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Daniel Kelema, directeur national de l’Agriculture: « Nous n’avons pas atteint nos objectifs à 100% »

Journaldumali.com : Bonjour M. le directeur. Avec vos collaborateurs, vous avez effectué, récemment, des missions à  l’intérieur du pays pour évaluer l’évolution de la campagne agricole. Quels enseignements en avez-vous tiré ? Daniel Kelema : Merci de me donner l’opportunité de parler de la campagne 2010-2011. En fait, c’est la partie hivernage de la campagne qui tend vers la fin. Il faut dire que cette campagne a commencé de façon précoce comparativement à  l’année dernière. C’est pourquoi les récoltes ont commencé plus tôt par endroit. Depuis le mois d’avril, les premières pluies ont été enregistrées surtout dans la partie sud du pays. Les mois de juillet, aout, septembre ont connu une pluviométrie abondante régulièrement répartie dans le temps et l’espace. La particularité de cette campagne c’est qu’au-delà  de la bonne pluviométrie, nous n’avons pas enregistré de phénomène de déprédateurs comme les autres années. Nous n’avons pas connu cette année d’invasion de criquet, sautereaux ou autres chenilles. Il n’y a pas eu non plus d’affluence d’oiseaux granivores sur les récoltes. L’office de protection des végétaux a mené des opérations préventives qui nous ont permis de nous prémunir contre les oiseaux granivores. S’agissant de la campagne en elle-même, la cellule de planification et de la statistique est à  pied d’œuvre pour tirer le bilan et déterminer le niveau de production. Par contre, la direction nationale ne produit pas de statistiques. Elle est plutôt chargée du suivi de l’évolution des superficies emblavées sur le terrain pour pouvoir informer sur les tendances de la campagne. Au stade actuel des choses, avec les récoltes en cours, la cellule de planification travaille dans le but de produire une estimation sur la production agricole. En termes de superficie, cette année, elles ont augmenté pour l’ensemble des cultures. C’’est vrai qu’on n’a pas pu atteindre tous les objectifs qu’on s’était assigné. Concernant les céréales, les objectifs sont atteints à  98%. Nous avons aussi atteint les 4millions d’hectares de superficies emblavées. 85 000 hectares ont été perdus. Journaldumali.com : Quelle a été la politique menée pour que l’acheminement des intrants et même le choix des fournisseurs ne constituent plus un problème ? Daniel Kelema : Quand on parle d’intrants, pour nous, il s’agit des semences et engrais, et même des pesticides. Sur ce plan, il n’y a pas eu de problème cette année. Mais C’’est surtout l’utilisation de semences améliorée qui nous intéresse. En 2008, les semences du riz Nérica avaient posé beaucoup de problèmes, car elles n’étaient pas disponibles en quantité suffisante. Mais cette situation a été très vite corrigée pendant la contre saison, o๠nous avons pu doter tous les producteurs de semences. Il faut également dire que beaucoup de producteurs se sont spécialisés dans la production de semences (maà¯s, riz, sorgho…). En tous cas, actuellement, on ne peut parler de crise de semence. A présent, certaines coopératives semencières en détiennent même des stocks. Pour faciliter l’accès à  des semences de qualité, l’Etat avait subventionné à  50% les semences du riz nérica, du sorgho…. Nous avons pu mettre à  la disposition des producteurs 10 tonnes de Niébé, et près de 6 tonnes de nouvelles variétés de sorgho. Plus de 300 tonnes de nérica ont été également subventionnées. Concernant les engrais, C’’est vrai qu’il y avait toujours des problèmes de coordination pour notamment l’acheminement. Mais, nous sommes à  la deuxième campagne et nous tirons les enseignements des erreurs passées. Le Gouvernement a décidé de changer de fusil d’épaule, en décidant de la libéralisation du marché des engrais. Le marché des engrais est donné à  l’ensemble des opérateurs économiques fournisseurs d’engrais au Mali. La caution technique est le système mis en place par l’Etat pour matérialiser sa subvention. Ainsi, les producteurs qui veulent bénéficier de la subvention doivent de se doter de la caution technique, sur la base de laquelle, ils sont systématiquement ravitaillés par les fournisseurs. Le sac d’engrais est ainsi cédé à  la modique somme de 12 500 F cfa. Ce qui a permis que les besoins en engrais des producteurs soient couverts à  80%. Journaldumali.com : Parlant de la mise en application de vos objectifs au titre de la campagne 2009-2010, quelles sont les difficultés auxquelles vous avez été confrontés ? Daniel Kelema : En termes de difficultés, par endroit, il y a eu quelques poches de sécheresses. Mais avec l’opération de pluies provoquées, cet aspect a été considérablement atténué. Aussi, il faut ajouter que la forte pluviométrie a provoqué des cas de noyades des cultures par l’eau. Il faut ajouter à  cela le fait que, quand il pleut beaucoup, les travaux d’entretien deviennent difficiles. Par ailleurs, le temps des récoltes risque d’être prolongé, à  cause des pluies qui ont continué jusqu’en novembre. Un des grands défis auxquels nous faisons face C’’est la commercialisation. Nous sommes en partenariat avec certaines structures dont notamment le PAM qui d’ailleurs est intéressé par la production en vue de ravitailler les zones disposant de cantines scolaires. Par rapport à  la commercialisation et la transformation des produits, je demande au secteur industriel malien à  s’y investir beaucoup pour que nous puissions importer moins de produits alimentaires. Journaldumali.com : Quel appel lancez-vous à  l’endroit de la population dont notamment les jeunes qui, pour la plupart, sont réticents vis-à -vis de l’agriculture ? Daniel Kelema : C’’est vrai ! Nombreux sont les jeunes à  penser que l’agriculture C’’est pour ceux-là  qui n’ont jamais été à  l’école. Sur ce plan je crois qu’il faut arriver à  une reconversion des mentalités. Je pense qu’aujourd’hui, l’Agriculture n’est plus ce que les gens pensent. En tous cas, tout ce que l’on est en train de constater sur le terrain prouve le contraire. En effet, l’agriculture est un secteur porteur, dont les plus hautes autorités veulent faire le moteur de l’économie. Je demande donc à  l’ensemble de la population malienne, notamment aux jeunes, de ne pas hésiter à  embrasser l’agriculture. C’’est un métier qui nourrit son homme. A partir de l’agriculture, on peut parvenir au bien être au même titre que qu’un salarié, ou même plus que ce dernier, si l’on opte pour une production intensive et rationnelle. Je crois que la jeunesse, avec le niveau d’instruction qu’elle a, peut faire tache d’huile dans ce secteur. C’’est pourquoi le Gouvernement a d’ailleurs facilité les conditions d’accès aux terres en attribuant, sur chaque superficie cultivable ménagée, 10% aux jeunes et aux femmes. J’invite donc les jeunes à  y aller !

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