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Culture : A qui profitent vraiment les Rencontres de Bamako ?

O๠est le public Malien ? l’Institut National des Arts, le Musée du District, principaux lieux d’émergence et de préservation de l’Art du Mali, voient circuler des touristes et professionnels étrangers autour de la photographie africaine, sans pour autant attirer et retenir l’attention des locaux. Les salles d’exposition, pelouses et terrasse du Musée National, en passant les hauts lieux des nuits Bamakoises sont autant de lieux prisés par le public occidental amateur de photo. Comme si les Rencontres de Bamako étaient avant tout un événement conçu, non pour les Maliens, mais pour les étrangers. Rencontres pour…les étrangers Et la coopération culturelle française, avec Culturesfrance en tête d’affiche, profite de l’occasion aussi pour laisser son empreinte sur cette 8e édition consacrée aux  » Frontières », un thème assez flou et fourre-tout. Tous les partenaires techniques et financiers viennent aussi de l’extérieur : Coopération française, Union Européenne, entreprises privées, etc. Mais o๠sont passés les Maliens, annoncés comme partenaires associés de ces 8e Rencontres de Bamako ? l’événement est en effet présenté comme une coproduction du Ministère de la Culture du Mali et de Culturesfrance. Mise à  part la direction du Musée National, la Biennale souligne encore une fois l’absence des opérateurs culturels locaux. Et la faible représentation des jeunes talents de photographie malienne, avec pourtant des photographies de mode de Malick Sidibé qui n’ont rien à  voir avec le thème imposé des expositions.  » On nous a à  peine sollicité pour l’événement et c’est bien dommage, alors que les étrangers sont là  « , regrette Félicia, opératrice culturelle et directrice d’une galerie d’art contemporain à  Bamako.  » Les Rencontres de Bamako, voilà  encore un festival donné par la France au Mali ! « , juge Martin Vogl, un journaliste de la BBC. La vision du Nord sur l’Afrique Cette année, la Biennale a été rebaptisée «Â Rencontres de Bamako », dans le but de rapprocher peuples et territoires et de donner un nouveau mouvement à  cette biennale photographique : Ne plus simplement être une vitrine de la photographie africaine, mais aboutir à  un échange réel entre photographes du continent. En 2009, ce résultat est déjà  loin d’être atteint. Les photographes africains n’ont pas l’occasion de parler de leur art, on le fait parler à  leur place. C’’est en effet l’occidental qui donne majoritairement sa vision du travail des photographes africain dans une optique esthétisante et conceptuelle. Histoire de représentations posées sur l’Afrique et le travail des photographes, sans confrontation des visions, la Biennale nous offre un regard univoque et volontairement tracé par une thématique imposée. Pourtant l’inspiration et les thèmes ne manquent pas sur le continent. Le photographe africain est aussi le mieux placé pour choisir son sujet, saisir son environnement quotidien avec son propre regard. On peut donc se demander si ces Rencontres sont véritablement un lieu d’expression consacré aux photographes africains ou s’il s’agit d’un événement créé pour alimenter la culture des étrangers sur l’Afrique et enrichir l’imaginaire occidental. On est tenté de croire, en tout cas, qu’elles ne servent pas complètement les intérêts des artistes présentés, en leur laissant occuper la place qui leur revient. Le thème choisi cette année « Frontières et territoires » soulignent involontairement, mais incidemment que les rapports de domination culturelle subsistent entre la France, principal bailleur des expositions, et le Mali à  la veille du Cinquantenaire de l’Indépendance. Une ligne de séparation culturelle invisible, mais bien réelle, qui sépare encore organisateurs de l’événement et photographes locaux, véritables témoins et grands portraitistes des sociétés africaines. Et non démonstrateurs d’Afrique ! Ces inégalités subsistent entre la France et son ancienne colonie notamment dans la sphère culturelle, grâce à  une subtile infiltration du milieu de la culture au Mali. Une hégémonie orchestrée de l’extérieur, sachant très bien tirer les ficelles des schémas de domination culturelle tout en utilisant habilement un creuset artistique local, particulièrement prolixe et dans la mouvance du goût occidental. Le viol de l’imaginaire Africain Mettre la photographie africaine sur un plateau d’argent, sans proposer au public malien de goûter ses petits fours, constitue une nouvelle forme de pillage culturel aux contours et aux enjeux financiers, bel et bien dissimulés, mais de moins en moins invisibles aux yeux des Africains. l’arrivée de Culturesfrance comme principal bailleur et financeur de la majorité des projets culturels d’envergure au Mali est très symbolique d’un phénomène déjà  présent en Afrique. Si l’intention manifestée est de faire émerger de nouveaux talents, les objectifs sous-jacents, contribuent finalement au maintien d’un marché de la culture, entre la France et le Mali. Alors, on peut toujours confier la direction artistique des Rencontres de Bamako à  Samuel Sidibé, actuel Directeur du Musée National, et la Présidence du jury à  Malick Sidibé, pour faire bonne figure auprès du public. Dépendance culturelle Les opérateurs culturels 100% maliens restent sur le banc de touche et la coordination générale des Rencontres de Bamako dans une seule et même main, celle des partenaires techniques et financiers étrangers. Des acteurs, dont la présence dans le milieu culturel et sur les projets présentés au Mali est récurrente. Et qui participent globalement à  une tendance voulu discrète : alimenter la dépendance des artistes africains aux financements et aux bailleurs de fonds étrangers. En contrepartie, C’’est le vivier des coopérations culturelles qui se ravit, se félicite et se nourrit des Rencontres de Bamako. Et la production photographique malienne avec pour seule figure de proue Malick Sidibé, reste encore une fois cette année entre ombre et lumière, dans les limites d’un jeu imposé pour cette 8e édition, assez paradoxalement dédiée aux frontières.

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