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Dossier régions : Interview de Bakary Keita, Président du Conseil de Cercle de Kangaba

En cette période de tension entre les pays industrialisés et les pays émergents après la conférence sur le réchauffement climatique à  Copenhague, nous nous sommes rendus à  85 km de Bamako pour nous informer sur la protection de l’environnement dans cette zone du Mali. Nous avons rencontré le premier responsable des collectivités pour connaà®tre les raisons de la coupe du bois abusive et des alternatives exploités après une vive tension entre les populations. Avec notre interlocuteur toujours sur pied d’œuvre pour répondre aux sollicitations des 60 villages du cercle, nous avons aussi abordé des sujets sur le tourisme, la décentralisation, le projet de la nouvelle route pour ne citer que ceux-ci. Nous vous invitons à  découvrir Kangaba et ses réalités avec son Président du Conseil de Cercle. Journaldumali.com : Bonjour veuillez-vous présenter à  nos lecteurs Bakary Keita : Je me nomme Bakary B. KEITA connu sous le nom de Monsieur Bouh ou Naà¯da Bouh. Enseignant de formation, je suis aujourd’hui Président du conseil de Cercle de Kangaba. Marié, polygame, père de 7 enfants. Journaldumali.com : Comment vous êtes venu aux affaires ? Bakary Keita : l’histoire est un peu longue mais pour être concis, je dirai que J’ai aimé la politique depuis que J’étais simple enseignant. C’’était au temps de l’UDPM (l’union démocratique du Peuple Malien. J’étais le chargé des sports de l’UNJM (ndlr : Union Nationale des Jeunes du Mali) dans le cercle. Après l’instauration du multipartisme, je suis venu à  la politique. C’’est à  l’issue d’une élection que je me suis retrouvé au conseil de cercle. D’abord je fus conseiller communal de Minindian en 1999 à  ma première mandature. J’ai été à  la même année, délégué au conseil de cercle. Je fus aussi 2e vice président au cours du même mandat. à€ travers les élections en 2004, J’ai été reconduit conseiller communal, délégué au conseil de cercle et cette fois ci, Président du conseil de cercle. Journaldumali.com : Qu’est ce qui vous a poussé à  vous maintenir à  ce poste ? Votre conviction Bakary Keita : Ma conviction dans cette mission est que personne d’autre ne peut développer notre pays ou nos localités à  notre place. Il faut donc quelqu’un qui connaisse le terrain et la mentalité des populations. Qui soit aussi capable de les motiver dans le cadre de leur propre développement. Voilà  donc les quelques points qui m’ont motivé à  réaffirmer ma disponibilité à  ce poste et J’avoue que J’ai réussi parce que J’ai eu la confiance des populations, chose qui ne date pas d’aujourd’hui. Faut il préciser que je suis natif du terroir ? Je ne me suis donc jamais mis à  la marge des activités socio – économique et culturelle de cette population. Je n’ai jamais créé la différence entre mes frères qui ne sont jamais passés par les bancs et moi. C’’est donc vous dire que je prends régulièrement part à  leurs activités. Journaldumali.com : Compte tenu des difficultés que vous rencontrez sur le terrain, parlez nous d’une expérience qui vous a le plus marqué dans votre parcours à  la présidence du conseil de cercle. Bakary Keita : Effectivement comme vous le dites, la mission d’un élu n’est pas toujours facile. Au regard de la complexité des textes et surtout un enseignant qui se retrouve au poste d’administrateur sans passer par une école d’administration, ce n’est vraiment pas facile. Alors le travail se fait avec une grande délicatesse et avec tact. C’’est après avoir pris connaissance des actes posés par mes prédécesseurs, que je me suis inspiré de leurs expériences pour ensuite apporter des améliorations afin de relever les défis du moment. Parmi ces défis il y avait assez de conflits dans le cercle de Kangaba entre différentes couches de la communauté. Sachez toute fois que Kangaba est une zone à  80% agricole. Parmi ses grandes activités il y a aussi la pêche et l’élevage étant donné que le fleuve Niger passe par ici. Il y avait donc à  ce moment un conflit terrible entre agriculteurs et éleveurs et ensuite entre transhumants et chasseurs. Face à  cette délicate situation, J’ai initié un espace d’échanges entre les différentes parties afin d’avoir un terrain