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Nouvelle Constitution, le baroud d’honneur d’ATT

Si l’on en croit Amadou Toumani Touré (ATT), Président de la République, les maliens voteront par référendum d’ici la fin 2010 pour approuver ou non un projet de nouvelle Constitution. Sur le papier, cela est plutôt séduisant. Le projet doterait le Mali, l’année de ses cinquante ans d’un nouveau texte fondamental, qui garantisse un équilibre institutionnel entre les différents pouvoirs, et corrige les dérives de la Constitution actuelle révélées durant 18 ans de pratique. Création d’un sénat, d’une autorité des l’audiovisuel, et d’une Cour des Comptes, réforme de la Cour Suprême, et réaménagement du pouvoir exécutif, tout y est ou presque. Mais avait-on vraiment besoin d’un Sénat en lieu et place du haut conseil des collectivités territoriales, dont beaucoup reconnaissent l’inutilité ? Alors même que sa suppression est parfois évoquée en France, une démocratie mature, dont la Constitution a servi de modèle à  notre pays, on cherche à  créer une institution supplémentaire, forcément budgétivore dans le contexte actuel. A en croire certains, il s’agit d’un moyen de récompenser des amis politiques, ou de résoudre le chômage en recasant des anciens ministres sur le carreau. Et d’autres interrogations subsistent. Que cache le changement des conditions d’éligibilité du Président de la République ? Cherche-t-on à  éliminer tel ou tel candidat potentiel ? Pourquoi mener une réforme d’une telle ampleur à  la fin d’un dernier mandat, alors que les priorités sociales et économiques ne manquent pas dans le pays ? Même si ces questions ne trouvent pas encore de réponse, l’essentiel est finalement préservé, car on ne devrait pas toucher à  l’article 30, verrou constitutionnel qui limite le nombre de mandat à  deux. Et comme le dit souvent un homme politique influent, ancien premier ministre du Mali, dura lex sed lex. La loi est dure, mais C’’est la loi. ATT a donc décidé de se résoudre à  résister aux charmes des sirènes, et prend ainsi à  contre-pied ses plus farouches détracteurs. Si cette nouvelle loi est votée, le locataire de Koulouba, déjà  à  l’origine de la Constitution de 1992 laissera une trace indélébile dans l’Histoire, là  ou son prédécesseur a échoué. Celle de celui qui aura façonné l’architecture institutionnelle du Mali démocratique.

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