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Libération des 4 islamistes : le très mauvais calcul d’ ATT

La politique ce n’est pas de la mathématique. Cela est connu. Avoir affaire avec des personnes qui, contre les lois de la république, transportent et détiennent des armes de guerre, allant d’un pays à  un autre, ne peut alors être géré en méconnaissance de paramètres qui impliquent la souveraineté d’états tiers concernés. Au lieu d’avoirs des sarments comme une liane, ATT s’est laissé plaire en roseau face aux pressions françaises, se prêtant aux critiques et acrimonies de l’intérieur comme de l’extérieur. La libération lundi des quatre islamistes membres d’Aqmi (deux Algériens, un Burkinabè et un Mauritanien), détenus depuis avril 2009 et présumés terroristes par les autorités maliennes, mauritaniennes et algériennes semble causer plus de tort à  Bamako qu’il n’en résoudrait réellement. La Mauritanie en premier dès l’annonce de la libération des islamistes, puis l’Algérie après que Aqmi ait libéré à  son tour l’otage français ont rappelé leur ambassadeur pour dénoncer et protester vigoureusement contre l’attitude de Koulouba dont la faiblesse montrée face aux pressions exercées par Paris discrédite un homme et son gouvernement et fait de son peuple un enjeu négligeable face aux intérêts d’un pays qui posaient au demeurant sur la tête d’un de ses citoyens. Nous n’irons pas jusqu’à  dire que la vie de Pierre Camatte a valu, aux yeux de ATT, plus que celle de tout une population de plusieurs millions d’habitants puisque l’insécurité causée dans la bande sahélo-sahélienne et qui en l’occurrence concerne le Mali, la Mauritanie et l’Algérie au premier plan, fait peser la menace de mort sur leur tête – on se rappelle le meurtre d’un colonel de l’armée en plein jour à  Tombouctou, l’attentat terroriste du 8 août 2009 à  Nouakchott dans le quartier huppé de Tevragh Zeina là  o๠est située l’ambassade de France, les dizaines de morts en Algérie etc. On espère que l’otage français sur qui deux ultimatum de mise à  mort avaient été lancés par Aqmi si leurs éléments détenus à  Bamako n’étaient pas libérés, s’en sortira sain et sauf maintenant que Bamako à  plié comme roseau après ses rodomontades. Mais voilà  que, en se référant aux déclarations du chef de l’état malien lors de la vingt-neuvième semaine de l’Afrique organisée par l’Unesco au mois de mai 2009 à  Paris, on s’avise de la roublardise de ses « partenaires salafistes. » Devant l’assemblée de personnalités et des médias, le président malien affirmait qu’il était déçu du comportement des hommes en armes qui menaçaient la sécurité intérieure du Mali, le mettait en mal face à  ses voisins en ne respectant pas leur engagement de rester calmes dans le désert malien, pour citer de mémoire l’aveu de celui qui était justement invité pour partager sa méthode de gestion d’une crise qu’il a lui-même qualifié de « basse intensité ». Il s’est avisé aujourd’hui qu’il a eu tort de concéder à  ses bandits essaimant dans d’autres pays la peur et l’insécurité une partie du territoire nationale contre sa « tranquillité ». Les militants de l’ex-groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) devenu depuis Al Qaeda au Maghreb Islamique (Aqmi) n’étaient, n’ont jamais été des persécutés d’Alger dont le pouvoir et la presse se sont moqués des niaiseries de Bamako. Comment Bamako pourra expliquer son geste à  ses voisins algérien et mauritanien après avoir tambouriné, au lendemain de la première visite du ministre français des affaires étrangères, qu’elle veut consolider l’embellie revenue dans ses relations avec Alger suite à  sa déclaration comme quoi les présumés terroristes d’Aqmi ne seront pas libérés et que de voix autorisées, on affirme même qu’Alger a fourni de la documentation juridique ? Mais voilà  Bernard Kouchner est repassé à  l’offensive appuyé par Claude Guéant, premier collaborateur du chef de l’état français dont certains prêtent un poids immense dans les prises de décisions de l’Elysée. A en croire certains informations sur la place de Place, Guéant aurait apporté une solution juridique compréhensive renforcée par des propositions alléchantes qui font craquer Bamako faisant alors fi de « ses engagements internationaux » supposés, doublant Alger et Nouakchott, qui réclamaient le transfert de leurs ressortissants, du jour au lendemain. Bamako a surpris Aler et Nouakchott si fort que leur souffle a été coupé comme seul le fait ce terrible vent du sahara dont profite si allègrement Aqmi dans les grottes du désert malien. A ce jeu, rien ne certifie qu’ATT ne se fasse prendre de vitesse par tous les autres « pays amis » dont l’Espagne et l’Italie qui eux aussi ont des ressortissants détenus dans le nord de notre pays après avoir été nargué par Aqmi. Et le fait de « vivre dans un environnement international o๠il y a des règles en matière de sécurité, de lutte contre le terrorisme, règle qu’il faut respecter » ne signifiera alors rien du tout, à  Nouakchott comme à  Alger, à  Rome comme à  Madrid, à  Washington comme à  Guantanamo. Bamako trompettera qu’elle était dans une très mauvaise posture en tout cas directement vis-à -vis de ses voisins frontaliers et « son ami » la France. Qu’elle était assise sur un tabouret fendu, crissant, coinçant et brinquebalant qui pinçait les fesses à  chaque petit mouvement. Qu’il lui a manqué du courage et de la témérité pour tenir comme tous ces maliens durant leurs années de classe sur les tables-bancs fendus, crissant, coinçant et brinquebalant de Kayes à  Tombouctou. Mais difficilement l’état malien pour faire accepter à  son opinion nationale qu’il a oublié cette valeur qui a fait que nombre d’élèves de Mopti, ayant passé des années durant dans cette position très désagréable, il est vrai, ont préféré avoir les fesses rouges dans des culottes en loques pour porter plus tard des boubous en basin richement brodé. En somme comment à  l’occasion de la célébration du cinquantenaire de l’indépendance nationale, le gouvernement pourra parler de Soundiata Kéita, Tiéba Traoré et autre Modibo Kéita pour mettre en avant les valeurs de dignité, de fierté, de droiture et de don de soi. C’’est tout simplement dommage.

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