d’entente, C’’est ce qui a donné naissance à  la convention locale qui est aujourd’hui un outil efficace pour la gestion de conflits et la gestion des ressources naturelles. Il faut reconnaà®tre que l’exercice a été très difficile mais au finish, il y a eu un compromis sans incident major. C’’est ce qui m’a beaucoup réconforté dans mon cours et C’’est toujours d’actualité. D’ailleurs, je profite de votre micro pour dire que nous sommes actuellement à  la recherche de financement pour l’élaboration d’une nouvelle convention locale axée principalement sur le secteur de la pêche. b Journaldumali.com : Qui étaient les autres acteurs dans l’élaboration de la dite convention locale qui est pourtant sortie d’un conflit entre 3 acteurs que sont les éleveurs, les agriculteurs et les chasseurs ? ] Bakary Keita : Cette convention qui a été élaborée avec l’appui de plusieurs partenaires, a impliqué entre autres : les services techniques de l’Etat, les pêcheurs, les exploitants forestiers, bref toutes les couches qui contribuent au développement du cercle. Journaldumali.com : Quel est l’impact du transfert de compétence et ses difficultés dans votre cercle ? Bakary Keita : En matière de transfert de compétence de nos jours, on peut dire qu’il n’y a que trois secteurs qui ont été réellement transférés mais pas les ressources. Les deux transferts doivent donc se suivre. C’’est un véritable problème que nous rencontrons ici. Il faut cependant reconnaà®tre qu’il y a un changement au fil du temps depuis le début de la décentralisation. Par ailleurs, il y a certaines autorités de tutelle qui ont bien compris la décentralisation et qui lui sont vraiment favorables. Par contre, d’autres demeurent très allergiques à  celle-ci. Et ce sont ces derniers qui empêchent les collectivités à  assurer la mobilisation des ressources et même à  leurs mises à  dispositions aux collectivités. Journaldumali.com : Des sources fiables ont témoigné qu’il y avait des tonnes de chargement de bois qui venaient régulièrement de Kangaba. Est-ce avec votre consentement ou peut être votre complicité ? [b Bakary Keita : BBK : Je dirai que J’en veux aux services techniques de l’Etat en charge de la protection de l’environnement. Je le dis à  qui veut l’entendre, Kangaba fait parti aujourd’hui des dernières réserves du Mali en matière de ressources naturelles. Nous avons élaboré cette convention locale pour permettre aussi aux exploitants forestiers de mener leurs exploitations sans nuire à  l’environnement. Mais ce fut le contraire. C’’est pourquoi nous avons demandé par la suite, l’arrêt strict du charbonnage dans la convention locale. Pour celui qui a connu Kangaba à  cette période, la zone était devenue très désolante. Tout avait été ravagé. Et pire, les 80% des sommes perçues qui vont dans la caisse de l’Etat pour l’exploitation de la forêt n’ont pas servi à  remplacer les bois coupés. Pour faire face à  cela, nous collectivités, avons tenté de créer un cadre de concertation pour faire recours à  notre convention, afin d’essayer de freiner cette coupe abusive du bois. Ainsi nous avons mobilisé les différents comités de vigilance créer dans tous les villages, pour qu’ils veillent scrupuleusement à  l’environnement. Et les camions une fois appréhender, qu’ils saisissent le maire et que celui-ci vérifie l’authenticité de leur autorisation de coupe. En cas d’irrégularité, les camions sont immédiatement déchargés. Ces produits déchargés sont mis à  la disposition des services des eaux et forets et le délégué à  l’environnement de la mairie. Par ailleurs la coupe du bois vert est strictement interdite à  l’absence d’une assurance de reboisement par l’exploitant. Lorsque nous menions ce combat, nous étions très mal compris des services techniques et des autorités de tutelle mais nous n’avions pas fléchi pour autant. Aujourd’hui ce dégât s’est beaucoup amoindri et nous continuons de réfléchir sur un cadre d’échange pour la mise en œuvre des textes législatifs en la matière. Je confirme que la coupe du bois s’est beaucoup atténuée et que les zones détruites sont en régénération. Journaldumali.com : Bientôt l’axe Bamako – Kangaba – Djoulafondo sera dotée pour la première fois d’une route goudronnée. Quelles sont vos impressions par rapport à  cela ? Bakary Keita : : D’abord je salue cet acte courageux et glorieux du chef de l’Etat. Nous l’avions sollicité et il nous a accepté avec son gouvernement. A la réalisation de cette route, nous serons obligés de nous assumer pour la simple raison que cette route arrive aussi avec ses conséquences. Vu que nous sommes à  proximité de Bamako et sur une zone plate, il faut s’attendre à  des problèmes tels que les accidents de la circulation, le banditisme… Donc réfléchir à  la construction d’un centre de santé plus performant et renforcer le dispositif sécuritaire. Avant même l’avènement de cette nouvelle route, il faut savoir que la ville de Kangaba a déjà  son schéma directeur qui nous permet d’orienter les actions. Je vais donc entreprendre les mêmes actions dans les autres communes qui longent cette nouvelle route. Journaldumali.com : Vous savez mieux que moi que Kangaba est une ville historique du Mali. C’’est ici que la grande sœur de la charte universelle des droits de l’homme à  vu le jour. Je veux parler de la charte de kurukanfuga en 1236. C’’est ici qu’il y a aussi la case sacrée qui a été construite par Mansa Sèma, localement appelé « Kaaba Blonw » (âgée de plus de 8 siècle), sans parler du balafon mystique de Soumangourou Kanté pour ne citer que ceux-ci. Mais il y a un paradoxe ici, C’’est le manque d’infrastructure pour une si grande potentialité touristique. Par quoi pouvez-vous expliquer cela ? Bakary Keita : Je crois que le manque d’infrastructure est dû à  l’enclavement. Kangaba est bien un site touristique, je dirai même plein de site touristique mais le problème était lié à  l’accès à  la zone. C’’est ce qui faisait que les touristes avaient des difficultés à  se rendre ici. Pour faire un financement il faudrait s’attendre à  ce qu’on y gagne après ! Lorsque la route sera achevée, chacun voudra investir à  cause de la potentialité et du désenclavement du cercle. à‡a ne sera plus la seule affaire des collectivités mais aussi des commerçants. J’insiste quand même sur les raisons pour lesquelles nous n’avons pas d’infrastructures. C’’est aussi dû au fait que nous avons toujours été omis et mis en marge du développement par les différents régimes passés sauf celui du général Toumani et ce, malgré nos potentialités. Le fleuve Niger passe par ici pour le reste du pays mais il y a combien de périmètres aménagés à  l’est pendant qu’il n’y avait rien chez nous qui sommes en amont. C’’est seulement à  l’arrivée d’ATT que nous avons assisté à  l’aménagement de la plaine de Maninkoura ici à  Kangaba. Maintenant il y a plusieurs autres projets de périmètre aménagés le long du fleuve. Même le tourisme était axé sur l’est à  cause de la facilité d’accès de la zone. C’’est pour vous affirmer que Kangaba a changé de visage à  tous les niveaux pendant ces deux mandats du Président ATT. Kurukanfuga dont vous parlez, fait aujourd’hui l’objet de convoitise pour sa revalorisation. l’espace a été borné récemment. Nous sommes vraiment déterminés à  la recherche de partenaires et de financement pour assurer la réalisation des infrastructures dans notre cercle. Journaldumali.com : Quel est l’état de la relation entre le cercle de Kangaba et l’autre coté de la frontière Guinéenne ? Bakary Keita : Notre relation avec la Guinée est bonne et cela ne date pas d’aujourd’hui. Ces bons liens historiques continuent entre nos différentes communautés. Si ce n’est le petit incident qui s’était déroulé entre Balandougou du coté Guinéen et Comana – Kouta au Mali, tout va bien de part et d’autres des frontières. Journaldumali.com : Votre mot de la fin Bakary Keita : : Je vous remercie et votre organe également pour votre courage et votre dévouement à  venir jusqu’ici à  Kangaba pour nous donner la parole. Je remercie également tous les acteurs au développement qui opèrent dans notre cercle. Je lance un vibrant appel à  toutes les organisations et personnes de bonne foi à  jeter un regard sur le cercle de Kangaba, à  nous tester afin de voir ce dont nous sommes capables. Pour terminer, je lance un appel à  tous les élus du Mali à  s’impliquer d’avantage pour le développement de toutes les localités et à  croire à  leur gouvernement pour que nous puissions aller de l’avant pour le bien être de notre cher Mali.

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