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Ousmne SY, sur l’harmonisation des mandats : « C’est pour divertir le peuple! »

Les Echos : Quel est l’état de santé de l’Adéma/PASJ ? Ousmane Sy : l’Adéma/PASJ se porte de mieux en mieux. Si J’étais médecin, je dirai que sa santé s’améliore de jour en jour. Ce parti a eu un parcours difficile, mais glorieux dont on ne parle pas assez. Un an à  peine après sa création en 1991, il a eu la lourde charge de la reconstruction et de la gestion de l’Etat. Tout le monde se rappelle que la situation sociopolitique dont nous avons héritée à  la sortie de la Transition était plus que critique. Pour la plupart des observateurs politiques de l’époque notre parti et le président de la République issu de ses rangs n’y arriveront pas. Les plus optimistes nous donnaient 6 mois avant un échec inévitable. Mais tous ces pronostics ont été démentis et nous avons géré dix ans et avons remis au nouveau président élu en 2002 un pays en ordre, stable et respecté en Afrique et dans le monde. Ce résultat incontestable est bien sûr l’œuvre de toutes les Maliennes et de tous les Maliens, mais sous la direction politique de l’Adéma/PASJ et de son premier président, le camarade Alpha Oumar Konaré. La réalisation de cette mission de reconstruction du pays n’a pas été sans conséquence sur le parti qui s’est oublié. Le gros de notre savoir-faire politique et de nos compétences a été happé par les missions d’Etat au détriment du parti, qui en a souffert du point de vue de son organisation et de son fonctionnement. Mais malgré toutes les difficultés internes que nous avons connues, nous demeurons aujourd’hui encore le parti le plus présent dans le pays profond et sur tout le territoire national et à  toutes les élections depuis 1992, les Maliennes et les Maliens nous ont majoritairement donné leurs suffrages. Aujourd’hui, dans l’Adéma/PASJ, les structures fonctionnent de mieux en mieux, les instances du parti et des organisations affiliées de femmes et de jeunes se tiennent sans déchirements, la discipline se réinstaure et la cohésion revient progressivement. Cependant, ce bilan de santé, dont nous sommes fières ne doit pas nous faire oublier que, comme tous les partis politiques du pays, nous avons le défi de la recrédibilisation de l’agir politique à  relever, car à  la présidentielle de 2002, les électeurs maliens ont préféré un candidat indépendant à  ceux des partis politiques. Les Echos : Qu’est-ce qui explique le report du dépôt des candidatures à  la présidentielle de 2011 ? O. S : Comme expliqué, dans le communique publié par le camarade Cheick Mohamed Thiam, secrétaire chargé de la communication du comité exécutif, ce report est dû à  des difficultés de gestion technique et non politique. Le comité exécutif avait discuté de la question au cours d’une de ses réunions ordinaires. Après un long débat sur le chronogramme préparatoire des échéances de 2012, il a été demandé au président du parti d’annoncer un calendrier lors de sa conférence de presse. Ce qu’il a fait. Mais après le travail de la sous-commission chargée des questions de candidatures, nous nous sommes aperçu que l’annonce faite n’était pas tenable pour des raisons simplement techniques parce que la direction du parti veut faire un travail minutieux sur cette question, sur laquelle nous savons que nous sommes attendus. Les Echos : Ce report cache-t-il une mésentente ? O. S : Non, tout au plus le comité exécutif a fauté par précipitation, nous aurions dû attendre la fin des travaux de la sous-commission avant de demander au président de faire l’annonce du chronogramme. Il n’y a aucune mésentente aujourd’hui sur cette question ni dans les bases et ni dans la direction du parti. Les Echos : l’Adéma/PASJ s’agite, mais rien ne prouve à  ce jour que les échéances de 2012 seront respectées… O.S : Rien ne prouve aussi qu’elles ne seront pas respectées. A l’Adéma/PASJ, nous sommes un parti républicain. l’agenda républicain stipule que les élections présidentielle et législatives devront se tenir en 2012 et nous nous préparons pour ces échéances. Ne pas le faire ce serait manquer à  tous nos devoirs vis-à -vis des populations maliennes et nos militantes et militants. Personnellement, J’ai la forte conviction que le président de la République et le gouvernement s’y préparent. Ne pas le faire aurait comme conséquence de porter une menace grave sur le pays et sa réputation. Je n’ose pas croire que quelqu’un a un intérêt à  cette situation qui amènerait le chaos dans notre pays et dans la région ouest-africaine déjà  en très mauvais état. Les Echos : Le référendum est-il remis aux calendes grecques ou pensez-vous que C’’est encore possible ? O. S : l’organisation du référendum est toujours possible. Bien sûr s’il s’agit de la Constitution, l’idéal est de le faire en début de mandat qu’en fin de mandat. Donc si le président de la République le