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Mamadou Konaté (1897-1956) : Le premier vice-président noir de l’Assemblée nationale française

l’Afrique ne devra son bonheur qu’à  ses seuls fils conscients Né à  Kati en 1897, Mamadou Konaté se destina tout de suite à  l’enseignement. Brillant élève de l’école normale William Ponty (Sénégal), il devait consacrer toute sa carrière à  l’enseignement au Soudan(actuelle république du Mali. Nommé instituteur, il enseigne dans différents établissements du Soudan (Bafoulabé, Matina, Kolokani). La renommée qu’il acquit dans ses fonctions et l’aptitude pédagogique dont il fit preuve lui valurent d’être appelé à  la direction de la grande école régionale de Bamako, charge qu’il occupa pendant treize années consécutives. Entre 1919 et 1946, Mamadou KONATE est maitre d’école. Il avait compris que le rôle de l’instituteur n’était pas seulement d’enseigner et d’éduquer les enfants, mais aussi et surtout d’éclairer, guider et défendre les hommes et son pays dans le cycle normal de l’évolution du temps. Il disait souvent que tout homme, quel qu’il soit, s’il mésestime sa propre valeur, et celle de son milieu, restera la proie des dures épreuves. Et parlant de l’intellectuel Africain, il déclarait avec conviction que ce dernier ne méritera pas la patrie s’il n’emploie son savoir qu’à  la recherche d’un salaire, d’un prestige. Il aimait beaucoup prophétiser que l’Afrique ne devra son bonheur qu’à  ses seuls fils conscients de ses multiples forces inexploitées : forces des hommes, forces de la société, forces de ses terres, de ses eaux et de son soleil ardent ! Aussi, il crée le syndicat des instituteurs de Bamako, dont il est longtemps le secrétaire général. Le cercle de sa renommée s’élargit, et ses compatriotes le poussent bientôt à  accepter d’autres responsabilités, au conseil général de Bamako et au grand conseil de l’Afrique occidentale française (AOF). La seconde guerre mondiale ébranle une nouvelle fois les fondations du pouvoir colonial français – le Soudan fournit vivres, soldats, argent en quantité – et la montée du mouvement nationaliste se poursuit. L’US-RDA, le bloc soudanais Brillante élite occidentalisée, Mamadou Konaté est le prototype des nouveaux leaders de ce mouvement, à  l’instar d’un autre enseignant plus jeune, Modibo Keita, qui sera Président de la République autonome du Soudan de 1960 jusqu’en 1968, date à  laquelle il sera renversé par Moussa Traoré. En 1945, Mamadou Konaté et Modibo Keita fondent le Bloc soudanais. L’année suivante, ce mouvement devient, sous le nom d’Union soudanaise, une section d’un grand mouvement fédéral, le Rassemblement démocratique africain (RDA).Le congrès constitutif de ce mouvement, animé principalement par le leader ivoirien Houphouà«t-Boigny et par Modibo Keita, se tient à  Bamako le 18 octobre 1946 et rassemble 800 délégués venus de l’AOF et de l’AEF En 1951 et en 1956 Mamadou Konaté fut réélu au parlement, preuve incontestable de la confiance de ses concitoyens. Président du groupe rassemblement Démocratique Africain et membre de la commission de la France d’Outre Mer à  l’Assemblée Nationale, il était également membre depuis leur création du conseil général du Soudan et du grand conseil de l’AOF ; il occupait au sein de ces assemblées une place du premier choix pour le plus grand bien des problèmes intéressants la vie de la fédération. Consciencieux, travailleur, honnête, soucieux d’efficacité plus que de vain tapage ou de gloriole personnelle, il s’était rapidement acquis au sein du parlement français une autorité morale de tout premier plan. Jeudi 10 mai 1956, à  la veille de la plus importante fête annuelle des musulmans, il est mort, à  Bamako. Exemple de droiture, de loyauté, d’honnêteté, il avait du devoir un sens particulièrement élève, il était de ceux pour qui « servir» n’admettait pas de restrictions. Assemblée nationale française A l’Assemblée nationale, o๠Mamadou Konaté siège à  l’UDSR, il est nommé membre de plusieurs commissions : celle de la marine marchande et des pêches et celle des moyens de communication, mais aussi à  deux autres qui lui tiennent particulièrement à  cour : la commission des territoires d’outre-mer et celle de l’éducation nationale.En effet, la plus grande partie de son activité et de ses interventions est consacrée à  l’organisation du travail et de l’enseignement dans les territoires d’outre-mer. Il invite par exemple le gouvernement, en août 1947, à  mettre fin à  la constitution obligatoire de greniers de réserves en AOF ; le 23 février 1950, il dépose une proposition de loi tendant à  instituer un Code du travail dans les territoires d’outre-mer, proposition de loi qu’il défendra à  la tribune à  plusieurs reprises, y compris dans la seconde législature ; quelques jours plus tard, il dépose une autre proposition de loi tendant à  la création d’un  » cadre unique  » du personnel des chemins de fer d’AOF. Il prend souvent la parole, sur ses sujets de prédilection – coordination de l’enseignement en AOF, budget destiné à  l’outre-mer -,mais aussi sur la politique de la France dans ses colonies : ainsi lors des discussions relatives aux événements de Madagascar en mai 1947, ou lorsqu’il interpelle le gouvernement sur l’attitude de l’administration lors des élections au Soudan et au Niger et des événements sanglants de Boromo (26 juin 1948). Le 2 janvier 1956, sur un collège unique qui a continué à  croà®tre (plus d’un million d’inscrits), la liste d’Union soudanaise de Mamadou Konaté, forte de 215 419 des 433 029 suffrages exprimés, remporte cette fois deux sièges sur les quatre à  pourvoir, et Modibo Keita est élu aux côtés de Mamadou Konaté. Retrouvant le Palais-Bourbon, ce dernier connaà®t un moment de gloire, puisqu’il est nommé vice-président de l’Assemblée nationale. Malheureusement, il n’aura pas le loisir d’exercer son troisième mandat très longtemps : nommé membre de plusieurs commissions, il a le temps de déposer le 20 mars 1956 une proposition de loi portant suppression des sociétés indigènes de prévoyance dans les territoires relevant du ministère de la France d’outre-mer, mais son état de santé décline soudainement : il est soigné sans grand espoir à  l’hôpital Saint-Antoine, puis rapatrié à  Bamako o๠il décède le 11 mai 1956. Le président de l’Assemblée nationale aura ces mots lors de l’annonce de cette triste nouvelle en séance, quatre jours plus tard :  » Mamadou Konaté appartenait à  ces élites que la France a su former partout o๠flotte son drapeau et sur lesquelles elle est en droit de compter pour réaliser une véritable Union française. Sa présence au fauteuil présidentiel, comme l’avait souligné si justement notre collègue M. le chanoine Kir, était plus qu’un symbole. « 

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