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Nyamina, un festival du film pour décloisonner le cinéma

Sur la route de Nyamina, les étoiles strient le ciel de nuit, mais de Sirakorola à  Nyamina centre, la route est mauvaise, très mauvaise, c’est une piste faite de rocailles et de crevasses, mais qui n’empêchent pas les amoureux du 7è art de s’y rendre, pour visionner de belles images dans le cadre du festival du film initié par le réalisateur Malien Souleymane Cissé.  » J’ai voulu faire ce festival international du film de Nyamina, (FINA) en parallèle avec les Rencontres Cinématographiques de Bamako (RCB) pour décloisonner cette ville, oubliée de tout et aussi pour ne pas enfermer la culture du cinéma aux villes seules…  » explique Souleymane Cissé, par ailleurs président de l’UCECAO, l’union des Créateurs et Entrepreneurs du Cinéma et de l’Audiovisuel de l’Afrique de l’Ouest. Les 5 premières éditions du festival ont ainsi bénéficié du parrainage de l’ancien ministre de la culture Cheikh Oumar Sissoko, des réalisateurs français Costa-Gavras et même l’Américain Martin Scorsese. Un soutien qui a donné à  ces rencontres cinématographiques une dimension extra africaine. Mais comme l’a souhaité le minsitre de la Culture du Mali, Mohamed El Moctar il faut que pour les prochaines éditions, les habitants de Nyamina s’approprient leur festival… » Quand Nyami Sako fonda Nyamina Riche de 5000 âmes, le village de Nyamina est situé dans le cercle de Koulikoro, à  170 km de Bamako. La ville aurait été créée par un chasseur du nom de Nyami Sako et sa population se compose des ethnies Soninkés, Bambaras, Peulhs et Somonos, avec l’élevage, l’agriculture et la pêche comme moyens de subsistance. Après Sirakorola, le fleuve Niger borde cette charmante bourgade, o๠les maisons en banco cotoient des bêtes gambadant dans les ruelles sablonneuses de la ville. On se croirait quelques siècles plus tôt, à  l’ère du Mandé. Et entre deux allées, surgiraient des cavaliers, de Soundjata Keita à  la conquête du Manding. Mais à  Nyamina, c’est le mausolée de Sory Nyamina qui en impose. Au milieu d’une cour ensablée, s’érige ce dôme peint en blanc, et en son centre, la tombe immaculée de ce jeune érudit, qui apprit le Coran avec grâce mais mourut trop tôt à  16 ans.  » Aujourd’hui, Nyamina est soumis à  des problèmes d’ordre écologique, l’érosion des berges du fleuve Niger et la destruction de l’écosystème, alors, il fallait interpeller l’opinion internationale », ajoute Souleymane Cissé, hôte infatigable de ce festival à  dimension humaine et rurale. Bayrou, l’invité de marque « Le cinéma permet de toucher au coeur, là  o๠les autres arts ne peuvent toucher et ce festival est une aubaine, car à  travers lui, il permet le développement de Nyamina grâce à  la culture. Je suis très heureux d’être parmi vous aujourd’hui, a déclaré François Bayrou invité d’honneur de ce festival :  » Vous savez, je suis née dans un petit village des Pyrénées, et je me sens proche des gens d’ici, a ajouté le député Français et président du Mouvement Démocrate (MODEM), visiblement séduit par le soleil vibrant de Nyamina. François Bayrou, un hôte de marque qui a honoré de sa présence les nombreux marabouts venus bénir Sory Nyamina, en récitant quelques versets du Coran. A côté, les femmes étaient là  pour accompagner la cérémonie… « Les morts ne sont pas morts », disait le poète sénégalais Birago Diop. Ils sont le vent qui gémit, dans l’arbre qui frémit, dans le buisson en sanglot, alors, nous vois-tu Mandé Sidibé, toi à  qui cette 6è édition du festival de Nyamina est dédiée : « Je revois Mandé, l’an dernier, venu assister à  ce festival et qui donne la chance à  de jeunes vidéastes de s’exprimer et de montrer leurs oeuvres », raconte nostalgique, Clarence Delgado, producteur sénégalais. Cette année, la compétition portait sur le thème de la  » Danse Soninké ». L’onjectif étant de mettre en valeur de jeunes talents capables de reprendre en main le flambeau du cinéma Ouest-Africain. Les potentialités de Nyamina Après le Mausolée de Sory Nyamina, le ciel reste d’un bleu pur, un air serein plane sur cette place centrale o๠la délégation de marque ( François Bayrou, le ministre de la culture du Mali Mohamed el Moctar, le maire de Nyamina, l’ambassadeur de France, Michel Menthon de Reyverand), sont de passage pour honorer cette dernière journée. Direction le lycée central pour visiter les oeuvres de quelques artistes locaux et assister à  la cérémonie sur la place publique o๠folklore local et chants de griottes égayent l’atmosphère déjà  festive : Amy Koita est là , les chasseurs tirent le fusil, les marionnettes s’agitent et les femmes dansent avec grâce, tandis que les fillettes s’élancent sur la piste pour imiter leurs mères, sous le regard attentif des visiteurs. Sur les traces de son père, l’une des filles Cissé, Soussaba, filme la scène, sous l’ombre des arbres. On se sent bien à  Nyamina, l’accueil est chaleureux et c’est l’heure de la pause déjeuner. Conférence sur le développement et Course de pirogue L’un des grands moments du festival du film de Nyamnina a été la projection du film qui honore la mémoire de Mandé Sidibé, ex premier ministre du Mali, mais aussi un habitué du festival.  » Mandé était un humaniste », explique Souleynane Cissé. Et pour ne pas s’arrêter au rêve seul de l’image, une conférence sur le développement réunit au bord du fleuve, François Bayrou, le professeur, et l’intellecteul Malien Youssouf Tata Cissé, pour un débat face à  la jeunesse, sur le développement par la culture. Après le débat d’idées, place à  la course de pirogue. La vision de ces bras vigoureux pagayant sur le fleuve avec le soleil couchant, vaut le déplacement à  Nyamina. Remise des prix aux jeunes vidéastes et le rideau tombe sur la 6è édtion du festival; Si Souleymane Cissé et son jury ne sont pas très satisfaits de la qualité des oeuvres récompensées, il espère que Nyamina sortira davantage de son isolement, notamment grâce à  la rénovation de la piste Sirakorola-Nyamina et qui fait bien 70km. A l’année prochaine !

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