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AQMI au Mali: Il faut maintenant réagir

« Tant que vous n’opérez pas sur notre territoire et que vous restez discret, nous fermons l’œil » Pour moi il est clair qu’ATT a de la bonne volonté, aujourd’hui bien plus qu’hier. Mais trop longtemps, on le sait maintenant, les autorités maliennes ont laissé le champ libre aux terroristes, selon le principe: « Tant que vous n’opérez pas sur notre territoire et que vous restez discret, nous fermons l’œil ». Je comprends tout à  fait le gouvernement malien, qui n’avait jamais auparavant eu affaire aux djihadistes et qui était soucieux de maintenir un fragile équilibre entre souveraineté et quasi autonomie de l’extrême nord du pays. La présence excessive d’une armée malienne, qui est par ailleurs très petite et assez mal équipée, inciterait les Touaregs à  reprendre les armes, pensait-on. Quoi qu’il en soit, les tentatives de dialoguer avec des djihadistes, o๠que ce soit dans le monde, ont, à  part quelques rares redditions de jeunes égarés, complètement échoués. Depuis le début des années 2000, les djihadistes algériens se sont peu à  peu implantés au nord du Mali. Là , ils s’abritaient de l’armée algérienne, étendaient leurs relations et leur emprise sur divers trafics transsahariens; notamment la cigarette, les armes et la cocaà¯ne. D’ailleurs les proportions de ces trafics est telle que, plus en amont, il est impensable qu’il n’y ait pas d’implications de certains dirigeants bamakois. Nombreuses sont les sources qui établissent, plus ou moins directement, du moins quelques « convergences d’intérêts », si non des cohésions entre trafiquants et certains dirigeants. De plus en plus puissants Au fur et à  mesure l’implantation et le pouvoir des djihadistes au Mali-nord sont devenus si forts, qu’ils ne se sentaient plus concernés par l’accord implicite avec les autorités bamakoises. Non seulement leur base est au Mali, mais ils n’hésitent plus d’affronter ouvertement l’état malien. L’attaque contre l’ambassade de France à  Bamako ne sera certainement que le début. J’espère que le gouvernement malien réalise que AQMI n’est ni un groupe mafieux ni un groupe rebelle « classique »; et qu’ils chercheront à  étendre toujours leur emprise sur le territoire. Beaucoup pensent que c’est un problème de la France et « des blancs » seulement. Mais sachez que ce ne sont que des prétextes qui feraient place à  d’autres prétextes si jamais ils parvenaient à  leur objectif annoncé de « libérer le Maghreb islamique des infidèles ». Négocier avec eux est peine perdue! Ils ne connaissent pas la carotte, seulement le bâton. Ce sont des éléments extrêmement dangereux pour l’ensemble de la société malienne et toute la sous-région. Ce qui fait leur dangerosité n’est pas l’armada de pick-up lourdement armés, mais leur idéologie dévastatrice et sanguinaire! Et ils n’y renonceront pas pour de l’argent ou d’autres avantages. Si on leur tend le petit doigt, ils finiront par prendre le bras entier. Seule la répression est envisageable. Le Mali doit faire des efforts Pour différentes raisons, le Mali a été le « maillon faible » dans la lutte contre AQMI, mais il n’est pas dit qu’il doit le rester. Afin d’évoluer, les responsables maliens doivent faire des choix difficiles, mais nécessaires. Tout d’abord il faut saisir la grogne touareg contre AQMI et constituer des groupes d’intervention avec eux. Le principal argument contre « l’armement des Touaregs » est la peur de Bamako de voir les Touaregs faire sécession une fois AQMI éliminé. C’est un risque, mais à  mon avis il n’y a pas de choix. Car au point o๠nous en sommes, le nord est de toute manière hors de contrôle et à  terme le djihadisme menacera l’ensemble du territoire malien. Il est également grand temps que les plus hautes autorités étatiques enquêtent sérieusement sur la collusion de certains de leurs dirigeants avec le narco trafic, et qu’ils n’hésitent plus de l’endiguer massivement. Car les revenus astronomiques du trafic de cocaà¯ne, qui a déjà  d’innombrables effets négatifs sur la société dans son ensemble, permettraient à  AQMI de tenir face à  l’armée malienne! Par ailleurs il faut absolument renforcer la coopération sous régionale et ce de manière inconditionnelle. Il faut désormais agir de manière décidée et concertée afin de ne pas laisser le champ libre aux terroristes qui pourraient transformer la région sahélo-saharienne en un Afghanistan bis.

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