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Café littéraire à Bamako : Tierno Monénêmbo face à Rachid Boudjedra

Chemins d’exil Le premier a obtenu le prix Renaudot 2008 pour son ouvrage le et vit à  Caen en France. Tierno Monénembo, le peulh, l’écrivain engagé était face à  Rachid Boudjedra, l’Algérien, l’écrivain subversif et qui ne mâche pas ses mots, fussent-ils écrits ou verbaux. Tous deux sont les invités de la rentrée littéraire 2010 à  Bamako. Rachid Boudjedra est l’une meilleures plumes d’Algérie avec Assia Djebar ou Kateb Yacine et l’auteur de nombreux romans comme , ou , parmi ses œuvres les plus audacieuses, et dans ce dernier, il écrit : Pour l’auteur des , le voyage est passé par Bamako, oui, Tierno Monénembo, guinéen d’origine y a posé ses valise, avant d’atterrir en Europe lors de pérégrinations de jeunesse. « Nous les guinéens sommes aussi des maliens d’origines. Bamako est une ville historique, C’’est ici que commence le nationalisme avec la création de la RDA (rassemblement démocratique Africain). Et avec les éditions Cauris, Tierno Monénembo a publié . Mais il a aussi traversé le Maroc, l’Algérie et enseigné, puis rencontré Rachid Boudjedra, frère en littératue. Ils se connaissent bien ces auteurs du monde, se croisent à  travers les cafés et rencontres littéraires pour échanger sur leurs métiers de scribes modernes et pour Boudjedra : « La colonisation est certainement ce qu’il y a eu de plus « dégueulasse » et qui a divisé en Algérie, son pays, cette terre, source constante d’inspiration et qui l’a entraà®né vers l’exil, engagé qu’il était, alors jeune étudiant syndicaliste qui fuira le régime de Boumedienne sous la menace d’une Fatwa. Il enseignera alors en France, au Maroc, la philosophie et se mariera à  une française. l’histoire fera le reste. Le rapport à  la langue française Il est double pour l’un et l’autre, fait d’amour et de rejet : « Ce sont les indépendances qui ont cristallisé les frontières, mais la colonisation a imposé cette langue ! Moi on m’a forcé à  l’école, je n’ai rien demandé, et je serais bien resté avec ma belle langue peulhe », clame Monénembo, aujourd’hui, considéré comme l’un des meilleurs écrivains, francophones, de langue française, et la dénomination fait débat ici et ailleurs, mais la question est aussi ailleurs, comment valoriser les langues africaines, nationales, les introduire dans le système éducatif, voilà  toute la question : « Si nous écrivains de langue française venions à  nous y mettre, cela serait un travail de longue haleine. Pour écrire, faire de la littérature, dans les langues, arabes, ou autres, il faut une maà®trise ! Beaucoup d’écrivains veulent s’y mettre sans connaissance aucune », ajoute Boudjedra. Ou alors, pour sauver nos langues, il faut les renouveler. Les civilisations arabes ou grecques ont produit de merveilleux écrits, des intellectuels, poètes et savants comme Averroès, Ibn El Arabi ou même Sophocle, Aristote etC’… » Et d’ évoquer Tombouctou et ses merveilleux manuscrits, que tous ne sauraient déchiffrer. Et pourtant, la littérature doit être accessible à  tous, ne plus être enfermée dans ce carcan élitiste, toucher le peuple, les tréfonds de son âme, estime un intervenant dans la salle. Mais la littérature a t-elle le pouvoir de changer les choses ? l’écrivain et l’engagement Il est indéniable, dès lors qu’il y a exil. l’éloignement nourrissant cet ailleurs o๠l’être physique se déplace et se meut, au contact du monde. Mais pour l’un et l’autre, il est là , nul besoin de le nommer. Cet engagement peut aussi être source de meurtrissures, d’inspiration comme les évènements du Rwanda ont inspiré à  Monénembo, et l’Algérie a fait écrire, à  Boudjedra en 1995. Face aux évènements de Guinée et à  ces cinquantenaires que l’on veut fêter, « cela est techniquement impossible, juge Monénembo, ce 28 septembre 1958, qui était une date de victoire pour la Guinée, a été transformé en date de deuil. Avec les massacres du 28 septembre, on a tué le symbole ! Alors je ne vois même pas comment on peut fêter le cinquantenaire ! Cela me paraà®t impossible!» Fin de citation. Boudjedra lui est contre les commémorations tristes : « On devrait arrêter de fêter les massacres, les tueries, les prises de villes etC’… », en référence à  l’Algérie Française. Mais il estime qu’il faut redonner une valeur à  ces indépendances, et aux luttes nationales positives, (Il fut membre du FLN en Algérie ), et ne pas encenser ce qui n’a pas besoin de l’être. Pour ces deux auteurs, la littérature est certainement le chemin, le début et la fin, pour dire le monde, ce monde tourmenté et qu’ils réinventent, chacun à  leur manière sur la plage blanche. Voilà  le pouvoir des mots, la puissance de rêve de la littérature qui est sans frontières…

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