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Mariam DIALLO-DRAME : « La jeunesse n’attendra pas demain pour développer le continent ! »

Des yeux de biche, un regard franc, Mariam Diallo-Dramé est une femme de conviction. A 29 ans, elle dirige l’association AFLED pour la participation active des femmes à  la vie Publique et politique et travaille parallèlement pour le réseau International «Â I Knows Politics, » dont elle gère la branche Afrique. Il n’en fallait pas d’avantage pour faire partie des 125 délégués venus de 47 pays et qui ont rencontré Barack Obama le 3 Août à  Washington. Une rencontre à  l’initiative du département d’état Américain et visant à  mobiliser de jeunes leaders Africains pour impulser une dynamique de changement sur le continent Africain. A Accra lors de son discours, Obama l’avait prêché : «Â l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais d’institutions solides ». Avec la jeunesse en prime pour la diriger. Et C’’est à  cette jeunesse que Mariam s’adresse aujourd’hui. Le Groupe ATT Tout a commencé au Groupe ATT, au lycée. Mariam et ses camarades écoliers initient ce groupe, pour mener des actions de plaidoyer et de terrain en faveur des défavorisés de la vie. «Â A l’époque, nous étions très précoces, et plein de revendications. J’ai toujours été sensible à  mon environnement, aux autres, aux droits des enfants, au rôle actif que pouvait jouer la jeunesse dans la vie publique », juge t-elle sans fards. Nous voulions changer les choses autour de nous. Ce groupe deviendra plus tard, le fameux Parlement des Enfants du Mali, une institution reconnue avec des statuts et un président élu chaque année. Mariam elle a été la 2è présidente du Groupe ATT. Déjà  son engagement politique se manifestait. Parmi les actions phares, l’obtention d’un terrain grâce à  l’ex président Alpa Oumar Konaré et qui deviendra La Cité des Enfants de Bamako. Le Sidaction Show, une initiative visant à  sensibiliser sur le VIH Sida, tout en célébrant la journée mondiale du SIDA, avec en prime la distribution de préservatifs dans les lycées, mais aussi des campagnes de vaccination contre la Poliomyélite. Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années On dit qu’aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années. Cela est juste pour Mariam qui après le bac, choisit de faire des études de Droit en France à  Evry. Elle tiendra 2 ans : «Â Je me suis rendue compte que le droit n’était pas fait pour moi ». Elle s’envolera ensuite pour le Canada en 2002, et obtiendra Bachelor en Sciences Politiques à  l’Université de Montréal : «Â  Les sciences politiques mènent à  tout, et offrent une solide capacité d’analyse des choses, je me suis spécialisée dans la communication politique, dans les comparatifs entre pays et surtout, J’aimais beaucoup la philosophie… ». Retour au pays natal en 2005. Le choc fut immense. Si elle organise son mariage la même année, Mariam est confrontée au chômage des jeunes. «Â  Malgré toutes mes actions de terrain avec le groupe ATT et les relations développées, je n’avais pas de boulot, avec mon diplôme ( Un Bachelor = Bac +4). «Â  J’ai tout fait, des stages, de l’intérim, en alternant les périodes de galère avec la maison. A l’époque pas moyen d’avoir du boulot, même avec les relations…» Loin de se décourager, la jeune malienne continue ses actions et sert de mentor aux jeunes du Parlement des Enfants. En 2008, naà®t son premier enfant, un garçon, et puis tout se met soudain à  changer. Par une simple recherche d’emploi sur Internet : «Â Tous les jours, je consultais Malipages.com, les offres d’emploi et je suis tombée sur deux propositions». Mariam choisira alors de travailler pour le réseau «Â I Know Politics «Â , au lieu de l’ONG internationale Save the Children, pour laquelle elle avait une préférence. Le destin fera le reste, sa patience récompensée. Le réseau I Knows Politics Il vise à  promouvoir la participation des femmes dans la vie politique et publique ! Dans ce réseau international, Mariam Diallo, épouse Dramé, est la responsable Afrique. Son regard est lucide sur la