décide, le référendum est possible jusqu’au dernier jour de son mandat. Pour moi la question est moins la tenue du référendum que comment va-t-on à  ce référendum, surtout il s’agit d’une modification de la Constitution. La Constitution en vigueur, malgré ses faiblesses mises en évidence par près d’une vingtaine d’années de confrontation aux réalités des faits, est le produit du débat populaire de la Conférence nationale. Oser envisager une quelconque modification des termes de cet accord consensuel en soumettant directement à  l’Assemblée nationale des propositions dont la pertinence n’a été validée par aucune concertation citoyenne relève soit d’un manque de réalisme, soit d’un dessein caché. Je rappelle enfin à  ceux qui semblent l’oublier, que nous sommes dans un processus démocratique en construction. Cette situation impose un réalisme qui commande d’ajouter une dose de démocratie participative à  la démocratie représentative symbolisée par nos institutions dont les légitimités ne sont encore que formelles. Donc, je maintiens que ce serait une erreur et même une faute aux conséquences graves que de soumettre les propositions du Cari directement à  l’approbation du gouvernement et du Parlement sans une consultation du corps social et politique dans tout le pays, qu’aucun référendum ne saurait remplacer. Les Echos : Que pensez-vous du projet d’harmonisation des mandats? O. S : Comme tout le monde, J’entends de plus en plus parler d’un projet, (né dans la tête de je ne sais de qui ?), d’harmonisation de la date d’élection du président de la République, de celle des députés avec celle des conseillers communaux qui doit avoir lieu en avril 2014, sous le prétexte qu’il y a trop d’élections. Je crois que ceux qui sèment cette confusion grave dans la tête des citoyens sont soit ignorants de toute la législation républicaine, soit d’une mauvaise foi suspecte. La durée du mandat du président de la République et celle du mandat des députés sont inscrites dans la Constitution de février 1992, respectivement dans les articles 30 et 61 et elles sont de 5 ans pas un jour de plus. La Constitution donne la possibilité au président de la République de dissoudre l’Assemblée nationale, donc d’écourter le mandat des députés. Un délai obligatoire lui est donné pour organiser de nouvelles élections et les députés nouvellement élus ont un nouveau mandat de 5 ans. Tout en étant ni juriste, ni constitutionnaliste, je ne vois aucun moyen de rallonger le mandat du président de la République et des députés même s’ils le veulent, sans passer par la révision des articles 30 et 61 de la Constitution en vigueur. Donc je pense que cette rumeur sur le projet d’harmonisation des mandats que la presse relaie depuis quelques semaines ressemble à  une vaste farce qui est faite pour divertir les Maliens. Les temps sont durs, il faut donner au bon peuple un os pour l’occuper. C’’est le comble du cynisme et C’’est méchant. Les Echos : Et si les députés entérinaient ? O. S : Les députés ne peuvent entériner aucune prolongation de mandats, ni le leur ni celui du président de la République, d’un seul jour sans passer par la relecture de la Constitution (les articles déjà  cités). Ce qui revient au problème de la révision constitutionnelle qui doit obligatoirement passer par un référendum, donc l’aval de l’ensemble des Maliens. Aucun contournement du peuple n’est possible en ce qui concerne cette question. Les Echos : Faut-il un autre mandat pour ATT ? O. S : La Constitution de notre pays est claire sur cette question. Le président ATT est dans son 2e et dernier mandat. Notre processus démocratique a prévu une alternance après deux mandats de 5 cinq ans chacun. Le président Alpha Oumar Konaré a respecté cette alternance et le président ATT s’est engagé à  la respecter. Je m’en tiens à  cet engagement et je pense que tous les démocrates attendent à  ce qu’il se tienne à  cet engagement. Comme toujours et surtout dans nos pays, quant un président de la République arrive en fin de mandat, il devient un enjeu pour beaucoup de gens qui l’entreprennent pour leurs propres intérêts et non ceux du pays. Le président actuel qui a aussi présidé la transition de 1991-1992 a bien connu ce phénomène. Je m’en souviens, à  la Conférence nationale, lorsqu’il a été entrepris pour prolonger la durée de la transition, il a réagi en disant qu’il devient un enjeu et a clos très vite le débat sur la question. J’espère bien que cette fois aussi il réagira de la même façon face aux divers groupuscules qui ne pensent qu’à  leurs propres intérêts au détriment du ceux des populations maliennes. Le président ATT a été un symbole pour la démocratie malienne, en respectant ses engagements, il deviendra un symbole pour le Mali et pour l’Afrique et viendra s’ajouter au président Alpha Oumar Konaré, pour la gloire de notre pays et de notre nation

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