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Veille de Ramadan : les Marchés sous pression

La communauté musulmane entame demain ou après-demain, un long mois de carême. Cette année, le mois sacré de Ramadan tombe en pleine saison des pluies. Ce qui devait rendre le jeun plus supportable grâce à  la fraicheur que les ondées vont apporter. En revanche, cet avantage risque d’être contrebalancé au niveau des prix des céréales et d’autres produits, l’hivernage se présentant comme la période de soudure. Comme tous les ans, le mois de Ramadan pèse fortement sur les bourses des ménages. Il faut s’approvisionner en riz, mil, sucre, lait, huile. Très utilisés pendant cette période, ces produits de première nécessité font l’objet de diverses spéculations. Parfois, leurs prix montent en flèche. Cette année, la tension sur ces produits se dessinait déjà  depuis quelques mois. Les prix du sucre blanc, du lait et de l’huile ont subi et continuent de subir des fluctuations. Seuls ceux du riz connaissent une certaine stabilité. Les prix peuvent de surcroit varier d’un quartier à  un autre. Ces variations ne concernent d’ailleurs pas que les produits de première nécessité. Elles englobent même les fruits et légumes. Pour limiter la spéculation sur les prix, le gouvernement, comme il l’a toujours fait ces dernières années, a pris un certain nombre de mesures par l’entremise du ministère en charge du commerce. Ainsi, depuis près de 5 mois, le département a mobilisé les opérateurs économiques pour les inciter à  importer d’importantes quantités de produits de première nécessité. Stocks de sucre Selon les statistiques de la direction nationale du commerce et de la concurrence, aujourd’hui, la quantité de sucre disponible sur le territoire national est estimée à  31.437 tonnes. Il y a une semaine, la disponibilité en sucre était estimée à  28.043 tonnes. Le stock entreposé au niveau des usines de Sukala (12.617 tonnes) afin de soutenir les importations pendant cette période, a été mis sur le marché. Mais les stocks potentiels sont passés de 50 130 tonnes la semaine passée à  46.286 tonnes cette semaine, soit une baisse de 7,67. Les stocks dans les différents ports de transit sont estimés à  14 849 tonnes et 2.873 tonnes sont sous douane. Ces chiffres attestent qu’en terme de disponibilité, il n’y a pas de souci à  se faire. Les risques de pénurie s’éloignent d’autant. Malheureusement, cette assurance ne se répercute pas sur les boutiques de quartier et les marchés bamakois o๠l’écart entre les prix est parfois considérable. Ainsi si, par exemple, au marché Dabanani, le kilogramme de sucre est vendu entre 550 et 600 Fcfa, il faut débourser 650 Fcfa pour la même quantité de sucre au marché de Banankabougou. A Niamakoro et Niamana, le kilo du sucre grimpe même jusqu’à  700 Fcfa. Quant au riz, le prix moyen (toutes catégories confondues) est resté pratiquement stable à  entre 346 et 450 Fcfa kg, selon la qualité. Pour un besoin de consommation estimé à  près 64 000 tonnes, le stock disponible est 137 712 tonnes, dont 62741 stockées aux différents ports. En ce qui concerne le lait en poudre, les prix varient entre 2 200 et 3000 Fcfa le kg selon la qualité. Youssouf Sylla, un commerçant détaillant au marché de Dabanani, explique : « Il y a deux mois, le lait nous était cédé par les grossistes entre 2000 et 2 200 le kg. Mais aujourd’hui, nous achetons chez les grossistes le lait dans une fourchette comprise entre 2 500 et 2700 le kg. Alors, nous aussi nous sommes obligés de le revendre à  un prix plus élevé pour ne pas perdre ». UNE COMMISSION DE SURVEILLANCE. Le directeur national du commerce et de la concurrence, Mahamane Assoumane Touré, relève que si le marché est déjà  assez bien approvisionné, d’autres dispositions sont prises pour que les importations ne soient pas interrompues. « En partenariat avec le Conseil national des prix qui regroupe les importateurs, les détaillants, les associations de consommateurs, l’Etat, nous avons fixé des prix pour les produits de grande consommation tels le riz, le sucre, l’huile et le lait. Pour ce concerne particulièrement le sucre, le prix au niveau des grossistes a été fixé à  515 Fcfa le kg. Les détaillants doivent vendre à  550 Fcfa ». Pour s’assurer du respect de cette disposition, explique le patron de la DNCC, le conseil a installé une commission de surveillance pour contrôler les prix. Par ailleurs, la douane a été sollicitée pour empêcher que les produits de première nécessité soient exportés vers d’autres pays de la sous-région. Mais en plus des trois produits les plus demandés pendant le mois de Ramadan (sucre, lait, riz), le conseil national des prix devrait garder un œil sur d’autres produits comme les fruits et légumes qui font actuellement l’objet de flambées : oignon, tomate, pommes de terre et autres condiments. Les vendeuses de condiments ne semblent plus pouvoir se retenir. Ainsi le kilogramme d’oignon est proposé à  un prix compris allant de 700 à  750 Fcfa le kilogramme selon les quartiers. La même tendance à  la hausse est observée sur la tomate (voir l’Essor du 7 juillet), la pomme de terre, le chou, la carotte, le poivron, le persil. Le prix de l’ail a doublé en l’intervalle d’un mois. Le kilogramme de ce produit est vendu actuellement à  3000 Fcfa contre 1500 Fcfa, il y a encore quelques semaines. Mais la seule tentation de la spéculation n’explique pas cette hausse généralisée des prix des légumes. La période joue aussi. Les vendeuses de condiments expliquent (à  juste raison) que d’une manière générale, les légumes se raréfient. « Non seulement ils sont rares, mais ils sont de moins bonne qualité et coûtent cher. Cela deviendra encore plus compliqué avec le Ramadan o๠la demande en légumes explose. l’offre n’étant pas au rendez-vous…», confie une vendeuse de condiments au célèbre marché Wonidah à  Bozola. Comme par un effet d’entrainement, le poisson frais n’échappe pas à  la pression. Mme Sidibé Assan Cissé témoigne : « Il y a deux semaines, la carpe fraiche était vendue entre 2000 et 2250 Fcfa le kg et le capitaine frais entre 2500 et 2750 Fcfa/kg. Aujourd’hui, il faut 2500, voire 2750 Fcfa pour s’offrir un kg de carpe. Le prix du capitaine est compris entre 3000 et 3500 Fcfa par kg. Le poisson fumé communément appelé « tiècouroulé » a vu le prix de son kilogramme passer de 2000/2500 Fcfa, il y a quelques semaines, à  3000/3500 Fcfa aujourd’hui. Si la tendance continue, nous n’allons plus consommer de poisson », ironise cette ménagère. Ainsi vont les marchés à  Bamako en cette veille de Ramadan. Il faut espérer que les dispositions prises par les autorités en charge du commerce permettront de maintenir les prix à  des niveaux raisonnables. Une gageure ? Peut-être.

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