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ATT a t’il abandonné l’idée d’un troisième mandat ?

La réponse d’ATT a été on ne peut plus claire. Mais va-t-il respecter sa parole donnée ? Voilà  tout le débat au lendemain de la grande conférence du 8 juin dernier. « Au Mali, ce débat n’existe pas et nous ne sommes vraiment pas à  ce stade. Chez nous les choses sont très claires. Nous n’allons pas rentrer dans des discussions inutiles », C’’est sur ces propos que le Président Touré a abordé le sujet de son futur politique à  la fin de son deuxième quinquennat. Plus loin dans son intervention il ajoute, je cite « une chose est sûre. Moi aussi je voudrais avoir une autre vie plus libre qui me permet d’élever mes petits fils, d’aller cultiver mon champ à  Mopti, d’aller tranquillement à  la mosquée de Mopti. Celle là  n’est pas une vie. Moi aussi J’aimerais être libre, parce que être président dans nos états et surtout du Mali, ce ne sont pas des vacances. Je voudrais vous rassurer que la constitution est claire et elle sera respectée », fin de citation. C’’est donc un Amadou Toumani Touré pressé de quitter le pouvoir qu’on a écouté avec intérêt à  l’occasion du deuxième anniversaire de son investiture. Trois raisons de questionner les propos d’ATT Premièrement, le Président Touré est considéré comme le « guide » de la révolution du 26 mars 1991 ». C’’est lui qui a dirigé le Comité de transition pour le salut du peuple ( CTSP) pendant un an avant d’organiser les premières élections démocratiques qui ont vu la victoire d’Alpha Oumar Konaré. Ce départ sans condition d’un militaire qui a goûté au pouvoir, fait du général ATT un exemple cité dans le monde. Eh bien ! Avant de quitter, il avait dit ceci : « seul un attardé et un fou peuvent diriger ce pays ». Là  C’’était pour répondre aux préoccupations de l’heure qu’il avait donnée cette réponse à  ceux qui le confondaient aux militaires qui ont conduit des transitions et qui sont restés après par la voie des armes. C’’était la nouveauté à  l’époque. Pendant les dix ans du régime Alpha Oumar Konaré, le président du CTSP s’était tourné vers des actions plus caritatives. C’’est ainsi qu’il a crée la Fondation pour l’enfance aujourd’hui dirigée par son épouse. Il fut aussi médiateur dans plusieurs conflits en Afrique. C’’est ce qui a augmenté sa côte de popularité. Mais personne n’imaginait qu’il serait un jour candidat aux élections présidentielles eu égard aux propos qu’il a tenu pendant la transition. En 2002, il s’est présenté en indépendant et a bénéficié de la confiance d’une majorité requise de 64,35% votants contre 35,65 pour Soumaà¯la Cissé. Il devient ainsi deuxième président du Mali démocratique. Les raisons que Amadou Toumani Touré a évoqué pour justifier sa candidature, C’’est de dire qu’il a été sollicité par le peuple malien à  se présenter aux présidentielles. Près de deux décennies après, ses affirmations ne sont pas tombées dans les oreilles d’un sourd. Les maliens lui reprochent jusqu’à  présent de n’avoir pas respecté ses propos. Deuxièmement… Deuxièmement, on se souvient de «bèbiba bolo» (le sauve qui peut), cette expression du Président Touré prononcé le 8 mars 2008. Une expression qualifiée de bavure présidentielle par certains maliens. Puisqu’elle pouvait être traduite comme suit : « on en peut plus, C’’est le sauve qui peut ! ». C’’était dans une atmosphère de crise économique et sociale traduite par de nombreuses manifestations dans les rues de Bamako, que cette phrase avait été dite. D’autres plus proches du pouvoir ou plus flexibles n’avaient pas hésité à  interpréter les propos du président comme un hommage rendu à  la femme, puisque C’’était à  l’occasion de la commémoration de la journée mondiale de la femme. Tout un chacun pouvait interpréter ces mots d’ATT à  sa guise. Des interprétations ont été faites ça et là  et le Président ne s’était plus prononcé dans les médias nationaux. Il a pourtant tiré la couverture sur lui sur les antennes de Radio France Internationale en expliquant ce qu’il avait voulu dire par «bèbiba bolo». Comme pour dire l’opinion nationale ne l’intéressait pas. Et troisièmement… Citons l’exemple Tandja à  ne pas suivre. Le président du Niger est prêt à  modifier la Constitution, ce qui lui permettrait de se présenter à  l’élection présidentielle de décembre prochain. La volonté de Mamadou Tandja de briguer un troisième mandat est d’autant plus grande qu’il est prêt à  enlever l’article concernant la limitation de mandat dans la constitution du Niger. Pour ce faire, il a initié un référendum afin que les nigériens se prononcent sur la question : « le peuple veut encore de lui ? ». Au moment opportun le Mali vivra t-il le même scénario qui voudra que l’auteur du programme de développement économique et social PDES, reste pour achever ses chantiers comme on l’a entendu dans certaines cérémonies ? De pareilles situations se sont déjà  présentées. Au mois de mai, dans son discours pendant la cérémonie de réouverture des mines de Tabakoto et Séguéla dans sa commune, le maire élu du Parti pour la Renaissance Nationale (PARENA),la formation politique de Tièbilé Dramé, principal opposant du pouvoir), a invité solennellement le président Amadou Toumani Touré à  briguer un troisième mandat. Pour, a-t-il déclaré, lui permettre de mener à  terme «les grands chantiers de développement qu’il a engagés». De tels scénarios pourraient se présenter au général Touré et encore. Face à  l’actualité au Niger et de la Mauritanie, le locateur de Koulouba répond : « nous ne voudrions pas que notre appréciation puisse gêner certains pays qui sont face à  certaines situations. Nous n’allons pas faire le meilleur de la classe ! » Cette énième affirmation du Président de la république du Mali laisse t-elle entrevoir un retournement de situation ? Veut-il dire par cette réponse que le Mali ne fait pas exception à  la règle ? Lui seul peut répondre à  ces interrogations. Et malgré tout, l’Afrique se trouve encore face au défi de la démocratisatie.

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