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Afrique :  » On ne perd pas une élection qu’on organise ! « 

«Â On ne perd pas une élection qu‘on organise ! » Dixit Omar Bongo, qui doit se retourner de joie dans sa tombe. Blaise Compaoré, président du Burkina Faso depuis près d’une vingtaine d’années, vient de se succéder à  lui-même et dès le premier tour avec 81 % des voix . En faisant une belle allégeance au dicton de Papa Bongo ! C’’est donc ce qui s’appelle «Â  se succéder à  soi même ! ». Sans contestations, ni fraudes, ni reports d’une hypothétique Commission électorale, qui, ici n’a pas lieu d‘être. Pour un médiateur Africain, la chose s’est déroulée sans incidents ! Pourquoi pas ? Le scénario se répète donc. Tout fut bien calibré, l’annonce de briguer un nouveau mandat… à  vie, pour un homme politique qui a installé depuis des années son appareil d’état, s’est entouré des plus fidèles et tient le destin des Burkinabé, réputés travailleurs mais bons vivants, dans ses mains. Il développerait donc le pays, le désenclaverait, le moderniserait, et lutterait même contre la corruption jadis décriée par Sankara : «Â Je peux en témoigner, décrit Mariam, lors d’une infraction routière, en évoquant une amende d’un policier dans un carrefour de Ouaga. Pas moyen de négocier, ni de faire un arrangement, l’affaire sera réglée au commissariat central o๠l’on pourra récupérer son permis après avoir payé ! ». Blaise, C’’est notre assurance pour le futur, avait-elle déclaré à  l’époque du Fespaco 2009. Nous sommes donc au pays des Hommes Intègres, jadis dirigé par l’intrépide capitaine Thomas Sankara, un homme à  la verve agitée, un agitateur de consciences occidentales, un ennemi à  abattre. Et cela fut fait, avec la complicité du frère, du compagnon d’arme, qui aujourd’hui apparaà®t comme un homme de consensus, un faiseur de paix, un médiateur largement écouté, une sorte de dauphin d’Omar Bongo; Mais on ne construit pas sa légende sans se salir les mains. Blaise Compaoré va-t-il mourir au pouvoir ? La question mérite d’être posée. Si Blaise Compoaré avait perdu le pouvoir, qu’adviendrait-il des casseroles laissées sur le chemin, des cadavres dans les placards, des fantômes du passé ? Non ! Ne point y penser ! Il vaut mieux gouverner avec sagesse, entretenir son image, éventuellement servir de conciliateur, dominer les masses. Le passé, se réglera plus tard, lorsque la terre sera la compagne éternelle, car si nul homme est immortel, son aura reste, mais aussi ses actes. Des actes que réitéront des héritiers, des descendants, des militants, des épouses au coeur jamais cicatrisé. Afin que jamais, les « héros » ne tombent dans l’oubli. Mais Blaise Compaoré, l’homme étonne, par un mélange de froideur, mais aussi de chaleur, dont on ne sait pas trop d’o๠elle vient. J’ai eu l’occasion de serrer la main à  ce « repenti »! Lors du plus grand festival de cinéma Africain. Il ne s’en souviendra pas mais moi si. Dans les jardins sublimes du palais de Ouaga 2000, il s’est dirigé vers moi avec un sourire et m’a tendu la paume. Emotion, J’ai timidement répondu, avant de me dire : «Â Mince, aurais-je serré la main d’un assassin ? ». Cet instant fut pourtant de courte durée, puisque nous retournâmes à  la fête ! Celle du cinéma. Dans d’autres contrés pas loin, en Côte d’Ivoire, en Guinée, il y a morts d’hommes et affrontements ! Dans l’ex Haute Volta, rebaptisée Burkina Faso, une élection vient de se clore sans incidents. Ainsi va la démocratie à  l’Africaine.

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