situation de la femme malienne : « Une faible participation dans la vie politique, due à  des critères anticonstitutionnels, elles sont aujourd’hui 15 députés sur 147, avec 7 ministres femmes dans le gouvernement actuel, C’’est trop peu ! » Alors comment réussir cette émancipation dans un pays conservateur comme le Mali ? « Vous savez, l’émancipation, peut se réussir en conjuguant avec les traditions, la question est de savoir comment produire cette femme Africaine émancipée, qui prend en compte ses valeurs sociétales. Mais je trouve les femmes dynamiques au Mali . Et d’évoquer les associations de la place, la CAFO, le groupe Pivot, la Cofem etC’… ». Femmes et leadership « On veut être émancipée, mais les choses sont mal présentées. Il faut rassurer l’homme dans son rôle et ne pas l’exclure. Voilà  l’un des combats de Mariam, redonner à  la femme toute sa place au foyer comme dans la vie professionnelle, alors qu’elle estime que 98 jours de congé de maternité, C’’est trop peu pour les Maliennes. Et d’évoquer la difficulté à  gérer les deux fronts, mère et femme professionnelle. C’’est sans doute pourquoi, elle a crée sa propre association, AFLED « L’association Femme leadership et développement ». «Â Je me suis dit qu’il fallait aider ces femmes avec des lacunes, insister sur leur parcours, l’école, les initier aux Nouvelles technologies, les aider à  travailler au développement de leur communauté et bien sûr les intéresser davantage à  la vie publique ! Mais je précise que les femmes émancipées ne doivent pas rester seules, ça nous ressemble pas en Afrique ça ! » Et ses modèles alors ? Elle cite d’emblée Hillary Clinton, qu’elle a rencontré à  Washington. Une femme d’une intelligence rare, courageuse, avec un engagement politique et qui malgré les épreuves, ne s‘est jamais laissée abattre. Cette dernière leur a d’ailleurs affirmé «Â Qu’il était impossible pour un pays de se développer sans tenir compte de 50% de sa population, à  savoir les femmes. La jeunesse n’attendra pas demain pour développer le continent ! C’’est un peu le message qu’a souhaité adresser le président Américain Barack Obama, aux Jeunes leaders Africains réunis le 3 Août à  Washington. «Â Nous étions 125 délégués venus de 47 pays, raconte Mariam les yeux brillants, nous avons visité le Musée Africain de Washington, puis le département d’état, dans l’aile Est de la Maison Blanche, avant de rencontrer Hillary Clinton». Au programme, des discussions de groupe, des rencontres avec des spécialistes sur l’importance de la participation à  la sphère politique. Mariam était dans le panel Jeunesse et Démocratie. Ensuite, Barack Obama apparaà®tra décontracté dans le Town Hall. Pendant près d’une heure et demie, il posera des questions aux jeunes délégués, affirmera la volonté des Etats -Unis à  accompagner les jeunes pour apporter des changements sur le continent. Un partenariat gagnant-gagnant, pour ce fils d’un Kenyan et d‘une mère blanche. A la fin les délégués du Kenya lanceront : «Â Youth WE CAN » ! Ou Jeunesse peut ! «Â  Les Leaders Africains sont décidément trop vieux ! », ajoute Mariam. Barack Obama nous a en quelque sorte donné sa parole à  Washington, sur sa vision de la jeunesse Africaine pour les 50 prochaines années à  venir…et la première des choses ici en Afrique, est de mettre cette jeunesse en confiance, d’appuyer ceux qui veulent s’engager en politique et dynamiser le partenariat Jeunes et Aà®nés ! Moi je pense sincèrement ce ne sont pas les femmes qui ont le plus de problème au Mali, mais les jeunes ! ». Ils étaient de la société civile, avocats, jeunes entrepreneurs, directeurs d’écoles du continent à  participer à  cette rencontre de Washington : «Â En sortant de là , conclut Mariam Diallo, je suis consciente de la chance que J’ai eu et je n’ai qu’une envie, me surpasser, parce qu’avec les jeunes tout est possible ! Il faut juste travailler pour ça… ». Et Mariam se souviendra longtemps de cette voix qui lui a soufflé à  Washington : «Â Vous n’êtes pas les leaders de demain, mais d’aujourd’hui ! »

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