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Chronique du vendredi : Quel bilan pour cinquante ans de culture ?

On parle donc de cultures. Et d’emblée, on peut dire que premier grand résultat de notre politique culturelle, en dépit des oscillations, C’’est bien d’avoir protégé cette diversité, même quand l’Etat central se heurtait à  ce qui, à  l’époque, était qualifié d’irrédentisme et non d’aspiration à  la décentralisation. Les semaines de la jeunesse ou les biennales artistiques étaient, avec les internats des écoles, le creuset d’une nation nouvelle unie et diverse mais dont la diversité ne contrariait pas l’unité. En soi, cette idéologie du brassage n’a pas rencontré d’obstacles. La preuve se trouve un peu dans le mouvement d’ensemble auquel la jeunesse était si fière de participer sous la direction de Mani Djénépo, une des illustrations imposantes d’une époque admirablement volontariste avec des produits emblématiques. Banzoumana Cissoko, Fanta Damba, Mokhontafé Sacko et l’inusable Tata Bambo, entre autres, tous tendus vers le seul rayonnement du Mali, complices conscients ou involontaires d’un leadership qui comprenait bien le rôle de levain de la culture pour une nation en construction. Le changement de régime à  partir de 1968 ne mettra pas en cause les grands équilibres mais les semaines de la jeunesse feront place aux biennales artistiques culturelles et sportives. La période produira ses icônes même s’ils seront le produit du show-biz en balbutiement que les bébés-éprouvettes des labos d’Etat. C’’est durant aussi cette ère de parti unique que l’ensemble instrumental national et les ballets nationaux connaà®tront leur apogée mais aussi leur déclin. Vingt trois ans, il faut le dire, peuvent avoir raison de toute forme de résilience quels que furent les dédicaces de grands patriotes comme Massamou Wélé Diallo ou Harouna Barry. On déplorera aussi de cette période, la carence d’une politique du livre de la part de l’Etat. N’eut été la résistance d’un noyau d’intellectuels autour de la coopérative Jamana, l’édition aurait été un trou noir. Le péril sera-t-il conjuré plus tard, avec l’avènement de la période démocratique ? Ni pour la musique, ni pour le livre, on ne peut se prosterner devant les réalisations de l’Etat. La vague pluraliste qui balaya l’Afrique dans les années 1990 avait tracé ses grandes orientations et ses conditionnalités. l’Etat organise et régule, mais il laisse libre cours à  l’initiative privée et à  la loi du show-biz. Couveuse et pouponnière de temps à  autre, mais pas question d’être un auspice. Evidemment, la stratégie ne manquera pas de résultat. Les plus grands ambassadeurs de notre pays datent de cette période libérale. La création artistique, notamment musicale, est sans commune mesure avec le passé. La stylisation de notre art, encore perfectible, est lancée. Nous dansons de plus en plus « malien » dans les night-clubs. Quatre Grammys, Ali Farka deux fois, Toumani Diabaté, Mamadou Diabaté, un Salif Keita au sommet de son art et de la célébrité, Oumou Sangaré qui est peut-être la femme du cinquantenaire, Amadou et Mariam, Rokia Traoré, la liste est loin d’être close, sont autant d’astres qui défendent les couleurs nationales. Mais qui doivent tout à  eux-mêmes, au flair des managers et à  l’audience captive d’une Word Music qui, ceux qui la dénoncent ont raison – peut conduire à  la désincarnation des cultures nationales. l’apport de l’Etat est donc de savoir organiser la résistance sociale, imposer « l’exception culturelle ». Le choc entre l’individu et la collectivité, en somme. La partie n’est pas gagnée, ne nous leurrons pas. Top Etoiles et Maxi Vacances ne sont pas des digues suffisantes à  cet égard. Surtout, si pour plaire, elles doivent reproduire la gestuelle du coupé-décalé, les singeries du dombolo ou les saccades étranglées du hip-hop. La culture est le levain de la nation. Et pour la nation, le rendez-vous avec le journal télévisé national doit être un grand moment. Or C’’est le moment que choisit notre jeunesse pour zapper sur Trace TV. C’’est tout dire.

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