose toute la vérité… Le cinéma pour exprimer une douleur « J’ai moi même vécu trois adoptions, confesse la réalisatrice, en prélude au film. Le premier oncle chez qui J’ ai été confié m’ a traité comme son enfant ! A l’âge de dix ans, je fus confiée à  un autre oncle et là , mon calvaire a commencé ! Un peu plus tard, un troisième m’a sauvé des corvées, de l’humiliation et de la rue… ». Mais les séquelles sont là , on le sent dans le regard d’ Hawa qui a choisi l’ image pour thérapie, afin de dénoncer les mauvais côtés de l’ adoption. Faire ce film n’a pas été une expérience facile. Le soutien de grands noms du cinéma comme Cheikh Oumar Sissoko ou Moussa Wane, du Centre National de la Cinématographie de Bamako, a donné des ailes à  la jeune réalisatrice. Le cinéma a été le support idéal pour déterrer un vécu, retracer une expérience de l’enfance et comprendre, le pourquoi de la tradition ! « Le cinéma est un formidable moyen d’expression à  l’ heure le conte perd son influence dans nos sociétés… », explique Cheikh Oumar Sissoko, qui trente auparavant, réalisa Nyamanton, un film, sur la violence qui peut exister dans les rapports humain, et qui à  l’époque avait choqué… le poids de la tradition Dans son village natal, à  N’GOA, Hawa a été promener sa caméra, chez le griot, Kotama Dembélé. Il chante alors pour elle, et lui explique la tradition : « Elever l’enfant des autres est une bénédiction… On a trois sortes de mères sur cette terre, celle qui vous met au monde, celle qui vous élève, et celle qui vous éduque… ». Avec cette première œuvre, Hawa traoré veut éveiller les consciences sur la mauvaise pratique de l’ adoption traditionnelle, et après, Bamako, elle espère projeter le film sur tout le territoire malien. Reste maintenant à  conquérir le coeur des villageois et à  convaincre les anciens de son message. On lui souhaite bon vent .. ;

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