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Procès de Hissène Habré: devoir de justice?

Hissène Habré va enfin être jugé. L’ancien président tchadien, exilé au Sénégal depuis 1990, passera devant ses juges dès le début de l’année prochaine. Toutes les conditions sont désormais réunies pour ce faire. En effet, après une table ronde maintes fois reportées mais finalement tenue à  la mi-novembre à  Dakar, les donateurs s’engagent pour 5,6 milliards de FCFA. La Commission de l’Union africaine (UA) va débloquer une première enveloppe de un million de dollars américains pour le démarrage du procès de. L’Union européenne a promis deux millions d’euros, la France, l’Allemagne et les Pays-bas devant donner le reste. Me Robert Dossou, le représentant de l’Union Africaine à  la table ronde a rappelé devant la table ronde la position de l’UA selon laquelle, il est impossible d’évaluer à  l’avance le coût de la procédure du jugement de Hissène Habré et que les chiffres annoncés n’étaient que des estimations. Depuis 1990, les victimes du régime Habré réclament ce procès. Leurs représentants ont utilisé toutes les voies possibles pour médiatiser leur combat. Pendant la table ronde de Dakar, des manifestations ont été organisées pour faire pression sur les participants et les pousser à  délier les cordons de leur bourse. Objectif, dire non à  l’impunité et obtenir que le « bourreau de N’Djamena » réponde de ses actes. . Rappelons qu’Hissène Habré est inculpé de crimes contre l’humanité, crimes de guerre et actes de torture. Bien, bravo. Mais encore ? Il me vient à  l’esprit une question que je suppose quelques-uns d’entre vous se posent aussi. La Commission de l’Union Africaine et ses partenaires, ne feraient-ils pas mieux de mettre cet argent à  la disposition des victimes ? Pour qu’elles puissent se reconstruire, scolariser les enfants orphelins, soutenir les veuves ? Je ne dis pas qu’il ne faut pas juger et punir les auteurs d’actes comme ceux reprochés à  Habré. Mais dans le contexte particulier du Tchad, o๠les conditions de vie des populations ne sont pas les plus enviables, n’est-il pas possible de penser autrement l’utilisation de cette manne ? Certes, il est vrai que rendre justice aide les victimes à  aller de l’avant. Mais que leur restera-t-il une fois Habré jugé ? Même s’il est condamné, va-t-il versé des dommages et intérêts aux victimes ou leurs ayants droits ? Je doute même qu’il en ait les moyens. A l’image de Pinochet dont on lui prete le nom tant leurs cursus sanguinaires se rejoignent, il risquerait d’ailleurs de passer l’arme à  gauche, étant donné son âge déja avancé, surtout que personne ne peut dire aujourd’hui combien de temps durera ce procès. Alors après avoir dépensé plus de 5 milliards et demi pour le procès, les défenseurs des droits de l’homme et autres organisations partie prenantes dans cette affaire vont-elles faire preuve du même engagement pour obtenir réparation pour les victimes ? Permettez-moi d’en douter. Le Tchadien Clément Abaà¯fouta, un des habitués des geôles du régime Habré, crie tout haut « haro sur les discours ». Place aux actes, lance-t-il. La plus belle des vengeances des victimes de Hissène Habré ne serait-elle pas de pouvoir continuer à  vivre et s’épanouir en essayant de panser leurs blessures ? Les 5,6 milliards de franc CFA auraient ainsi, à  mon humble avis, un bien meilleur usage…

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