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L’enseignement des traditions par le conte : « Moriba Yassa, le paresseux », une illustration

Dans le souci de préserver ce qui reste d’une tradition basée sur l’oralité et répondre à  l’alerte lancée par le sage Amadou Hampâté Ba sur le danger que court nos traditions, la matérialisation de cette tradition par l’écriture s’avère salutaire. C’’est dans cette logique de sauvegarde de nos valeurs ancestrales que se situe effectivement le recueil de contes « Moriba Yassa, le paresseux », sous titré Contes du Mali, publié en 2008, de l’écrivain N’Tji Idriss Mariko. Contes du terroir Ainsi, à  travers dix contes multi ethniques, puisés du terroir national, l’œuvre nous livre des enseignements, des leçons pleines de sagesses sur la vie en société et les comportements à  adopter ou à  fuir. Ces contes restent fideles aux fonctions classiques du conte que sont le divertissement et l’éducation. Aussi bien les adultes que les plus petits y trouvent leur compte. Le recueil est truffé de sages proverbes et teinté d’un humour qui nous guide tout droit dans les traditions ancestrales du Mali. l’œuvre enseigne le respect des traditions à  travers la fin tragique ou le remords de tous ceux qui ne les respecte pas. Dans « Sébouroussé », le premier conte, la princesse éponyme du conte est victime de l’éducation que lui a réservée son roi de père. Pour avoir été élevée en marge de la société par son père, elle ne sut même pas s’occuper de son enfant qu’elle tuera par ignorance. Le conte « Les anciens » fournit des enseignements sur l’utilité des vieux dans une société car « la jeunesse est un arbre qui pousse sur le terreau que constituent les vieux » Le conte « La petite fille désobéissante » montre l’utilité d’écouter ses parents et autres personnes âgées. En effet, la désobéissante Karitio refuse le conseil de son père. Pourtant « la mère poule ne donne rien à  son poussin qui lui soit nuisible ». Son refus d’écouter les conseils de son père lui vaudra la prison et bien de mésaventures. D’un conte à  un autre, C’’est la voix de la sagesse qui résonne en écho. Le rôle du griot dans la société, ce que pensent les différentes ethnies les unes des autres, le vol sont autant de sujet abordés au fil du recueil. Le conte comme miroir de la société Une version de la légende de Moriba Yassa, le paresseux est livré. Le texte éponyme de l’œuvre nous donne la conception du travail de la société traditionnelle. Cette société n’admet pas l’oisiveté, la paresse. En effet, Moriba est atteint d’une paresse maladive que la société ne peut accepter de peur de voir d’autres jeunes lui emboiter le pas. Le conseil des sages décide de le chasser du village. Seul, vivant dans la brousse, Moriba n’eut plus de vêtements. C’’est alors qu’il se confectionne des vêtements à  base de feuilles d’arbre. Dans cette brousse qui ne le refuse pas, il devint un devin. Car au passage des femmes qui lui expliquaient leurs problèmes, il donnait toujours des solutions futures qui se réalisaient. Il eut une grande réputation et, du coup, fut très sollicité. Les femmes promettaient que si leurs vœux se réalisaient, elles viendraient danser « le Moriba yassa, yosso yassa », onomatopée de la démarche et du bruit des feuilles que portait Moriba. Ce conte s’inscrit quelque part dans la philosophie du bon sauvage de Rousseau. La civilisation est corrompue, Moriba se sent libre de toute contrainte dans la brousse o๠il n’établit aucun programme, laissant la vie tout faire. Loin de l’hypocrisie et de la bêtise humaine. Le conte livre également une philosophie parfois ambiguà« de la liberté : la vraie liberté ne s’accommode pas avec la vie en société. Cette pensée n’est pas sans rappeler la conception de la liberté de Jean Paul Sartre. Ce recueil de conte confirme davantage que la sagesse réside dans le bon usage de la tradition. N’Tji Idriss Mariko est à  la fois professeur de Lettres et l’un des derniers gardiens de notre tradition. Ces deux aspects se sentent aisément dans l’œuvre : elle est écrite dans une langue simple, limpide, accessible, et transmet des éléments essentiels de notre culture. Même si, comme le dit l’auteur, la puissance de la voix et les gestes ne peuvent être matérialisés sur du papier.

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