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Diplomatie : les trois chantiers d’ATT à la tête de l’UEMOA

A l’heure o๠le Président de la Commission de l’UEMOA, Soumaà¯la Cissé, devait rencontrer le Président ATT à  Koulouba (rencontre prévue le 12 juin), les économies des huit pays de l’Union (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo) sont durement frappées par la chute des cours des matières premières, par la baisse des transferts effectués par les migrants, sans parler du pétrole, dont l’envolée en 2008 a fortement grevé les budgets nationaux. Résultat, les objectifs de croissance de la zone UEMOA ne seront sans doute pas atteints. Mais pour le Président Amadou Toumani Touré (ATT), qui préside l’institution au nom du Mali depuis mai 2009, les grands chantiers se trouvent ailleurs. En effet, la diplomatie risque d’être mise à  rude épreuve, tant les crises politiques sont nombreuses dans la sous région. La Guinée-Bissau, le pouvoir aux narcotrafiquants Dernier pays à  avoir rejoint l’UEMOA en 1997, la Guinée Bissau est dirigée par un président intérimaire, Raimundo Pereira, depuis l’assassinat le 2 mars 2009 de Nino Vieira qui avait été élu en 2005. Non encore élucidée, cette disparition a suivi celle du chef d’Etat major, lui aussi assassiné. Aujourd’hui, la situation dans cette ancienne colonie portugaise indépendante depuis 1974 est explosive. Faute d’Etat, le pays est devenu une plaque tournante de la drogue en Afrique, et « les narcotrafiquants ont acquis un tel pouvoir qu’ils sont capables de faire assassiner n’importe quel haut responsable qui les empêcherait de se livrer à  leurs trafics », se lamente un diplomate de la place. Pour preuve, deux candidats à  la présidentielle ont été tués au début du mois de juin. l’élection devrait malgré tout se tenir le 28 juin, sous les regards inquiets de la communauté internationale, à  commencer par les dirigeants de l’UEMOA. Niger, un 3ème mandat à  tout prix La tentative du Président nigérien, Mamadou Tandja, de modifier la constitution de son pays pour briguer un troisième mandat est un autre dossier sensible. La tension devrait monter petit à  petit d’ici le référendum constitutionnel du 4 août, tellement les antagonismes sont forts entre les tenants du mouvement Tazartché (« continuité », en haoussa), soutiens de Mamadou Tandja, et les opposants politiques associés à  une bonne partie de la société civile. Et si la situation devait dégénérer, une médiation de l’UEMOA sera sans doute sollicitée. Pas facile à  gérer pour ATT, soldat de la démocratie, qui a bâti son image sur le respect des institutions. Pourra-t-il intervenir sans donner l’impression de prendre parti ? Les deux présidents qui se connaissent bien possèdent plusieurs points communs. Outre le fait d’être des militaires retraités, ils sont tous deux confrontés à  une rébellion touarègue. Mais leur approche diverge, puisqu’ATT a longtemps privilégié le dialogue, alors que Tandja combat les rebelles depuis le début. Gageons que la relation personnelle entre les deux chefs d’Etat sera un facteur clef dans la résolution des conflits à  venir. Côte d’Ivoire, ou l’intenable élection En crise depuis septembre 2002, date le l’éclatement de la rébellion du Nord, la Côte d’ivoire n’en finit pas de se réconcilier. Maintes fois reportée, la date de l’élection présidentielle a été fixée au 29 novembre 2009, et devrait opposer les trois crocodiles du marigot politique ivoirien : le président Laurent Gbagbo (FPI), face aux deux opposants Alassane Dramane Ouattara (R, et Henri Konan Bédié (PDCI). Toutefois, beaucoup d’observateurs doutent que cette consultation tant attendue ne se déroule sans heurts, si bien qu’elle recueillera toute l’attention de la communauté internationale. Concerné au premier chef, le Mali, qui a beaucoup pâti de la crise ivoirienne, devrait prendre toute sa part à  la médiation, mais avec l’handicap d’être accusé de parti-pris, compte tenu des liens avec les populations du Nord de la Côte d’Ivoire, plutôt favorables au candidat du RDR. Nul doute qu’ATT devra faire preuve d’un talent de médiateur hors pair pour déminer ces dossiers périlleux. Pour la présidence de l’UEMOA, qui devrait durer un an, il s’appuiera sur Moctar Ouane, titulaire du portefeuille des affaires étrangères depuis 2002, et réputé comme l’un de ses ministres les plus talentueux. Il pourra sans doute aussi compter sur Soumaà¯la Cissé, président de la Commission, l’organe exécutif de l’UEMOA. Cette période ne devrait pas manquer de rapprocher les deux hommes, rivaux en 2002, alliés en 2007, et peut être à  nouveau en 2012.

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